NC28

Est-il encore nécessaire de vous conter la genèse des aventures de Nick Carter, ce détective de papier américain qui révolutionna la littérature populaire de son pays, de l’Europe et de la France au même titre, ou presque, que son homologue anglais plus célèbre encore : Sherlock Holmes ?

Je crains que oui.

Aussi, faut-il remonter à la fin du XIXe siècle, en 1886, si mes souvenirs sont bons, pour découvrir la première trace de ce nouveau genre de héros.

En effet, alors que la mode était encore au héros à cheval, parcourant les grands espaces, et combattant les apaches à plumes armés d’arcs et de flèches, John R. Coryel crée un héros urbain, moderne, ayant les villes pour terrains de jeu et d’autres apaches, armés de pistolets et s’abritant dans les tavernes infâmes au lieu des tipis, ceux-là... j’ai nommé, le détective Nick Carter.

Les aventures de ce nouveau héros eurent un succès quasi immédiat qui ne se démentit pas pendant plus d’un demi-siècle, au cours de milliers d’aventures.

Dès 1908, les traductions de ces fascicules de 32 pages, double-colonnes contenant des récits de près de 30 000 mots, envahir l’Europe et la France grâce aux éditions Eichler. 

Conservant le même format, la même présentation, la même illustration de couverture, ces courts romans dont la qualité littéraire ne volait pas haut, du fait de traductions bâclées, mais également du matériau de base, firent le bonheur de la jeunesse de l’époque grâce à des récits mouvementés, rythmés, un héros sans peur et sans reproche et des méchants intelligents et machiavéliques.

Ce succès engendra nombre de copies, plus ou moins pâles, parfois de meilleur acabit, mais, surtout, démocratisa le format fasciculaire qui, très vite, se multiplia et varia de tailles, de nombres de pages...

Cela fit donc naître tout un pan de la littérature populaire policière à travers les années et les décennies, à coup de clones, de copies ou d’inspirations (Marc Jordan, Martin Numa, Lord Lister, Ethel King, Miss Boston, Stan Kipper), des personnages s’inspirant du détective américain comme certains s’inspiraient déjà du détective anglais. D’autres eurent l’audace de mixer un peu des deux célèbres enquêteurs.

Nick Carter dont le courage, la force, la droiture, l’intelligence, la perspicacité, la pugnacité, n’est plus à reconnaître, n’hésite pas à s’entourer de fidèles Lieutenants : Chick Carter, Patsy, Ten Itchi, afin de combattre le crime et les criminels, souvent d’une intelligence supérieure au point qu’un seul récit n’est pas suffisant pour les battre définitivement.

Parmi ceux-ci, le Docteur Quartz, premier du nom, puis, plus tard, le Docteur Quartz, second du nom, un génie du mal dont la pupille, la cruelle et belle Zanoni est presque aussi dangereuse.

Nick Carter luttera contre ces deux diables pendant plusieurs épisodes.

« Un singulier nœud coulant » est une bataille de cette difficile guerre.

UN SINGULIER NŒUD COULANT ou LA RÉAPPARITION DU DOCTEUR

Décidément, les ennemis de Nick CARTER n’ont de cesse de lui donner du fil à retordre.

À peine arrêtés, voilà qu’ils se font la malle, les uns après les autres.

Tout d’abord, le Docteur Crystal est parvenu à s’échapper de la geôle dans laquelle il était enfermé.

Aucun doute qu’une fois dehors, il ait organisé la fuite de la belle et dangereuse Zanoni, demeurée dans l’hôpital de la prison dans un état catatonique depuis le coup de crosse reçu sur la tête durant de sa tentative d’évasion.

Et c’est probablement le même Crystal qui, déguisé en homme d’Église, a favorisé l’évaporation du Dr Quartz lors d’une promenade surveillée…

Avec ses trois pires adversaires dans la nature, Nick CARTER va avoir du travail.

Mais le détective n’est pas du genre à baisser les bras et, immédiatement, il se lance sur les traces des plus terribles criminels qu’il n’ait jamais eus à affronter…

Le Docteur Crystal s’est échappé.

Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la terrible Zanoni s’est, elle aussi, volatilisée de l’infirmerie dans laquelle elle était retenue depuis 6 mois dans un état semi-comateux depuis le coup reçu à la tête lors de sa tentative d’évasion de la prison de Dannemor.

Et, jamais deux sans trois, le Docteur Quartz a faussé compagnie à ses gardiens lors d’une promenade.

Décidément, il est dit que Nick Carter n’aura jamais la paix avec Quartz et Zanoni.

Peu importe, bien décidé à remettre la main sur ses ennemis, Nick Carter, épaulé par le gardien Price de la prison de Dannemora, décide de se rendre sur les lieux où Quartz a été vu la dernière fois dans l’espoir de le retrouver...

Si Nick Carter est un détective infaillible, il faut dire qu’il n’est guère aidé par la Justice et le monde pénitentiaire.

Effectivement, alors qu’il n’a de cesse de prévenir tout le monde que Quartz et Zanoni sont capables de tout, on les laisse faire un peu ce qu’ils veulent et on les surveille en dilettante.

Car, si la première alerte de Nick Carter n’avait pas suffi à convaincre son monde, les différentes évasions et la dernière tentative d’évasion de la prison de Dannemora auraient dû suffire à faire en sorte que tout le monde se tienne sur ses gardes.

Mais non !

On laisse apporter des fleurs en pleine nuit à Zanoni !

On permet à Quartz d’aller se promener dehors !

On lui accorde une entrevue avec un homme d’Église inconnu !

Et, puis quoi encore ?

Oui, bon, je suis quelque peu énervé devant tant de laisser-aller. C’est dire si je me prends au jeu de cette lutte littéraire entre Quartz et Carter, malgré les grosses ficelles, les incohérences et les facilités.

Il faut bien reconnaître que la série, bien qu’assez pauvre littérairement parlant, n’en est pas moins addictive, du fait d’une recette bien huilée, d’épisode en épisode, et d’un schéma récurrent qui permet au lecteur de se retrouver en terrain connu.

Les personnages sont manichéens à souhait, que ce soit les deux grandes figures du héros sans peur, sans reproche, intelligent, perspicace, pugnace et autre, d’une part ou le grand méchant charismatique, intelligent, machiavélique, fort, bravache...

Entre les deux, une foule de personnages naviguent entre le sincère et courageux, mais un brin naïf, et le petit malfrat, pas bien dangereux et tout aussi naïf.

Question plume, elle ne vaut pas celle des vrais apaches, du moins n’est-elle pas trempée dans l’encre qui fait les belles pages.

Mais peu importe, la série n’est pas là pour rivaliser avec les récits des plus grands auteurs, mais juste pour apporter au lecteur ce qu’il vient y chercher : de l’action, de l’action et de l’action, avec, si possible des pièges infâmes et machiavéliques, des machines incroyables et des pratiques mystérieuses que ne renieront pas, des décennies plus tard, les scénaristes de la série télévisée « Les Mystères de l’Ouest ».

Et il faut bien reconnaître que le lecteur y trouve ce qu’il y cherche puisque tout est fait, justement, pour qu’il ne s’ennuie pas à la lecture de ces aventures.

Le format, tout d’abord.

Suffisamment court pour ne pas risquer la lassitude, mais assez long pour emporter le lecteur à travers des aventures trépidantes.

Les personnages, ensuite. Le héros, suffisamment classique pour que le lecteur ait l’impression de déjà le connaître (même si à sa création, le personnage était moderne, il n’en demeurait pas moins empreint de tous les traits physiques et de caractères du parfait héros). Les méchants, machiavéliques et intelligents à souhait...

Le genre, enfin.

Avec des aventures modernes, techniques, se déroulant dans des milieux auxquels tout le monde peut avoir accès (les rues des villes).

Si parfois, un épisode peut se montrer un peu avare dans ces domaines, un peu trop bavard, un peu moins rythmé, la plupart suivent le cahier des charges à la lettre et offrent au lecteur de bons moments.

Au final, un épisode qui se lit avec plaisir et qui démontre le côté addictif de la série.