MJ13

« Un crime mystérieux » est la 13e enquête du célèbre détective français Marc Jordan.

Est-il besoin de situer le personnage ? Oui ! Alors, allons-y.

Marc Jordan est un personnage de la littérature populaire fasciculaire né à la fin de 1907 pour faire concurrence aux aventures de Nick Carter, un détective américain dont le succès outre-Atlantique était immense et dont les traductions, qui venaient juste de débarquer en Europe et en France, à l’époque, fascinaient les lecteurs.

Ces aventures de Marc Jordan étaient très inspirées, tant dans le genre, le style et le format, de celles de son homologue américain.

Dans le genre : policier d’aventures.

Dans le style : récits plus ou moins indépendants de 20 000 mots où le héros est un policier privé, sans peur et sans reproche, qui, épaulé par de fidèles lieutenants, combat le crime en tout genre et, surtout, des super méchants qui lui donnent du fil à retordre et qui reviennent d’épisode en épisode. 

Dans le format : grand fascicule de 32 pages, double-colonne avec couverture illustrant un passage de l’histoire.

Est-il besoin de replacer l’auteur ? Oui ! Alors... rien, car l’auteur, à ce jour, demeure inconnu même si certains accordent la paternité de la série à Jules de Gastyne (mais que n’a-t-on accordé à cet auteur ???).

Notons que les aventures de Marc Jordan sont l’occasion de la première incursion des éditions Ferenczi, à la fois, dans le genre policier et dans la littérature fasciculaire, deux domaines dans lesquels elles s’illustreront par la suite pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Notons également que la série « Marc Jordan » est probablement la première série policière fasciculaire française.

UN CRIME MYSTÉRIEUX

Constant Renaud, un châtelain lillois, affolé, débarque chez le célèbre détective Marc JORDAN l’implorant de l’aider à l’innocenter.

Sa belle-sœur et sa nièce ont mystérieusement disparu alors qu’elles venaient le rejoindre pour s’établir dans sa demeure à la suite du décès du mari et père.

Après une escale à Paris afin de rendre visite au comte de Sauveterre, un membre de la famille, personnage influent naviguant dans les hautes sphères de la politique, les deux femmes ont pris le train reliant la capitale à Lille, ont été vues en descendre, mais n’ont plus donné signe de vie depuis.

Monsieur Renaud, susceptible d’hériter des biens légués par son riche frère, est devenu, de fait, le principal suspect.

Marc JORDAN, persuadé de l’honnêteté de son client, ne tarde pas à acquérir la conviction que les parentes n’ont pas quitté Paris, ce qui implique qu’il va devoir prouver la culpabilité d’un homme fortuné et puissant…

Une mère et une fille ont disparu.

Le mari et père vient de mourir. Elles ont décidé d’aller vivre chez dans le château du frère du défunt, près de Lille.

Mais avant, la mère ayant des choses à régler à Paris, elle en profite pour aller visiter un membre de la famille, un personnage riche et puissant, très en vue en politique.

Les deux femmes ont pris le train à Paris, ont été vues en descendre à Lille, mais, depuis, plus aucune trace.

Aussi, la police se tourne immédiatement vers le beau-frère d’autant qu’en cas de décès, c’est lui qui hériterait de la fortune que son frère a léguée à sa femme.

Pour se défendre, le suspect place tous ses espoirs en Marc Jordan.

Celui-ci ne tarde pas à acquérir la certitude que les deux jeunes femmes n’ont jamais quitté Paris, ce qui implique que soit le personnage puissant, soit son majordome sont le coupable...

Après la chasse au comte Cazalès et à Pépita la Rouge, ceux-ci s’étant enfuis à Londres, Marc Jordan trouve la vie un peu trop calme et s’empresse d’accepter cette affaire qui va un peu changer de celles d’avant, comme le lecteur va le remarquer et le ressentir lui-même.

Effectivement, si le style ni le format ne change, la lecture, elle, de cet épisode, semble varier d’ordinaire.

La raison première en est l’enquête elle-même.

Si le lecteur est habitué à ne pas être confronté à un récit de réflexion et d’investigation, il conditionne son plaisir de lecture à l’aspect aventure et action de la série.

Mais ici, si la réflexion est aussi peu présente, malheureusement, l’action n’est pas non plus omniprésente.

Car, oui, à peine le client lui a raconté l’histoire que Marc Jordan a déjà sa petite idée sur le coupable.

Il lui suffit d’un voyage en train pour affirmer sa conviction.

À partir de ce moment, le lecteur s’attend à une lutte terrible entre le détective et le puissant, comme il en a eu l’habitude avec un autre comte, Cazalès...

Malheureusement, le lecteur sera un peu déçu de constater que son héros résout l’affaire en deux coups de cuillères à pot, sur une simple entrevue prenant forme d’interrogatoire et, encore, sans qu’il ait besoin de sortir les grands moyens puisqu’il lui suffit de mettre un peu la pression à son interlocuteur pour obtenir des aveux.

On a beau s’attendre à un revirement de situation, à ce que le méchant se reprenne... il n’en est rient.

L’histoire se termine donc à la fois rapidement et sans surprise ni rebondissement ce qui est d’ordinaire le sel de la série et des récits de ce genre.

Est-ce un coup de mou de l’auteur, un changement, même, d’auteur ? Impossible de le savoir.

Reste à espérer que Marc Jordan (et son auteur) reprenne du poil de la bête très vite et nous propose à nouveau une enquête rocambolesque dans laquelle il courra des dangers, fera appel à ses lieutenants, se battra, risquera sa vie et gagnera à la fin...

Au final, un épisode assez décevant, un peu plus mou que d’ordinaire, tout simplement un peu fade.