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« Les tueurs de mannequins » est le 4e opus, d’une série de 11, contant les aventures de Martin Numa, le Roi des Détectives, publié aux éditions Tallandier à partir de 1931.

Ces aventures sont le résultat d’une réécriture de la part de Léon Sazie de ses textes publiés dans le magazine « L’œil de la police » en 1908.

Léon Sazie (1862 -1939) est un auteur de littérature populaire principalement connu pour son personnage récurrent de Zigomar, le Roi des Bandits, dont les 164 épisodes firent les beaux jours du journal Le Matin dès 1909 avant de ravir les lecteurs sous forme de fascicules et de recueils, ainsi que les spectateurs à travers de nombreuses adaptations pour le théâtre et le cinéma.

Si Martin Numa demeure moins dans l’esprit des lecteurs, il n’en demeure pas moins l’un des premiers personnages de la littérature populaire française à marcher sur les traces de Nick Carter, le détective américain qui conquit le public américain depuis la fin du XIXe siècle et dont les premières traductions venaient de débarquer en Europe et en France par l’intermédiaire des éditions Eischler.

Si la série « Martin Numa » parue dans « L’œil de la Police » est postérieure à la série « Marc Jordan » publiée aux éditions Ferenczi, le personnage de Martin Numa, lui, est tout d’abord apparu dans le roman « Le Pouce » de Léon Sazie, en 1906, ce qui le rend même antérieur, sur le territoire français, au personnage de Nick Carter.

Martin Numa est, sans surprise, un personnage très proche dans le style et dans le genre, à celui de Nick Carter, un détective droit, courageux, intelligent, fort, perspicace, observateur, sachant se déguiser, se battre, entouré d’une poignée d’hommes fidèles et dévoués, lancé à la chasse des brigands de tous genres dont, notamment, un Némésis en la personne du Tatoué, un brigand qu’il avait fait arrêté et envoyer au bagne, mais qui a pu s’échapper, rentrer en France et monter une super organisation criminelle.

 

LES TUEURS DE MANNEQUINS

 

Après avoir échappé à une terrible embuscade dans la forêt de Fontainebleau, Martin NUMA, le Roi des Détectives, anticipant que ses ennemis ne vont pas en rester là, se prépare à une attaque nocturne, dans la maison où il loge en compagnie de ses amis.

 

Mais un policier n’agit qu’a posteriori, une fois le crime commis ; aussi, pour que Martin NUMA puisse arrêter ses adversaires, il doit se laisser tuer… du moins, leur faire croire…

Alors qu’il était en villégiature dans la forêt de Fontainebleau afin de s’adonner à sa passion de la peinture tout en se remettant de ses blessures occasionnées durant sa confrontation avec le Tatoué, Martin Numa en compagnie de Prosper, son fidèle lieutenant et Courville, son historiographe de journaliste, est victime d’un guet-apens.

Heureusement, le détective et ses amis échappent à la mort, mais, au lieu de se reposer sur leurs lauriers, ils se préparent à une contre-attaque que Martin Numa sent très proche.

Le Roi des Détectives est persuadé que ses ennemis vont profiter de la nuit pour pénétrer dans la villa qui les abrite afin de les assassiner.

Pour les contrer, il place des mannequins dans chacun de leurs lits et attend de pied ferme l’attaque qui ne tarde pas.

Mais, alors qu’il parvient à arrêter les deux hommes qui venaient de tuer les mannequins, les complices qui faisaient le guet parviennent à s’échapper...

La lutte entre Martin Numa et le Tatoué n’est par terminée, loin de là !

Le lecteur suit les nombreuses péripéties des aventures de son héros et de ses hommes, avec trépidations, parfois avec le sourire, notamment durant les mésaventures de Courville parti à la course aux guetteurs.

Encore une fois, il est difficile, à partir de cette réécriture, de se faire une idée si le style demeure celui d’origine et si l’ensemble n’a pas été quelque peu modernisé (il s’est tout de même passé beaucoup de choses durant les plus de 20 ans qui séparent les deux versions).

Cependant, une chose est certaine, l’ambiance et le genre demeurent ceux des séries policières du début du XXe siècle et l’on y retrouve tous les éléments qui ont fait le succès des aventures de Nick Carter, de Marc Jordan et de nombres de détectives ou policiers de la littérature de l’époque.

Rythme trépidant, sans temps mort, actions, rebondissements...

Mais, du moins dans la version réécrite et peut-être dans celle d’origine, l’auteur offre deux petits plus à ses récits qu’à ceux de ses homologues : une certaine rupture de linéarité et un peu plus de réflexions.

Difficile de dire si ces deux choix sont inhérents au format. Rappelons que les aventures de Nick Carter, Marc Jordan et consorts se composent de récits complets tenant généralement sur 20 000 mots, alors que pour les aventures de Marc Jordan, le récit est à suivre sur des épisodes d’environ 35 000 mots.

Mais gageons que les quelques ruptures de linéarité du récit sont plus un choix de l’auteur, déjà pour rythmer son récit et pour ajouter du suspens, qu’une obligation.

En effet, il n’est pas rare que Léon Sazie revienne, a posteriori, pour ajouter des précisions sur des actions précédentes, ce qui n’est pas commun pour l’époque et le genre.

Par contre, le choix de pousser ses personnages à expliquer en détail le cheminement de pensée, de réflexion, ou d’action, est probablement inhérent à la volonté de développer le texte, de prolixité.

Léon Sazie démontre qu’il parvient à maintenir le rythme, le suspens, à proposer de multiples rebondissements, le tout s’en s’emmêler les crayons et sans sombrer dans le grand guignol (toute proportion gardée par rapport à des textes de cette époque).

Au final, même personnage, même auteur, même plaisir. On ne se lasse pas de ces aventures rocambolesques et, même, on en redemande...