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« Ah, les braves gens ! » est un roman de Franz Bartelt.

Je ne vous parlerai pas de l’auteur que je ne connais pas et dont la vie m’indiffère (non pas que j’ai le moindre grief à son égard, mais je me fous de la vie des auteurs que je lis, même quand je lis ma propre prose, c’est peu dire).

Ce roman est le dernier de l’auteur et le second que je lis, après le dernier de l’auteur (car, oui, quand j’ai lu le précédent roman de Franz Bartelt, celui-ci était le dernier en date, mais, depuis, l’auteur a eu l’idée saugrenue d’en écrire un autre ce qui fait que le précédent n’est plus le dernier en date, mais l’avant-dernier en date et que le suivant devient à son tour, le dernier en date, mais comme j’imagine que Franz Bartelt a pour ambition de me compliquer l’existence, il ne tardera pas à en écrire un autre ce qui conférera le dernier en date au statut d’avant-dernier en date et l’avant-dernier en date à celui d’antépénultième en date – et si tu ne sais pas ce que veux dire « antépénultième » tu n’as qu’à chercher dans le dictionnaire ou deviner à partir de la phrase où je dis : « il ne tardera pas à en écrire un autre ce qui conférera le dernier en date au statut d’avant-dernier en date et l’avant-dernier en date à celui d’antépénultième en date »...

Après ce bref aparté [si, je vous rassure, celui-ci est bref, je suis capable d’apartétisationner bien plus longuement], il est temps d’en venir à l’ouvrage.

Ah, les braves gens ! :

À Puffigny – un village ou, plutôt, « un gros bourg tellement perdu au fin fond de la France profonde que les cartographes n’ont même jamais vraiment pu le situer avec exactitude » –, les habitants sont renommés pour être tous plus menteurs les uns que les autres. Difficile d’espérer y mener une enquête. C’est pourtant ce que va tenter Julius Dump, un peu rentier, beaucoup écrivain médiocre, parti sur les traces de son père disparu et d’un mystérieux butin. Car toutes les pistes mènent à Puffigny. Mais où exactement ? Et comment trouver des réponses dans un village où chacun semble vivre au jour le jour, le nez en l’air et le verbe éclatant ? Julius n’a peut-être pas tout à fait mis les pieds dans un village de fous, mais ça y ressemble beaucoup. Matière à roman ? Et comment !

Un écrivain sans succès, suite au décès de son oncle, entre en possession de documents ayant appartenu à son père, un triste voleur mort depuis quelques années, qui semble démontrer que ce dernier s’était lancé sur la piste du seul comparse, avec lui, ayant survécu à un casse de grande ampleur dans lequel a été volé un tableau d’une valeur inestimable. 

Le comparse semble s’être barré avec la toile et feu le père de l’auteur, avoir cherché à le retrouver en sillonnant le pays à sa recherche.

Sur une carte, des annotations et un village entouré : Puffigny.

Mais Puffigny est un village étrange et renfermé où tout le monde ment et où tout le monde déteste ceux qui ne sont pas de Puffigny...

Si j’étais fainéant, ce que je ne suis pas, ce que je ne suis plus... sauf quand je le suis encore, je pourrais dire que ce roman possède les mêmes qualités et les mêmes défauts que le précédent.

Voilà, c’est fini !

Quoi ? Ah, oui, c’est vrai, je ne suis plus fainéant, alors, je développe.

Tout comme dans le précédent, il y a ici trop de personnages, beaucoup d’humour, des noms à coucher dehors par nuit de tempête de grêle, des personnages totalement déjantés et, finalement, peu crédibles et une intrigue un peu foutraque.

Mais, si dans le précédent, le personnage déjanté et peu crédible était le héros de l’histoire, dans celui-ci, le héros de l’histoire est à peu près normal, ce sont les autres qui déconnent.

À choisir entre deux maux [ou deux mots : crédibilité ou déjanté], je ne saurais lequel choisir.

Car, les deux romans souffrent, à mon sens, du même défaut [outre la multiplicité des personnages et l’intrigue un peu foutraque], c’est d’avoir le cul entre deux chaises.

Car Franz Bartelt aurait pu proposer une Thriller ésotérique, tout comme le nœud de l’intrigue pouvait le laisser penser.

A contrario, il aurait pu développer un roman totalement iconoclaste [un peu comme « Des femmes qui tombent » de Pierre Desproges] en se souciant peu, au final, de l’intrigue.

Mais l’auteur préfère naviguer sur un fil, le choix le plus audacieux, mais également le plus complexe à tenir.

Si ardu qu’il faudrait être un génie pour y parvenir...

Et, malheureusement pour Franz Bartelt, il n’est pas un génie. Un bon auteur, sans nul doute, mais pas un auteur génial.

Du coup, son roman se lit sans trop de déplaisir, mais sans réelle passion.

Car le lecteur [en tout cas, moi], ne peut se départir de cette impression que l’auteur en fait toujours trop ou pas assez selon si l’on attendait plutôt un bon roman humoristique ou plutôt un bon thriller.

À dire vrai, cette sensation est si prégnante qu’elle finit par prendre le dessus sur l’intrigue et empêche, finalement, de la suivre correctement.

N’en reste pas moins un récit correct et plutôt bien narré, ce qui est déjà pas mal.

Au final, l’auteur n’ayant réussi à choisir la voix qu’il voulait donner à son roman, ou bien à exceller en restant dans un entre-deux avec justesse, le roman s’avère être décevant. Dommage.

N.B. Il faudrait dire aux éditeurs d’arrêter avec la manie des bandeaux imbéciles sur les 1res de couvertures. Ici, « par l’auteur de “Hôtel du grand cerf” ». Celui qui a lu le bouquin le sait et celui qui ne l’a pas lu s’en fout. Ce qui aurait été original et dans l’ambiance du livre aurait été de mettre un bandeau « Par l’auteur de “Ah, les braves gens !” ».