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Même s’il est aujourd’hui méconnu, Léon Sazie (1862 - 1939) fut en son temps un auteur de littérature populaire aussi prolifique que reconnu.

Son fait d’armes principal demeure la création du personnage de Zigomar qui entra dans le langage courant et dont les aventures furent lues par plusieurs générations de lecteurs, adaptées plusieurs fois au cinéma et font encore très récemment l’objet de rééditions.

Mais Zigomar n’est pas le seul personnage récurrent imaginé par l’auteur.

Effectivement, si Zigomar jouait dans la cour des méchants, Léon Sazie a également peint le portrait d’un gentil, un détective : Martin Numa...

LE DOUBLE MORT

Martin NUMA, le Roi des Détectives, est mort noyé dans les égouts…

Du moins, c’est ce que pensent les bandits qui l’ont ligoté et jeté dans un trou, avant d’inonder la galerie dans laquelle il était prisonnier.

Fort de cet avantage d’être considéré définitivement écarté par des ennemis désormais sans méfiance, Martin NUMA décide de poursuivre ses investigations dans les excavations de la capitale et ne tarde pas à découvrir un atelier de faux-monnayeurs.

Mais alors qu’il s’apprête, avec ses lieutenants, à serrer la bande, une terrible explosion retentit…

Martin Numa vient tout juste d’échapper à la noyade tandis qu’il fouillait les égouts et les catacombes pour éclaircir le mystère qui entourait la disparition d’Éloi Vidal, encaisseur de banque, durant sa tournée.

Le détective désire profiter du fait que ses ennemis le pensent mort pour continuer son enquête et il ne tarde pas à découvrir à force de ruse, toujours dans les égouts, un atelier de faux-monnayeur.

Mais alors qu’il s’apprête à arrêter la bande, une explosion a lieu et, si les hommes de Martin Numa sont repoussés par le souffle hors de la tanière, Martin Numa, lui, demeure introuvable...

Nous poursuivons donc les aventures de Martin Numa occupé à pourchasser la terrible bande responsable de la disparition d’un encaisseur de banque et qui a déjà tenté de le tuer à plusieurs reprises.

Les exploits de Martin Numa, le roi des Détectives, sortis sous forme de 11 romans au sein de la collection « Criminels et Policer », aux éditions Tallandier, en 1931, se révèlent être une réécriture des aventures parues en feuilleton dans le magazine « L’œil de la Police » en 1908.

Si l’histoire semble la même, l’auteur a retravaillé son texte, soit pour l’allonger, soit pour en purger certains passages dont, notamment, les références au roman « Le Pouce » paru en 1906, dans lequel le personnage de Martin Numa est apparu pour la première fois.

Ce second opus de taille équivalente aux autres (environ 35 000 mots) possède donc logiquement les mêmes atouts et les mêmes défauts que le précédent et que les suivants.

Léon Sazie est un conteur habitué à tenir son lecteur en haleine et si, dans l’esprit des lecteurs férus de littérature populaire, sa série « Zigomar » fait figure de Panthéon, le personnage de Martin Numa occupe tout de même une belle place dans son œuvre.

Effectivement, entre l’écriture originale qui fait de Martin Numa probablement le premier détective français à se glisser dans les pas de Sherlock Holmes et, surtout, de Nick Carter, le détective américain, figure grandissante, à l’époque, de la littérature policière populaire dont les traductions n’étaient pas encore arrivées en France (décembre 1906 pour le feuilleton « Le Pouce » donnant naissance à Martin Numa alors que les premières traductions de Nick Carter apparaissent en France en septembre 1907).

Pour autant, la série publiée dans « L’œil de la police » apparaît quelques mois après les aventures de Marc Jordan, un autre détective français dont les aventures parurent aux éditions Ferenczi fin 1907.

Malgré la réécriture, on retrouve, dans les textes de 1931, tous les ingrédients déjà présents dans les aventures de Nick Carter et, du coup, de Marc Jordan : un détective intelligent, observateur, perspicace, courageux, fort, bon combattant, entouré de fidèles lieutenants, qui va risquer sa vie pour arrêter les méchants et, notamment, un super méchant ennemi de toujours du détective.

Les textes seront alors plus empreints d’aventures que d’investigations, et l’action primera sur la réflexion. Le héros risquera sa vie à de multiples reprises, mais, grâce à son courage, sa force, l’aide de ses lieutenants et, surtout, de beaucoup de chances, il s’en sortira toujours.

Pour autant, quelques différences sont notables.

Déjà, si le récit fait la part belle à l’action et au hasard, Léon Sazie n’hésite jamais à faire intervenir, a posteriori, son héros afin d’expliquer le cheminement de sa pensée, son action, afin de justifier ce hasard qui le sert toujours et qui, souvent, est provoqué par cette action et cette réflexion.

Ensuite, si Martin Numa frôle la mort comme ses homologues, il faut tout de même avouer que son auteur ne le ménage pas et qu’il le confronte très souvent à la grande faucheuse (d’où le titre de « Le double mort » qui aurait pu s’appeler « Le triple mort ») et lui fait subir bien des affres et des douleurs.

Pour le reste, on retrouvera un plaisir de lecture identique à celui du précédent épisode et assez proche, même si un peu supérieur, car l’ensemble est de meilleure qualité, que la lecture des aventures de Nick Carter ou de Marc Jordan.

Au final, un épisode rythmé, avec de multiples rebondissements, beaucoup d’actions, très plaisant à lire.