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Georges Spitzmuller est un auteur dont on ne parle pas assez, et pour cause, il est mort voici plus de 90 ans.

Et pourtant, l’auteur mériterait que l’on s’attarde un peu sur lui pour diverses raisons.

Pour ses faits de guerre et ses blessures qui lui valurent d’être élevé au rang de chevalier de la Légion d’Honneur en 1918.

Pour son érudition qui le poussa vers le métier de romancier.

Pour son esprit curieux qui l’attira vers le journalisme.

Pour son ouverture d’esprit, son humilité et son désir de séduire le public qui le firent converger vers la littérature populaire.

Car, si l’auteur a débuté par le roman dit « classique » la fin de sa carrière, durant la Première Guerre mondiale puis ensuite, est consacrée à la littérature populaire.

D’abord par des romans patriotiques au sein de la collection « Patrie » des éditions Rouff.

Ensuite, par ses courts romans sentimentaux, aventures ou policiers destinés aux collections fasciculaires de l’époque.

Parmi ces derniers, on notera deux titres énigmatiques publiés dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi : « Dzeu-Roum » et « Kaï-Nïx », en 1919, sous la forme de fascicules de 32 pages.

Si je vous ai déjà parlé du premier à l’occasion de sa récente réédition numérique, il est désormais temps de m’étendre sur le second :

KAÏ-NÏX

Le comte de Clairvilliers est retrouvé sans vie, un poignard dans le cœur, dans le bureau de son hôtel particulier.

Chargé de l’enquête, Monsieur TABARET, le sous-chef de la Sûreté, est confronté à deux énigmes pour élucider ce meurtre.

Premièrement, les concierges n’ont vu personne entrer dans le bâtiment excepté la victime elle-même.

Deuxièmement, ces mêmes témoins assurent que le comte est sorti à quatre heures moins dix, chose impossible puisqu’à cette heure-là, il était déjà mort…

Un homme est retrouvé mort dans son bureau, un poignard dans le cœur. Le policier chargé de l’enquête a du mal à diriger ses soupçons. Personne n’est entré dans les appartements du mort et, pire encore, le défunt en est sorti, alors qu’il était déjà mort...

La seule piste que trouve M. Tabaret, le policier : un bouton de bottine de marque Kaï-Nïx...

Si le texte concerné par cette chronique est en fait celui de la réédition de 1932 au sein de la collection de fascicules 64 pages « Police et Mystère », il y a fort à parier que, contrairement aux autres titres concernés par des éditions dans les deux mêmes collections des éditions Ferenczi, celui-ci n’est pas fait l’objet d’une réécriture à fin de l’allonger pour passer du format 32 pages à celui 64 pages.

Pour s’appuyer sur cette hypothèse, deux éléments.

D’abord, le fascicule 64 pages comprend un texte s’étalant à peine sur plus de 12 000 mots, ce qui est peu ou proue la taille des textes issus de la collection 32 pages.

Ensuite, en 1932, l’auteur, Georges Spitzmuller, était déjà mort depuis plusieurs années, donc, il n’a pu réécrire son texte et je ne pense pas, contrairement à ce qui a été fait parfois, que l’éditeur se soit embêté à le faire réécrire par quelqu’un d’autre.

Comme je le disais au début de cette chronique, Georges Spitzmuller mériterait que l’on se souvienne un peu plus de lui.

Effectivement, si ces courts romans destinés aux collections fasciculaires n’étaient pas forcément propices à laisser éclater le talent de l’auteur, celui-ci parvenait tout de même à livrer des textes très agréables à lire.

Mais c’est en se penchant sur des œuvres de plus grande ampleur, comme sa série « Les bandits du rail », une série de 24 fascicules de 12 pages contenant chacun environ 7 000 mots, soit plus de 80 000 mots au total, que l’on découvre alors toutes les qualités de l’auteur.

L’homme savait manier sa plume, cela était indéniable, mais il avait également le don d’offrir aux lecteurs de l’époque ce qu’ils recherchaient, de l’action, de l’aventure, des sentiments.

Capable de maîtriser sa narration sur un court format ou sur un bien plus long, découvrir aujourd’hui ses romans est l’assurance d’une bonne lecture.

C’est une nouvelle fois le cas avec « Kaï-Nïx » bien que ce récit souffre des défauts inhérents à son format court.

Effectivement, l’intrigue est simple, trop simple et linéaire.

Oui, les personnages ne sont qu’esquissés.

Et, malgré tout la lecture est très plaisante et l’on se prend à regretter que, justement, cette intrigue soit si simple et ses personnages si peu développés tant on aurait aimé en lire plus.

Il est certain que le nœud de l’intrigue, aujourd’hui, serait à déplorer (et, pourtant, des auteurs continuent à l’utiliser régulièrement et pas les moins connus).

Mais, étant donné le court format et l’époque à laquelle le texte fut écrit, l’auteur est tout excusable (d’autant que si le texte a été publié en 1919, des indices laissent à penser qu’il a été écrit une décennie plus tôt).

Et, en ce qui concerne M. Tabaret, on regrette que l’auteur n’ait pas eu la place de nous en parler plus, de le cerner plus précisément, de nous permettre de faire mieux sa connaissance.

Et ces manques sont signes évidents de la qualité de l’ensemble (toute proportion gardée par rapport à la production usuelle de ce genre de littérature).

Au final, « Kaï-Nïx » est un court roman policier agréable à lire à qui l’on pardonnera l’intrigue simple d’autant qu’elle est inhérente au format.