CouvBEF08

Continuons notre découverte des enquêtes de Ned Burke et Romain Farel, deux détectives nés de l’imagination de l’énigmatique H.-R. Woestyn, avec ce nouveau titre : « Lui ou l’autre ? »

Comme tous les récits de la série, ou presque, celui-ci a d’abord vécu une première édition au début des années 1920 au sein de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, sous la forme, au départ de fascicules 48 pages, puis, très vite, de fascicules de 32 pages, avant d’être réédités dans une forme à peine allongée, au milieu des années 1930, dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions.

H.-R. Woestyn, quant à lui, est un auteur dont on ne sait rien si ce n’est quelques pseudonymes (Roger Nives, Henri Sevin, Cornil Bart, Jules France, Jacques Bellême...).

Auteur de nombreux textes pour les magazines (notamment « Mon Bonheur ») ou pour les séries fasciculaires, il est également le créateur de trois personnages récurrents : L’inspecteur Pinson, qui vécut de très courtes enquêtes (2 000 à 3 000 mots) au sein du magazine précité et Ned Burke et Romain Farel, qui sont intervenus parfois séparément, mais la plupart du temps ensemble, dans une dizaine de fascicules dans des récits de 13 000 à 18 000 mots.

Ned Burke est un vieux détective américain et Romain Farel est son jeune élève qu’il considère comme son alter ego.

LUI OU L’AUTRE ?

Jean-Louis et Louis-Jean Germandé sont de parfaits jumeaux.

Ils se prénomment ainsi, en hommage à leur riche oncle.

Ce dernier, décédé durant la grossesse de leur mère et ignorant qu’elle attendait deux enfants, a couché sur son testament son neveu Jean-Louis.

À quelques mois de la majorité des jeunes hommes, le notaire chargé de gérer la fortune du défunt annonce que seul celui portant l’exact prénom inscrit dans la succession pourra entrer en possession du capital.

L’exhérédé affecté par la décision en sa défaveur se renferme et, un jour, il est retrouvé mort après être parti à la chasse.

La justice conclut au suicide.

Mais quand le tabellion commence à émettre des doutes sur l’identité du bénéficiaire, suspectant une substitution entre les frères, les détectives Ned BURKE et Romain FAREL sont appelés à la rescousse pour débrouiller cette affaire…

Une histoire d’héritage mêlant deux jumeaux qui doivent toucher, à leur majorité, la fortune laissée par leur oncle à leur endroit. Seul problème, l’oncle est mort avant leur naissance et a établi un testament en faveur de l’enfant devant se prénommer, comme lui, Jean-Louis, si c’est un garçon, Jeanne-Louise, si c’est une fille.

Mais le tonton n’avait pas prévu que sa sœur accoucherait de jumeaux et même si le second est prénommé Louis-Jean, celui-ci se retrouve exclu de l’héritage.

Devenu taciturne, ce dernier disparaît lors d’une partie de chasse et est retrouvé quelques jours après mort dans les bois. Les autorités concluent au suicide.

Mais au moment où l’héritage doit avoir lieu, le notaire commence à émettre des doutes sur la véritable identité de Jean-Louis, le soupçonnant d’être, en fait, Louis-Jean, celui-ci ayant profité de la ressemblance parfaite entre les deux frères pour exécuter son frère et prendre sa place pour toucher l’argent.

Le vieil intendant des jumeaux, ne croyant pas à la substitution, fait appel à Ned Burke et Romain Farel pour rétablir la vérité...

Si les premiers épisodes (dans l’ordre de première édition) mettaient en avant une structure narrative bicéphale, développant, dans un premier temps, une première partie pour exposer le crime et la victime ou le bourreau, dans un style de pseudo roman de mœurs, avant de faire apparaître les détectives dans une seconde partie tardive, on constatait que, par la suite, l’auteur pouvait déroger à cette règle, soit en faisant intervenir les policiers un peu plus tôt, soit, immédiatement.

Ici, H.-R. Woestyn choisit une solution bâtarde, en mettant immédiatement en scène ses personnages récurrents tout en employant la première moitié du court roman (13 000 mots dans sa première édition) dans la présentation du contexte du meurtre via le témoignage de l’intendant qui vient mander leur aide.

Car, à part recevoir et écouter ce témoin, Ned Burke et Romain Farel ne deviennent réellement actifs qu’à partir de la moitié du texte, ce qui leur laisse à peine 7 000 mots pour résoudre l’affaire.

Heureusement pour eux, derrière une fausse complexité, le mystère est assez facilement résolu après une enquête très linéaire comme il est de coutume dans ce genre de texte court.

Effectivement, les deux détectives n’auront pas grand-chose à faire pour trouver le meurtrier, d’autant qu’ils se doutaient déjà de son identité avant même de partir en chasse et qu’ils se contenteront juste de trouver des preuves de manière assez rapide.

Une nouvelle fois on pourra regretter que l’auteur ne réduise pas la mise en place du drame pour laisser plus d’espace à ses héros, et l’on pourra également regretter que, sachant qu’il ne peut s’appuyer sur l’intrigue ni sur l’épaisseur de ses personnages, H.-R. Woestyn n’ait pas tenté d’instiller une certaine ambiance comme a pu le faire Marcel Vigier, dans les mêmes conditions et à la même époque, avec ses personnages de Florac et La Glu (une ambiance un peu légère et drôle) ou, plus tard, Pierre Yrondy avec Marius Pégomas en proposant une ambiance loufoque et méridionale.

Au final, une histoire qui manque un peu de zeste, soit dans l’ambiance, soit dans le style, soit dans les personnages, mais qui, malgré cela, offre un agréable petit moment de lecture.