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« Le danseur mondain » est un titre publié en 1952 au sein de la collection « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, une collection regroupant plus de 500 fascicules de 32 pages.

« Le danseur mondain » est attribué à Florent Manuel, un pseudonyme de Henry Musnik (1895-1957), un auteur né au Chili et qui a été un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire française durant une vingtaine d’années à partir du début des années 1930.

L’auteur utilisa un grand nombre de pseudonymes (Pierre Olasso, Claude Ascain, Jean Daye, Alain Martial, Pierre Dennys...) pour abreuver de nombreuses collections chez divers éditeurs, parfois (souvent ?) en réutilisant de mêmes textes en changeant uniquement le nom des personnages ou bien en s’appropriant des traductions de textes de la série « Sexton Blake ».

Par exemple, « Le danseur mondain » s’avère être une reprise de « L’homme du 7e étage » aux éditions A.B.C. en 1943 signé Claude Ascain, lui-même reprise de « L’énigme de Louqsor » dans la collection « Les meilleurs romans policiers » des éditions Ombre et Lumière signé Pierre Olasso en 1934.

« Le danseur mondain » met en avant, « pour la première fois », il me semble, le personnage de l’inspecteur Gaspin que l’on retrouvera au moins dans six autres titres dans la même collection et un autre dans la collection « Police et Mystère » 2e série, des éditions Ferenczi, un fascicule de 64 pages.

LE DANSEUR MONDAIN

Une riche péruvienne est assassinée, frappée par un objet contondant, durant la nuit, dans sa chambre d’un hôtel parisien.

L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, constate que les bijoux de la défunte se sont volatilisés.

Les soupçons se portent rapidement sur deux personnes : un danseur mondain, louant une mansarde dans l’établissement, probable amant de la victime, qui a mystérieusement disparu ; un plombier-zingueur parti cuver une bouteille de vin dans la cave du Palace et qui, au réveil, se plaint du vol de son marteau…

Un meurtre dans un hôtel chic, celui d’une riche étrangère. Des bijoux volés. Deux suspects : un gigolo vivant dans le même établissement et un ouvrier ayant passé la nuit dans la cave à cuver et dont le marteau pourrait bien être l’arme du crime.

L’inspecteur Gaspin est chargé de démêler le mystère...

Voici donc un des très nombreux textes de l’auteur, qui fût publié à l’origine, du moins sous ce titre, en 1952, sous le pseudonyme de Florent Manuel, sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit complet d’à peine plus de 8 000 mots.

S’il est des auteurs qui vous charment dès les premiers mots, même dans un format aussi contraignant que celui-ci (Charles Richebourg, par exemple), il en est d’autre qui vous ont à l’usure... et il faut avouer que Henry Musnik a de la matière pour vous travailler au corps, vu l’immensité de sa production.

Pour être plus sérieux, Henry Musnik est un auteur qu’on apprend à apprécier en apprenant à lire sa production pour ce qu’elle est et pour la façon dont elle a été développée.

En clair, quand on est peu habitué à la concision de ces textes issus de collections fasciculaires de 32 pages, on peut être gêné par les choix stylistiques qu’elle implique : personnages à peine esquissés, intrigue simple, narration linéaire, peu de suspens, peu d’investigations... avec souvent, à la fin, un résumé de la façon dont le héros à résolu l’affaire, afin d’éviter d’avoir à s’étendre sur le sujet.

Si ces « contraintes » peuvent déranger chez les auteurs les plus aguerris au genre, elles le font d’autant plus face à un texte de Henry Musnik.

Pourquoi ? Parce que je soupçonne l’auteur d’avoir joué avec les contraintes pour se faciliter la tâche, d’écriture, bien évidemment, mais plus encore de transposition de ses textes, d’un pseudonyme à l’autre, d’une collection à l’autre.

Entendez par là que, en ne se donnant même pas la peine d’esquisser son héros, non seulement Henry Musnik gagnait de la place donc, gagnait en concision, mais en plus, n’avait aucun effort pour faire passer son personnage pour un autre puisque, sans description physique, sans description psychique ou mentale, et sans lui conférer des aptitudes et des attitudes propres, il lui suffisait d’en changer le nom pour faire passer son récit d’une collection à une autre...

C’est ainsi que l’on retrouve le même texte dans lequel le commissaire Lenormand devient Yves Michelot juste en changeant un nom dans son récit : miracle !

Une fois que l’on saisit cela (les contraintes du format court, les ruses de l’auteur), on est plus à même d’apprécier ses textes.

C’est le cas donc avec cette première aventure de l’inspecteur Gaspin (dont le texte a peut-être servi auparavant pour un autre personnage, dans une autre collection, sous un autre pseudonyme... l’enquête qui consiste à trouver ces correspondances est plus exaltante que celles des récits) qui respecte les codes du genre et du format avec un personnage passe-partout, une enquête simple et une narration linéaire.

Pour autant, Henry Musnik, caché sous le pseudonyme de Florent Manuel, fait son job en proposant un texte qui occupe un sympathique petit moment de lecture. On ne lui demande pas plus.

Avec un style simple, une intrigue simple, un personnage simple, « Le danseur mondain » s’avère être simplement là pour combler ce petit instant sans se prendre la tête.

Au final, quand on cerne l’auteur et son texte, on peut prendre la pleine mesure du récit et le trouver plutôt agréable à lire.