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Henri Mansvic fait partie de ces nombreux auteurs de littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont on ne sait rien ou pas grand-chose.

Tout juste savons nous qu’il a beaucoup travaillé dans la traduction de textes anglais et allemands et qu’il écrivit quelques ouvrages sentimentaux et, au moins un récit d’espionnage et un texte policier.

Ce texte policier date de 1922 et a été publié dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit de 13 000 mots.

MEURTRIER OU VICTIME ?

À Gimone, près de Menton, l’auberge « À l’Aigle-Blanc » est bondée d’une clientèle hétéroclite allant d’un élégant couple accompagné de l’oncle de la jeune femme, jusqu’à un étrange colporteur, en passant par le brigadier du village.

Au petit matin, la servante trouve la porte d’entrée de l’établissement, retenue par un cordon bleu entravant son ouverture.

Le patron, intrigué par la découverte et redoutant qu’il se soit passé quelque chose de grave durant la nuit, monte à l’étage pour vérifier les chambres des clients. Celle du camelot est grande ouverte, en désordre et vide de tout occupant.

Le brigadier, prévenu de cette disparition, décide de réveiller les autres voyageurs pour s’assurer que rien ne leur a été volé, mais deux ne répondent pas à l’appel : la fiancée a disparu et son oncle est retrouvé mort, une cordelette en soie bleue autour du cou…

Ce court roman policier de Henri Mansvic est très largement empreint de l’ambiance sentimentale dans laquelle l’auteur semblait le plus alerte ainsi que dans l’atmosphère désormais surannée de nombres de récits policiers d’aventures de l’époque.

On retrouvera donc sans surprise la jeune femme promise contre son gré à un homme riche alors qu’elle a donné son cœur à un autre bien plus modeste.

Mais c’est avant tout la propension des personnages à se déguiser à la perfection qui prédomine dans ce récit.

Si à l’aulne du roman policier actuel, ces facéties grimesques sont désormais naïves, il ne faut pas oublier qu’elles firent le succès d’une série littéraire demeurée pour toujours dans l’esprit des gens, notamment grâce aux nombreuses adaptations cinématographiques qu’elle engendra dont les plus célèbres sont trois films de André Hunebelle mettant en scène Jean Marais et Louis de Funès et datent du milieu des années 1960. On aura deviné que je parle de Fantomas, le personnage créé par Marcel Allain et Pierre Souvestre en 1910.

Des personnages passés maîtres dans l’art du déguisement existaient déjà avant Fantomas, mais ceux-ci, bien souvent, se déguisaient pour passer inaperçus (Sherlock Holmes n’était-il pas un as dans ce domaine), alors qu’après, ceux-ci étaient capables de se faire passer pour un autre, capacité encore usitée à l’heure actuelle, notamment dans les adaptations cinématographiques de la série « Mission Impossible ».

Bref, tout cela pour dire que dans « Meurtrier ou victime ? » les deux pendants d’un crime ne sont pas les seuls à intervertir leurs identités puisque depuis le criminel jusqu’au suspect innocent en passant par le détective, tous usent de déguisements si parfaits que les uns peuvent se faire passer pour les autres et inversement.

Certes, cela peut paraître daté, suranné, voire désuet, mais n’est finalement pas dénué, à travers la naïveté qu’un regard actuel lui conférera, d’un certain charme.

Pour ce qui est de l’intrigue, du fait de la concision du texte on ne s’attendra pas à un suspens extraordinaire et, d’ailleurs, l’identité du coupable ne fait rapidement aucun doute.

On notera également l’influence de l’époque à travers le nom du détective : Dick Stones, un patronyme très américain qui n’est pas sans être influencé par le succès des aventures de Nick Carter et autres héros littéraires du genre.

Au final, « Meurtrier ou victime ? », sans être une lecture exaltante, est un reflet d’une partie de la littérature du début du XXe siècle et possède ce charme suranné de certains textes de l’époque.