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Henry de Golen alias Henri Commenge (1882 - 1944) est un auteur de littérature populaire qui exerça également dans le milieu d’investigation journalistique, laissant derrière lui quelques articles et livres (notamment concernant le milieu médical).

Mais c’est avant tout pour ses fascicules policiers que je m’intéresse à l’auteur.

Dans cette production, principalement destinée aux collections fasciculaires, un personnage revient plusieurs fois : le brigadier (ou l’inspecteur) Poncet, un policier de 35 ans de taille moyenne, râblé, sportif, déterminé, intelligent, perspicace, ayant du sang-froid, affublé d’une moustache à l’américaine et fumant cigarette sur cigarette. Il est marié avec Lucienne, une jeune femme qu’il rencontra lors d’une enquête et dont il s’éprit très vite.

Le personnage apparaît dans au moins six courts romans, trois qui sont d’abord parus dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi au début des années 20 puis réédités dans une version allongée dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur, au milieu des années 30 et les trois autres dont on ne trouve trace que dans la seconde collection.

LA PÉNICHE ROUGE

Près de La Ferté-sous-Jouarre est repêché le corps d’une sage-femme ayant séjourné plusieurs jours dans la Marne. La victime a été jetée à l’eau après avoir reçu deux coups qui lui ont fracassé le crâne…

Le brigadier PONCET, dépêché par la Police Judiciaire de Paris, est chargé de reprendre l’enquête du juge d’instruction de Meaux.

Tout laisse à penser que la défunte a ouvert sa porte à son assassin et l’a ensuite suivi jusque sur les berges de la rivière avant d’y être agressée.

PONCET apprend qu’une péniche ancrée dans le coin ces derniers temps a appareillé la nuit du crime. À bord, des mariniers à mines patibulaires et une femme enceinte…

Le brigadier Poncet est envoyé en province pour trouver le meurtrier d’une sage-femme, agressée la nuit sur les berges de la Marne et jetée dans l’eau.

Auréolé d’une certaine gloire, le policier dicte sa loi et veut reprendre l’enquête menée jusque-là par le juge d’instruction de Meaux.

Bien qu’il accumule les preuves indirectes contre des mariniers qui avaient ancré leur péniche aux abords du village et dont la femme de l’un d’eux, enceinte, avait été consulter plusieurs fois la victime, Poncet oriente son enquête dans une autre direction, celle du discret amant de la victime...

Je serai tenté de dire que l’on retrouve Poncet dans ce second roman le mettant en scène, mais, si celui-ci est sorti peu de temps après « L’énigme de la tête coupée », le fait que le brigadier Poncet rencontre pour la première fois, Trêves, un policier travaillant à Meaux et que celui-ci, devient son adjoint pour « L’énigme de la tête coupée » laisse entrevoir que le sens d’écriture n’a pas été respecté par l’éditeur de l’époque. Et, quand on connaît le peu de scrupules des éditions Ferenczi, on ne s’en étonne pas.

Il n’y a donc pas à douter que « La péniche rouge » soit le premier titre écrit par l’auteur mettant en scène le personnage. S’il y avait besoin de le confirmer, le passage présentant plus longuement que d’ordinaire le brigadier Poncet et sa femme, et s’étendant quelque peu sur le passé de chacun d’eux suffirait à lever le doute. Et, si jamais vous doutiez encore, la simple référence, dans « L’énigme de la tête coupée », à « L’affaire de Luzancy », le village dans lequel s’est déroulé le meurtre de la sage-femme, vous clouerait définitivement le bec : et toc !

Mais peu importe puisque déjà, le brigadier Poncet est auréolé de gloire de par ses victoires passées (sont-ce les arrestations des assassins de l’Avenue Gabriel, de Montmartre ou de Londres, dont parle l’auteur dans le premier second épisode ???).

Dans un texte s’appuyant sur la réédition de juillet 1935, un fascicule de 64 pages contenant 18 000 mots, l’auteur nous présente un peu plus en détail que par la suite son personnage de Brigadier Poncet ainsi que celui de sa femme et des conditions dans lesquelles ils se sont rencontrés.

On y assiste également à la rencontre entre Poncet et Trêves, Trêves qui deviendra par la suite l’adjoint du héros.

Si la taille du roman ne permet pas à l’auteur de développer une intrigue digne de ce nom, celui-ci nous propose tout de même un agréable roman policier, souffrant, certes, des défauts inhérents au format (enquête linéaire qui avance rapidement à coup de hasard ou de rencontres, personnages peu développés), mais qui prend paradoxalement son temps à la fin, consacrant plus de pages à l’arrestation du coupable qu’à la découverte de son identité.

Si l’on pouvait reprocher à Henry de Golen, notamment dans les derniers titres de la série, de s’épancher un peu trop vers le genre sentimental, ici, l’auteur parvient à mélanger parfaitement les genres et s’il s’étend régulièrement sur l’amour que porte Poncet à sa femme, cela ne nuit en rien à l’enquête, bien au contraire, même.

On peut juste s’étonner sur le titre du roman, qui n’a pas grand-chose avoir avec l’enquête.

Au final, un premier épisode agréable à lire qui donne envie de retrouver Poncet dans de nouvelles aventures...