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Georges Grison (1841 - 1928) est un auteur dont je vous avais déjà parlé pour deux autres titres : « Mais où est le cercueil ? » et « Les assassins fantômes » deux titres dont la première édition se fit dans les années 1920, sous la forme de fascicules de 32 pages, au sein de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi et qui furent réédités dans la collection « Police et Mystère » au milieu des années 30, sous la forme de fascicules de 64 pages.

Il en est de même de « Les frasques du décapité », d’abord publié en 1920 puis réédité en 1934.

Cette chronique se base sur la version de 1934, un texte d’un peu plus de 16 000 mots.

Georges Grison, quant à lui, fut journaliste, écrivit des documentaires, des pièces de théâtre et des petits romans sentimentaux et policiers.

LES FRASQUES DU DÉCAPITÉ

M. Riveira, riche négociant entièrement dévoué à son métier, disparaît lors d’un important voyage d’affaires devant le mener de Paris à Lyon.

Aussi, quand dix jours plus tard, son portefeuille et ses papiers d’identité sont trouvés sur les berges du canal Saint-Maurice à Joinville, il est à craindre qu’il soit tombé dans un guet-apens.

Les doutes sont malheureusement très vite levés puisqu’un corps sans tête portant les vêtements du commerçant est repêché dans les eaux, non loin de la découverte.

Le détective ROBIN, embauché par un amoureux éploré pour retrouver sa fiancée qui s’est mystérieusement volatilisée, constate que celle-ci était la secrétaire de M. Riveira, qu’elle a brusquement donné sa démission et déménagé sans laisser d’adresse, la veille du décès de son patron.

Mais quel rôle a bien pu jouer la dactylo dans « L’énigme du décapité » ?

Un riche négociant disparaît alors qu’il doit se rendre à Lyon pour y réaliser une affaire d’importance.

Dix jours plus tard, son portefeuille et ses papiers d’identité sont retrouvés sur le bord du Canal à Joinville alors qu’il n’avait pas à s’y rendre.

La police apprend que d’importants chèques ont été touchés dans des banques à Lyon, au nom du défunt.

Un corps décapité est retrouvé dans le Canal, celui-ci porte les vêtements que le commerçant portait le jour de sa disparition.

Enfin, un détective chargé de retrouver la fiancée d’un jeune homme apprend que celle-ci était la secrétaire du défunt et qu’il a mis les voiles la veille du meurtre...

Georges Grison nous livre ici, sur 16 000 mots, une agréable petite bluette policière.

Le terme « agréable » pourrait paraître inadéquat, puisque l’histoire se concentre sur un homme assassiné et décapité, mais le ton de l’auteur, dès le début de l’enquête, se veut léger, comme à son habitude, et l’on en comprendra la raison plus tard.

Ce ton badin est d’ailleurs source de sourire quand deux médecins légistes s’affrontent dans des théories quant à l’assassin et ses connaissances en anatomie par rapport à la « qualité » de la décapitation.

Si l’enquête démarre du fait d’un policier et d’un juge d’instruction, c’est en fait un détective, le détective Robin, qui va prendre la relève et qui, accompagné du fiancé éploré, va partir à la recherche de la secrétaire afin de retrouver les assassins du négociant...

Il est bon, parfois, de renouer avec la linéarité des romans policiers d’autrefois, une simplicité que, malheureusement, les auteurs d’aujourd’hui ont oubliée, voulant rythmer leurs récits à tout prix, même au prix d’un artifice éhonté et usé jusqu’à la corde.

Bien évidemment, ce genre de courts romans n’étant, de toute façon, pas propice à des intrigues échevelées, la linéarité est de mise par essence.

Cependant, on peut reconnaître à Georges Grison une certaine maîtrise de sa plume et de sa narration ainsi, même, que de ses personnages, ce qui pourrait être paradoxal du fait que la concision du format obligé également à esquisser à peine ceux-ci.

Mais Georges Grison, s’il n’a pas le temps de s’attarder sur tous les protagonistes de l’histoire, peaufine pourtant celui du personnage central, le négociant, afin de lui conférer une certaine mentalité à travers son histoire, son passé, la façon dont il a fait fortune et sa passion pour les affaires.

Dans cette présentation liminaire, Georges Grison, mine de rien, tisse la toile de son intrigue, saupoudrant son récit de quelques indices qui vont permettre d’anticiper la suite.

Mais, est-il bien nécessaire de se concentrer sur cette disposition, de tirer des plans sur la comète, d’accorder des intentions à l’auteur alors que, son récit, d’après sa construction, ses personnages et son intrigue, n’a d’autre but que d’offrir un bon moment de lecture et c’est ce qu’il parvient parfaitement à faire.

Au final, de par sa légèreté et sa maîtrise, dans la plume, dans la narration et dans la gestion du format, ce court roman vient à bout de sa mission sans faille en remplissant très agréablement un petit moment de lecture.