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« Minuit quatorze » est un très court roman policier initialement édité au sein de la 2e série de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, en 1926, sous la forme d’un fascicule de 32 pages, avant d’être réédité, dans une version quelque peu rallongée, dans la collection « Police et Mystère », fin 1933, sous la forme d’un fascicule de 64 pages d’un contenu d’un peu moins de 16 000 mots.

Le roman est signé Jean-Louis Morgins, qui serait un pseudonyme de Gaston Édinger (1889 - 1936), un auteur et critique d’art utilisant également le pseudonyme de Shéridan...

MINUIT QUATORZE

Le riche banquier Guy de Brennes rend visite au célèbre détective James MARTIN afin de lui demander de surveiller les somptueux cadeaux qui seront offerts à sa fille Madeleine et à son gendre, Raoul de Hauterive, lors de la fête donnée à son hôtel pour célébrer le contrat de mariage.

L’enquêteur privé se met tout d’abord dans une colère noire à l’attribution d’une tâche si indigne de son talent, mais se radoucit quand le client lui fait lire une lettre de menaces.

Plus que les intimidations décrites, c’est la signature de la missive qui retient l’attention du détective : le petit dessin d’une fleur, un gardénia.

Ainsi, le grand James MARTIN va à nouveau pouvoir se confronter au terrible chef du gang des Gardénias avec qui il a un vieux compte à régler…

Un mariage dans la haute société, un riche banquier qui reçoit des lettres de menaces et chercher un policier pour surveiller les magnifiques cadeaux que va recevoir sa fille lors de la soirée donnée dans son hôtel, un détective qui voit là une magnifique occasion de prendre sa revanche avec le chef d’une bande de malfrats-justiciers... tels sont les éléments que l’auteur mets dans ce court roman afin de tenter de plaire aux lecteurs.

« Minuit quatorze ! » Si je ne connaissais pas l’auteur, Jean-Louis Morgins, voilà pourtant longtemps que j’avais envie de lire ce roman, non pour son concepteur, donc, pas plus que pour le titre, mais avant tout pour la magnifique illustration de couverture de la première édition, illustration que l’on doit à l’excellent Gil Baer dont je vous ai déjà plusieurs fois parlé.

Mais une couverture, si belle soit-elle, ne fait pas la qualité d’un texte et c’est, avant tout, à lui que le lecteur va être confronté.

Étrange lecture, je serais une nouvelle fois tenté de dire, tant celle-ci me laisse dubitatif.

Tout d’abord par le choix de narration.

L’auteur conte son histoire à la première personne, prenant le rôle du narrateur omniscient, mais a tendance à trop s’investir dans ce rôle à user de trop de scories du genre « Car, je ne l’ai pas dit... », « Parlerai-je... »... « il m’y faut renoncer, car un livre entier ne pourrait point suffire... », « Je veux parler ici, vous le savez déjà... », « Mais passons... », « Je pourrais écrire plus exactement », « En effet, il est, je crois, superflu de dire que », « Vous la connaissez aussi bien que moi. »... bref, des interventions qui, dans un récit parlé, face à des auditeurs connus, ne seraient aucunement gênantes, mais qui, de la part d’un narrateur d’une action qu’il relate sans l’avoir vécue (en clair, autre qu’une narration à la première personne), devient assez lourde et inutile.

Ensuite, par le fait que d’un bout à l’autre, l’auteur laisse entendre que son personnage principal, le détective, a déjà vécu des aventures antérieures que le lecteur devrait connaître, mais qu’il ne connaît pas, et pour cause, puisque ce roman est le premier de l’auteur au sein de la collection dans laquelle il a été édité.

Du coup, ne connaissant ni la qualité du héros ni le passif le liant à son antagoniste, difficile d’être réellement pris au jeu.

Et on termine par un final assez étrange où il est assez difficile d’admettre la réaction du détective.

Cependant, cette réaction aurait pu être plus facile à comprendre si tant est que le message énigmatique qui fait changer le héros de point de vue soit déchiffrable par le lecteur, ce qui n’est pas réellement.

Bien sûr, on peut rajouter à l’ensemble les défauts inhérents à ce genre de format court : intrigue légère, narration linéaire, personnage à peine esquissés, mais l’on sait à quoi s’attendre en s’attaquant à la lecture d’un tel récit.

Au final, une lecture qui me laisse d’autant plus dubitatif que voilà longtemps que j’avais ce titre sous le bras en attendant de pouvoir le lire. Reste la magnifique couverture signée Gil Baer et la découverte d’un auteur de la littérature populaire.