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« Dans la peau d’un autre » est un titre signé de l’énigmatique auteur H.-R. Woestyn (dont on ne connaît que quelques pseudonymes dont Henry Sevin, Roger Nivès, Jacques Bellême, Cornil Bart...), initialement paru en 1927 sous la forme d’un fascicule de 32 pages dans la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi (mythique, car les titres sont tous illustrés par Gil Baer et extrêmement difficiles à trouver) puis réédité en 1934 dans une forme probablement allongée sous la forme d’un fascicule de 64 pages au sein de la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenczi.

Ce titre a pour particularité, ainsi qu’une dizaine d’autres de l’auteur, de faire intervenir deux personnages récurrents, les détectives Ned Burke et Romain Farrel.

Le premier est un vieux (tout est relatif) détective américain, le second, son jeune élève français.

DANS LA PEAU D’UN AUTRE

Les détectives Ned BURKE et Romain FARREL ont embauché un nouveau secrétaire en la personne de Alfred Landon, un homme ayant purgé deux ans de prison pour détournement de fonds et à qui Ned BURKE veut offrir une deuxième chance.

Pendant l’une de leurs absences professionnelles, Boris Tchiaguine, un ex-délégué du gouvernement russe, vient les solliciter à la suite du cambriolage de sa villa qu’il pense être l’œuvre de ses anciens confrères ou d’opposants revanchards.

Alfred Landon, voyant là une occasion de se remplir les poches, décide de se faire passer pour Romain FARREL et accepte de prêter main-forte à son « client »…

Tchiaguine, un Russe, ancien membre des Soviets ayant tourné sa veste à la révolution pour s’enfuir du pays et venir vivre en France, est persuadé que ses anciens amis du pouvoir cherchent à le punir et que la famille des Russes opprimés veut se venger de lui.

Aussi, quand sa maison de campagne subit un cambriolage, il décide de faire appel à Ned Burke, le détective qui, par le passé, lui a sauvé la vie par deux fois.

Mais Ned Burke et Romain Farrel se sont absentés pour une affaire et le Russe ne trouve qu’Albert Landon, un secrétaire nouvellement embauché, ancien repris de justice, qui voit là une aubaine pour se faire de l’argent et décide de se faire passer pour Romain Farrel, que Tchiaguine ne connaît que de nom... 

Dans ce court roman (15 000 mots), H.-R. Woestyn décide de prendre le contre-pied des autres titres développés autour de ses deux personnages.

Si ceux-ci apparaissent usuellement tardivement dans le récit, ici, ils interviennent dès les premières lignes.

Par contre, les deux protagonistes disparaissent assez rapidement pour ne revenir sur le devant de la scène qu’à la toute fin du récit.

Entre les deux, c’est Alfred Landon qui va voler la vedette aux deux héros de l’histoire en se faisant passer pour l’un d’eux, Romain Farrel.

Cette substitution, explicitée par le titre du roman, va être sujette à un récit léger et amusant durant lequel l’auteur va jouer avec les deux usurpateurs (le faux détective, et le faux Russe Blanc ancien vrai Russe Rouge, c’est à dire un ancien Bolchevik se faisant passer pour un anti Bolchevik).

Pour ce faire, à l’un comme à l’autre, par un malencontreux hasard, il va leur faire rencontrer une personne potentiellement à même de pouvoir les démasquer.

Pour l’occasion H.-R. Woestyn met en place une triple intrigue (une série de cambriolage, la parano du Russe et l’usurpation d’identité du secrétaire), même si, il faut bien l’avouer, aucune d’elle n’est vraiment développée, format court oblige.

Cependant, il faut bien reconnaître que la lecture de ce roman est plutôt agréable même si elle part d’un postulat difficilement crédible : la faillibilité de Ned Burke qui croit à la repentance d’Alfred Landon, au contraire de son élève Romain Farrel.

L’ensemble demeure sans temps mort, livre plusieurs moments divertissants, que ce soit la parano de Tchiaguine, la roublardise de Landon, l’apparition des deux gendarmes, jusqu’au final dans lequel Ned Burke n’a pas plus de sympathie pour la victime, le Russe, que pour le coupable, le secrétaire...

Au final, « Dans la peau d’un autre » fait partie des titres les plus agréables à lire de la série de par sa légèreté et l’humour en filigrane même si, au final, les deux héros y tiennent une place relativement faible.