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Dans la littérature populaire fasciculaire, il est quelques auteurs incontournables qui, s’ils n’ont pas marqué cette littérature de leur style ou par leurs personnages, l’ont au moins fait par l’immensité de leurs productions.

Parmi ceux-ci, l’on pourrait citer de grands pourvoyeurs de textes comme Henry Musnik, José Moselli, Rodolphe Bringer, H.J. Magog... et Marcel Priollet.

Avec Rodolphe Bringer, Marcel Priollet est probablement l’auteur de cette liste non exhaustive qui aura su, en plus de la quantité, proposer, parfois, souvent, une certaine qualité.

Car, s’il est incontestable que sur une 4 décennies (1910-1950), Marcel Priollet, caché sous de nombreux pseudonymes (Henry de Trémières, R.M. de Nizerolles, M.R. Noll, René Valbreuse...) a alimenté la littérature populaire fasciculaire sans retenue et dans des genres différents (aventures, sentimental, policier...), on peut lui reconnaître également d’être parvenu, parfois, à proposer des personnages originaux et attachants (Old Jeep et Marcassin, Monseigneur et son clebs) ainsi que, de temps en temps, des récits plutôt bien écrits même si limités par les contraintes inhérentes au format très court et à une production massive.

Il est rare que des auteurs, dans de mêmes conditions, soient parvenus à offrir des textes qui se détachent du tout-venant de l’époque.

Sous le pseudonyme Marcelle-Renée Noll, Marcel Priollet maintenu sur ses épaules la collection « Les Grands Détectives », dans les années 1940, des Éditions Modernes, une collection de fascicules de 32 pages contenant des récits d’environ 8000 mots.

C’est le cas avec « Le boucher des dames », le titre qui nous intéresse aujourd’hui.

 

LE BOUCHER DES DAMES

 

Depuis quelque temps, les dames galantes œuvrant la nuit pour apporter une chaleureuse compagnie aux hommes en manque d’affection font leur « métier » dans la crainte permanente d’être la prochaine cible de celui que les journaux surnomment : « Le boucher des dames ».

 

Le nombre de ses victimes ne cesse de croître sans que jamais la police ne parvienne à obtenir un renseignement fiable sur l’égorgeur de ces femmes aux mœurs légères.

 

Quand Linda Pasquier échappe miraculeusement au meurtrier, elle devient l’unique témoin susceptible d’identifier le monstre…

 

Tandis qu’elle discute avec ses consœurs dans un bar et leur décrit son terrible « partenaire d’un soir », l’inspecteur Bob Rex, qui a rejoint le petit groupe, tend l’oreille sans en perdre une miette.

 

Soudain, Linda assure reconnaître son agresseur dans le client qui vient de rentrer dans l’établissement…

 

Un assassin qui égorge des prostituées... l’une d’elles échappe à ses griffes et parvient à le décrire à un policier et même à le pointer du doigt. Mais l’homme est un peintre reconnu et il assure n’être en rien coupable... mais sa déposition n’est composée que de mensonges...

Toute personne ayant déjà de temps en temps des fascicules de l’époque n’est pas sans savoir que le travail éditorial était souvent bâclé...

Je ne parle même pas des fautes d’orthographe qui, si elles s’immiscent même chez les plus grands éditeurs actuels, foisonnaient dans ces éditions de cette période d’autant plus que l’ensemble (écriture, éditions, impression, distribution) était toujours fait dans l’urgence...

Je n’évoque pas même les coquilles inhérentes au système d’impression de jadis ne favorisant pas les retouches de dernières minutes.

Je ne pointe pas non plus du doigt les personnages qui changent subitement de nom en cours de route (il s’agit là de routine).

Je ne mentionne pas non plus les bouts de textes qui ne sont pas à leur place (n’est-ce pas, Marius Pégomas).

Le papier de mauvaise qualité.

L’encre qui bave.

...

Pas besoin de citer ce que tout le monde sait.

Mais ce que l’on ne dit jamais, c’est que parmi ces éditions, ces collections, une faisait figure de grande gagnante dans le domaine de la légèreté : « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes qui n’avaient de modernes que leur nom.

Jamais une édition n’a porté si mal son nom.

Et, parmi tous ces textes desservis par un travail éditorial bas de gamme, je crois que je peux annoncer sans me tromper que « Le boucher des dames » est assurément celui qui a le plus souffert du travail de l’éditeur.

Effectivement, dans le texte d’origine, il est impossible de faire une liste exhaustive des fautes de grammaire, de conjugaison, d’accord, des erreurs de ponctuations, des changements de noms, des coquilles, des bouts de phrases qui manquent, des mots qui ne veulent rien dire...

Si, l’édition numérique répare l’outrage fait au texte d’origine, je me dois de plaindre les lecteurs du fascicule papier tant le récit devient totalement indigeste et, pis encore, incompréhensible.

Et c’est d’autant plus dommage que le récit, en soit, est plutôt intéressant (toute proportion gardée par rapport à un récit ultra court de 8400 mots écrits dans l’urgence que l’on connaît) et qu’il est déjà gâché par un rebondissement final que j’aurais l’habitude de pardonner à un texte issu de la littérature populaire fasciculaire en sachant dans quelles conditions ils étaient rédigés, mais qui, là, déboulant à la suite d’une catastrophe éditoriale, fait figure de goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Heureusement pour ceux et celles qui liront l’édition numérique, seul cet ultime rebondissement pourra nuire à la lecture.

Pour le reste, on retrouve une toute petite intrigue (format ultra court oblige) dans un style assez représentatif de la plume de Marcel Priollet navigant entre intrigue sentimentale et policière et roman de mœurs.

Plutôt plaisant à lire, il est probablement ce que l’auteur pouvait fournir de mieux dans de telles conditions, avec des personnages non récurrents.

On notera le sujet plutôt glauque et la résolution de l’enquête qui, en plus de s’appuyer sur le hasard et la chance si chers aux auteurs de la littérature populaire fasciculaire (car, très pratique pour faire dans la concision) propose une solution, d’une part, désormais usée jusqu’à la corde, mais également, d’autre part, assez surprenante, pour d’autres raisons.

Au final, plus qu’un petit roman agréable à lire, l’édition originale montre à quel point la littérature populaire pouvait être méprisée, même par ceux qui, les premiers, en vivaient : les éditeurs...