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Jean Eugène Léon Sazie, journaliste, auteur de pièces de théâtre, feuilletoniste et romancier populaire fait partie des rares auteurs qui peuvent encore titiller l’esprit des lecteurs d’aujourd’hui, si ce n’est par leurs noms, au moins par celui d’un de leurs personnages.

Certes, moins réputé, tant en son nom qu’en celui de son héros, que ses pairs et paires Conan Doyle/ Sherlock Holmes, Maurice Leblanc/ Arsène Lupin, Gaston Leroux/ Rouletabille, Pierre Souvestres et Marcel Allain/ Fantomas... il n’en demeure pas moins l’auteur de Zigomar, le roi du crime, le brigand à la cagoule rouge qui fit, au début du XXe siècle, le succès de son auteur, tant dans les feuilletons, les romans que dans les adaptations cinématographiques qui ne tardèrent pas à se mettre en place.

Si Zigomar est moins identifiable, dans l’esprit des lecteurs actuels, le nom, lui, demeure à travers les âges.

Mais Léon Sazie peut s’enorgueillir d’être l’auteur d’un second personnage récurrent, qui, en l’occurrence, fut le premier puisqu’il précède chronologiquement parlant le criminel : Martin Numa, le roi des détectives.

Ce personnage de détective apparut fin 1906 dans le feuilleton « Le pouce » avant de revenir dès janvier 1908, en feuilleton également, dans le magazine « L’œil de la police », un hebdomadaire publié par les éditions Tallandier.

Par la suite, les aventures de Martin Numa dans « L’œil de la police » seront retravaillées par l’auteur afin de sortir en une série de 11 romans à partir de 1931.

« Martin Numa, roi des policiers » est le premier de ces romans.

 

MARTIN NUMA, LE ROI DES POLICIERS

 

Éloi Vidal, encaisseur de longue date pour le Crédit Bordelais, a disparu pendant sa tournée.

 

En raison de la droiture de cet ancien militaire, du respect et de l’affection que ses collègues lui portent, son supérieur craint, tout d’abord, qu’il ait été victime d’une attaque violente afin de voler sa recette.

 

Le célèbre Roi des Détectives Martin NUMA, chargé de l’enquête, se lance sur les traces de l’employé de banque sans se douter que la piste va le mener vers une machiavélique et dangereuse bande organisée…

 

Un encaisseur a disparu lors de sa tournée. Le responsable craint que celui-ci n’ait été victime de voleurs peu scrupuleux. Effectivement, le passé plaide pour le disparu : ancien militaire, droit, dévoué, honnête, marié de longue date...

Martin Numa est chargé de l’enquête et, immédiatement, celui-ci commence à mettre en doute la thèse liminaire. En remontant la piste du disparu, il constate qu’en cours de tournée, la signature de ce dernier a changé... il craint une substitution...

Difficile de pouvoir positionner réellement Martin Numa dans l’historique des personnages de détectives de la littérature populaire à partir de ce premier épisode, puisque celui-ci est une version remaniée publiée en 1931 alors que le texte d’origine, lui, date de 1908.

Pour autant, si le personnage et le style n’ont pas trop évolué (il faudrait vérifier en lisant la version publiée dans « L’œil de la police »), ont peut estimer qu’il se situe entre Sherlock Holmes et Nick Carter, deux figures anglophones, le premier anglais, le second américain, qui ravissaient, à l’époque les lecteurs du monde entier.

En 1908, les aventures de Sherlock Holmes paraissaient dans les journaux français depuis plus de 10 ans et les traductions de Nick Carter depuis quelques mois.

Et si l’on étudie Martin Numa, il se situe un peu entre ces deux figures tutélaires.

À Nick Carter, Martin Numa emprunte, comme Marc Jordan un peu avant, Marius Pégomas bien plus tard, le fait de travailler avec de fidèles lieutenants, d’œuvrer physiquement, d’être fort...

À Sherlock Holmes, Martin Numa emprunte le don d’observation, le sens du goût, de l’odeur, du toucher, la perspicacité, l’intelligence et le fait que ses aventures sont narrées par un collaborateur, qui ici, ne l’est pas vraiment, puisqu’il s’agit d’un journaliste, Courville, que le détective affectionne et invite souvent à le suivre.

Si la narration semble donc tendre vers celle de Sherlock Holmes, le style, lui, est plus proche de celui des aventures de Nick Carter ou Marc Jordan, pour prendre en exemple un homologue français.

Car, effectivement, si Martin Numa réfléchit en plus d’agir, c’est avant tout ses actions qui sont mises en avant et qui rythment l’histoire.

L’histoire, d’ailleurs, dans sa seconde partie, n’est pas sans rappeler le début du premier épisode de Marc Jordan publié quelques mois plus tôt, notamment avec son histoire d’égoutiers et le fait que détective n’hésite pas à se plonger dans les sous-sols de paris pour poursuivre les brigands...

Sur un premier récit, à suivre, de 35 000 mots, Léon Sazie ne laisse donc pas le temps au lecteur de reprendre son souffle ou presque, et ce jusqu’à un point qui, ne pour ne pas être final, n’en est pas moins un point central de l’histoire.

Ainsi, il faudra poursuivre sa lecture sur les romans suivants si l’on veut connaître la suite et la fin de l’enquête.

Au final, un premier épisode prometteur qui, à défaut de présenter le héros, détective de métier qui est déjà, dès le départ, célèbre pour ses enquêtes précédentes, propose une aventure policière rythmée et plaisante qui donne envie de lire la suite.