NC27

Comme bien souvent, voici un personnage que j’estimerai logique de ne pas vous présenter tant, il est, à lui seul, un pan de la littérature populaire mondiale, et par inspiration, tout un autre immense bloc de cette même littérature, comme le fût le personnage de Sherlock Holmes.

Effectivement, depuis la fin du XIXe siècle aux États-Unis, depuis 1907, en France, Nick Carter eut un immense succès et fut le précurseur du modèle de détective moderne (pour l’époque), et ce pendant des décennies.

Ses milliers d’aventures outre-Atlantique (ses centaines, en France), divertir les lecteurs pendant plus de 50 ans.

Mais, plus encore, les inspirations et les clones de ce détective firent les beaux jours de nombre d’auteurs et d’éditeurs.

En tout premier lieu, les éditions Ferenczi, qui, à travers les aventures de Marc Jordan (un clone francophone de Nick Carter), firent leur première incursion dans le monde de la littérature policière et dans la littérature fasciculaire à travers une collection de fascicules inspirés, jusque dans la forme et le format (grand format 32 pages, double colonne, avec illustration en couverture) de celle des Nick Carter.

Quand l’on sait la part que prirent par la suite les Éditions Ferenczi dans la littérature fasciculaire policière avec des collections telles « Le Roman Policier », « Police et Mystère », « Mon Roman Policier », « Le Petit Roman Policier »... on devine aisément l’importance majeure de Nick Carter dans notre littérature populaire francophone.

Le créateur de Nick Carter fut John R. Coryell. Et si l’auteur écrivit les premières aventures, il devient rapidement impossible d’établir une réelle parenté aux récits, ceux-ci étant signés Nick Carter ou Chickering Carter.

Il en est de même en France où les traductions ne sont pas signées. Certains les attribuent à Jean Petithuguenin, mais difficile de s’en assurer.

Nick Carter est un détective fort, courageux, intelligent, perspicace, observateur, sachant se battre, se déguiser et s’entourer de fidèles lieutenants de son beau-frère Chick Carter, Patsy et le japonais Ten Itchi.

Mais John R. Coryell invente également le premier génie du mal, quelques années avant le Professeur Moriarty de Conan Doyle, l’ennemi de Sherlock Holmes, avec le personnage du Docteur Quartz.

Quelques années après, un autre Docteur Quartz apparaîtra, contre lequel Nick Carter devra se battre dans plusieurs épisodes.

« Le Diable dans une maison de fous » est un des épisodes de cette lutte épique.

LE DIABLE DANS UNE MAISON DE FOUS ou LE FANTÔME DU DOCTEUR

Depuis que la prison de Dannemora abrite le terrible Dr Quartz et sa comparse, la belle Zanoni, il s’y passe d’étranges événements.

Le diable se promène la nuit, dans les couloirs… c’est du moins ce qu’affirment les détenus, effrayés, mais également les gardiens qui ont aperçu ce « fantôme » sur lequel certains ont même tiré sans parvenir à le blesser.

L’esprit apparaît et disparaît à volonté sans que les inspections aient trouvé un quelconque passage pouvant expliquer ce phénomène.

Le directeur de Dannemora craignant que la terreur grandissante de ses pensionnaires finisse par engendrer une révolte sanglante fait appel au détective Nick CARTER, celui-là même qui a arrêté le Dr Quartz et Zanoni.

Nick CARTER ne doute à aucun moment que ces manifestations soient l’œuvre du duo machiavélique. Pour s’assurer que le plan échafaudé par ses cruels ennemis ne réussisse pas, il va s’infiltrer incognito dans les murs de l’établissement pénitentiaire à ses risques et périls…

Décidément, le Docteur Quartz donne bien du fil à retordre à Nick Carter.

Même arrêté, condamné, exécuté, il continue à sévir.

Heureusement, Nick Carter est parvenu à lui remettre la main dessus et son Lieutenant Ten Itchi, à arrêter la belle Zanoni.

Mais, déclarés fous, les deux sont enfermés dans la prison spécialisée de Dannemora.

Cependant, depuis qu’ils y sont incarcérés, les murs de l’établissement sont hantés par le Diable.

Les prisonniers ont peur et les gardiens ne parviennent pas à arrêter ces apparitions. Même les balles n’ont aucun effet sur le fantôme.

Aussi, le directeur de Dannemora fait appel à Nick Carter qui, persuadé qu’il s’agit là d’un stratagème de Quartz et Zanoni dans le but d’organiser une évasion, va décider d’intervenir...

Les aventures de Nick Carter sont le plus pur exemple de la littérature populaire de l’époque.

Si les récits ne sont pas empreints d’une qualité de plume exceptionnelle, d’un réalisme forcené, et exempts d’un évident manichéisme, il faut bien leur reconnaître des qualités indéniables qui apportent du plaisir au lecteur.

Dans celles-ci, outre de l’action, du suspens, des rebondissements, c’est avant tout une absence quasi totale de temps mort qui fait que le lecteur ne s’ennuie jamais.

Effectivement, sur un format de taille moyenne (entre 20 000 et 30 000 mots), les auteurs livrent généralement des récits basés sur l’action plus que sur la réflexion.

Il est assez rare (même si cela arrive) que Nick Carter obtienne gain de cause par une pure réflexion.

Nick Carter est un homme d’action et donc, il agit.

Cette dynamique du personnage apporte donc un dynamisme au texte qui, conjugué à un format assez court, empêche la lassitude de s’installer en cours d’épisode.

Malheureusement, il faut bien avouer que c’est un peu moins le cas dans cet épisode-ci, du fait, probablement, qu’il se passe quasiment en huis clos, à l’intérieur de la prison de Dannemora.

Mais là n’est pas le seul ingrédient qui cause cet effet.

Effectivement, ici, point de Chick, de Pasty ou de Ten Itchi qui peuvent, habituellement, faire rebondir les actions afin d’accentuer le rythme.

De plus, une bonne partie de l’intrigue avance à travers des interrogatoires, ce qui confère au début de récit un aspect un peu trop bavard, du moins, plus que d’ordinaire.

Évidemment, le lecteur n’est pas sans se dire à un moment qu’il suffirait de changer le Docteur et Zanoni de prison ou, du moins, de cellule, pour mettre un terme à la mystification, mais, cela couperait court à l’épisode et celui-ci se doit de tenir une certaine distance.

Du coup, la lutte entre Nick Carter, le Docteur Quartz et Zanoni, ne tient pas toutes ses promesses, du moins, pas celles des épisodes passés.

Serait-il temps que le fameux détective se trouve un nouveau génie du crime comme ennemi ?

Ce n’est assurément pas ce l’impression qu’on eut les auteurs de l’époque puisque le sous-titre de l’épisode suivant se nomme : « La réapparition du Docteur Quartz » et le suivant : « La dernière partie du Docteur Quartz ».

Au final, pas le meilleur ni le plus rythmé des épisodes de la série, mais il se lit tout de même sans réel déplaisir.