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« Qui est cet homme ? » est un texte issu de la série fasciculaire « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, publié dans le second quart du XXe siècle sans qu’une date soit évidente à établir étant donné que les fascicules ne sont pas datés.

Au petit format de 32 pages, la série comprend presque une centaine de titres de 32 pages (du moins, la plupart) comprenant des récits d’un peu moins de 8 000 mots et presque tous signés de l’infatigable Marcelle Renée Noll, un pseudonyme cachant l’écrivain Marcel Priollet.

Marcel Priollet, pour ceux et celles qui l’ignoreraient encore, est un auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire de ce second quart du XXe siècle (et un peu plus), dont il a alimenté diverses collections sous de nombreux pseudonymes (René-Marcel de NizerollesHenry de TrémièresMarcel-René NollRené Valbreuse...) avec une prédilection pour les titres policiers et sentimentaux.

On notera de nombreuses collections sentimentales et deux collections policières (« Old Jeep & Marcassin » et « Monseigneur et son clebs »).

Mais, comme tout bon écrivain de littérature populaire fasciculaire, l’homme n’hésitait pas à utiliser un même personnage dans plusieurs titres au sein d’une collection plus généraliste.

C’est le cas avec Claude Prince, un radiesthésiste qui n’hésite pas à faire le détective et qui apparaît dans plus d’une dizaine de titres, sous la plume de Marcelle Renée Noll, dans la fameuse collection « Les Grands Détectives ».

 

QUI EST CET HOMME ?

 

Claude PRINCE, le célèbre radiesthésiste détective, est contacté par Madame d’Orsen afin de l’aider à résoudre un grave problème.

 

Son mari, Christian d’Orsen, a disparu en 1914, au tout début de la Première Guerre mondiale.

 

Six mois après la fin du conflit, toujours sans nouvelle, s’estimant veuve, elle s’apprête à épouser son cousin, amoureux de longue date. Mais la Croix-Rouge rapatrie un grand blessé, mutilé, trépané, amnésique, censé être Christian d’Orsen.

 

Pendant des années, elle s’occupe de l’invalide dans lequel elle ne reconnaît guère l’homme dont elle était tant éprise avant de découvrir, dans un cimetière belge, l’existence d’une tombe gravée du nom et du régiment de Christian d’Orsen.

 

Elle compte alors sur les dons de Claude PRINCE pour lui confirmer les doutes sur l’identité de l’éclopé…

 

Madame d’Orsen a un souci.

Se croyant veuve de guerre, elle s’apprêtait à épouser son cousin, qui l’aime depuis des années, quand la Croix-Rouge a rapatrié un invalide, borgne, trépané, amnésique, censé être son mari.

Voilà des années qu’elle s’occupe religieusement de cet homme en qui elle ne reconnaît pas son mari, ni par son caractère, son physique et ses goûts quand son cousin découvre lors d’un voyage en Belgique, dans un cimetière militaire, une tombe au nom du mari de Madame Orsen.

Alors, elle compte sur Claude Prince, réputé pour ses dons de radiesthésiste, pour faire la lumière et lui dire si oui ou non le malade est Christian d’Orsen, le père de sa fille, ou non...

Je vous ai déjà parlé de Claude Prince, ce détective radiesthésiste lors de la lecture de trois autres aventures : « La main qui tue », « De la poussière sur les touches » et « L’énigmatique Mr Randall ».

À chaque fois, ma conclusion fut la même : texte décevant de par la faible utilité du don de Claude Prince dans la résolution des enquêtes, ajouté à l’extrême concision des textes.

En clair, si l’on ne s’attend jamais à une intrigue fouillée dans un fascicule de 32 pages, généralement, l’auteur se dépatouille avec 10 000 mots pour la boucler.

Dans cette collection, la latitude descend en dessous des 8 000 mots, ce qui complique la tâche.

De plus, si, à la base, la création d’un détective radiesthésiste est une bonne idée (pour l’époque), permettant de changer un peu du reporter détective ou bien du cambrioleur détective et, pour le coup, du détective détective (oui, la plupart ne cumulent pas les statuts), il était pourtant difficile de tirer toute la quintessence de cette spécificité avec si peu de place allouée.

Du fait, les lectures étaient, si ce n’est déplaisantes, du moins, décevantes.

Ici, Marcel Priollet, pour je ne sais qu’elle raison, parvient à hausser la qualité de son texte sans utiliser plus de mots.

Mieux, son héros se sert de son don, très peu, mais c’est déjà ça, pour faire avancer l’enquête.

Mais, ce qui rehausse un peu l’intérêt de ce court titre, c’est avant tout que l’auteur propose une intrigue à multiples rebondissements ce qui, dans une telle concision, est plutôt bien joué.

Car, usant d’un quart de sa place pour étaler la confession de la cliente, il était à craindre que l’intrigue soit encore plus décevante qu’ordinaire.

Cependant, en s’appuyant sur un début d’histoire faisant penser au roman « The wife of Martin Guerre » datant de 1941 et publié en France en 1947 sous le titre « Le retour de Martin Guerre », dont deux films ont été tirés, l’un avec Depardieu et Nathalie Baye, un remake avec Richard Gere et Jodie Foster, titré « Sommersby ».

Il est pourtant fort probable que Marcel Priollet n’ait pu lire ce roman, en langue originale ou en français, car, apparemment, « Qui est cet homme ? » a été écrit en 1936 (c’est du moins ce que laisse entendre le texte).

À partir de cette idée d’une femme qui voit revenir le mari qu’elle croyait mort à la guerre et qui finit par douter de la véritable identité de celui-ci, Marcel Priollet distille une rapide intrigue avec trois rebondissements successifs (pas mal en si peu de place).

Certes, il n’y a rien de transcendant à la lecture étant donné que l’auteur manque de place pour installer, à chaque fois, l’ambiance qui aurait pu donner plus de valeur à chaque rebondissement, mais tout de même.

Comme il fallait s’y attendre, la fin est assez abrupte, mais justifiée par une inaction imposée.

Au final, bien plus intéressant que les autres titres avec Claude Prince, « Qui est cet homme ? » s’avère être, toute proportion gardée, un récit plaisant à lire, malgré sa concision et la sous-exploitation de son personnage principal.