maigret_Ombre chinoise 8

Plus je lis des romans de Georges Simenon et plus je me dis que j’ai été bête d’attendre aussi longtemps pour redonner une chance à l’auteur après avoir (probablement injustement), détesté le premier roman que j’avais lu de lui (le premier Commissaire Maigret, « Pietr-le-letton »).

Il est même fort probable que j’apprécierais ce même roman si je le relisais maintenant, sans aucun a priori.

Depuis, je découvre petit à petit l’auteur et son personnage au fur et à mesure des romans que je dévore.

Le dernier en date : « L’ombre chinoise » !

Je ne ferais pas l’injure de présenter ni l’auteur ni son personnage, tout le monde les connaît.

Alors, parlons plutôt du roman.

L’ombre chinoise :

Il était dix heures du soir. Les grilles du square étaient fermées, la place des Vosges déserte, avec les pistes luisantes des voitures tracées sur l’asphalte et le chant continu des fontaines, les arbres sans feuilles et la découpe monotone sur le ciel des toits tous pareils.

Sous les arcades, qui font une ceinture prodigieuse à la place, peu de lumières. À peine trois ou quatre boutiques.
Le commissaire Maigret vit une famille qui mangeait dans l’une d’elles, encombrée de couronnes mortuaires en perles. Il essayait de lire les numéros au-dessus des portes, mais à peine avait-il dépassé la boutique aux couronnes qu’une petite personne sortit de l’ombre.

C’est à vous que je viens de téléphoner ?
Il devait y avoir longtemps qu’elle guettait. Malgré le froid de novembre, elle n’avait pas passé de manteau sur son tablier. Son nez était rouge, ses yeux inquiets.

Un meurtre, dans un immeuble !

Monsieur Couchet est retrouvé mort d’une balle, à côté de son coffre-fort vide.

Des voisins, étranges ou envieux ou les deux. Parmi eux, Mme Martin, l’ancienne épouse de Couchet. Elle l’a connu et quitté pauvre, elle le côtoie désormais riche alors qu’elle patauge avec un fonctionnaire sans ambition.

Car, depuis, Couchet a fait fortune, a épousé une femme du monde et pris pour maîtresse une jeune danseuse... qui se révèle être la voisine du fils de son amant !

Maigret met les pinces dans un sacré panier de crabes et Simenon en profite pour continuer son étude de mœurs sur la société de son époque, égratignant de préférence une certaine caste, celles des petits bourgeois ainsi que la décadence d’une jeunesse désabusée.

À travers ses divers portraits, l’auteur met en avant les travers de chacun, depuis le concierge jusqu’au notable, le tout dans un quasi-huis clos puisque les suspects, la victime et la scène de crime n’occupent que quelques étages de deux bâtiments distants.

Maigret se pose en témoin de la société, observant les attitudes, la vie de chacun. La jeunesse désabusée, l’envie, la concupiscence, la haine, la fourberie, la lâcheté, la folie...

Et Maigret n’enquête pas réellement, il est là, tout simplement. Sa seule présence suffit à déclencher les confidences... les aveux... 

Maigret, à la fin, fait accoucher le coupable formant ainsi une boucle avec la première scène du roman dans laquelle, alors que la mort était présente en bas de l’immeuble, avec le meurtre de Couchet, le docteur donnait naissance de l’enfant de madame Saint-Marc au premier étage...

Et puis, il y a la plume de Georges Simenon ! 

Est-ce nécessaire d’en dire plus ?

Au final, un roman qui porte un regard désabusé sur la société de l’époque à travers une galerie de personnages toutes moins sympathiques les unes que les autres qui défile sous les yeux observateurs d’un commissaire Maigret.