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Marcel Priollet (1884 - 1960) fut un des piliers de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

Avec ses écrits s’ancrant dans les genres à la mode à l’époque (policier, fantastique, aventures, sentimental), l’auteur abreuva les collections fasciculaires de multiples éditions dont, notamment, Ferenczi et Tallandier et ce sous divers pseudonymes (Marcel Priollet, Henry de Tremières, R.M. De Nizerolles, Marcelle-Renée Noll...)

Dans son œuvre policière on retiendra deux séries chez Tallandier : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais s’il s’agit là des deux seules séries policières avérées de l’auteur (j’omets volontairement la série « Tip Walter, le prince des détectives » dont certains lui accordent la paternité sur laquelle je doute fortement), Marcel Priollet n’en a pas moins développé d’autres personnages récurrents.

Parmi eux, Claude Prince, un détective radiesthésiste dont on peut dénicher les aventures perdues au sein de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions du Livre Moderne à la fin des années 1930.

Cette collection de fascicules de 32 ou 24 pages a été quasi exclusivement alimentée par Marcel Priollet, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll.

« La main coupée » est une des aventures mettant en scène ce détective particulier qu’est Claude Prince.

LA MAIN COUPÉE

Claude PRINCE, le détective radiesthésiste, est bien décidé à dévoiler le mystère qui plane sur la dernière acquisition de son ami le peintre Ralph Lanny.

Ce dernier, après avoir trouvé une table Second Empire chez un antiquaire, découvre, dans l’un de ses tiroirs, une main d’enfant momifiée.

Les deux hommes rendent visite à l’ancienne propriétaire du meuble, Madame Delbrey, une jeune veuve.

Madame Delbrey apprend au détective que ladite desserte était déjà dans la demeure au moment où elle et son mari l’ont achetée.

Cependant, une coïncidence est troublante, Henry Delbrey, son défunt époux, avait été lui aussi amputé d’une main à la suite d’une blessure de guerre…

Le peintre Ralph Lanny, l’ami du détective Claude Prince, a acheté, chez un antiquaire, un meuble dans lequel il a découvert une main d’enfant momifiée.

Claude Prince et lui rendent visite à l’ancienne propriétaire dudit meuble qui se trouve être une jeune et jolie veuve.

Le meuble a été vendu par son domestique qui avait la permission de vendre quelques mobiliers datant des anciens propriétaires de la demeure afin d’en garder bénéfice.

Si elle ne sait d’où provient cette main, le fait que son défunt époux était lui aussi amputé de la même main suite à une blessure de guerre la trouble profondément.

Je suis toujours troublé par la lecture des enquêtes de Claude Prince, et ce pour plusieurs raisons.

Déjà, parce qu’il n’y a pas toujours « enquête » à proprement parler, dans ces récits.

Ensuite, parce que le don de Claude Prince, la radiesthésie, n’est pas toujours mis en évidence durant les récits.

Enfin, parce que le travail éditorial des Éditions du Livre Moderne, notamment pour cette collection, est pitoyable à un point qu’il altère fortement le plaisir de lecture.

Heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, ce problème est absent des diverses rééditions numériques récentes.

Cependant, en lisant le texte original, il y a de quoi se poser énormément de questions. 

À propos de ce que foutaient ceux qui étaient censés faire leur travail d’éditeur à l’époque, mais également à propos du texte lui-même.

Car, si les nombreuses fautes, les coquilles, les changements de noms, les omissions... ne laissent aucun doute quant au manque de professionnalisme du travail de l’époque, certains détails, eux, laissent à penser que certains textes puissent s’avérer être des réécritures ou des rééditions déguisées.

Effectivement, un texte qui débute par : « Le lendemain vers trois heures » (la phrase est modifiée dans la numérisation) laisse entendre qu’il existe un texte préliminaire. Soit un épisode précédent, soit un bout de texte qui a sauté. Comme il n’y a pas de corrélation avec les titres précédents, demeure la possibilité d’un bout de texte coupé (ou d’un travail encore plus bâclé qu’à l’ordinaire, ce qui n’est pas simple à faire).

Le fait que Ralph Lanny (parfois Rolph), à un moment, se retrouve affublé d’un Ralph S... laissant supputer que le nom du personnage débute par S et que l’auteur n’a pas voulu le nommer entièrement dans le but de laisser supputer que le texte est tiré d’un fait réel dont on masque le vrai nom des protagonistes (comme c’était souvent le cas dans les années 1910-1930), ajoute à cette sensation.

Et je ne parle pas du vol de la main qui est évoqué à la fin sans jamais l’avoir été au préalable.

Mais laissons cela de côté pour ne nous en tenir qu’au texte... une fois purgé de ses coquilles.

Là encore, Claude Prince se sert très peu de son don, et c’est avant tout à la chance qu’il doit de trouver la solution de l’énigme.

Une énigme qui s’ancre dans les contrées de l’Inde, comme les auteurs aimaient bien le faire dans les années 1920, pour exciter le besoin d’exotisme des lecteurs. Inde, secte, mystère, vengeance, voilà un quatuor que tout bon auteur de la littérature populaire de l’époque a déjà utilisé dans au moins un de ses récits (j’exagère à peine, demandez à José Moselli, Rodolphe Bringer...) et que Marcel Priollet a lui aussi déjà utilisé auparavant ou par la suite.

Une nouvelle fois, la solution est apportée directement par une confidence, cette fois-ci posthume, d’un tiers et ne s’appuie en rien sur la perspicacité de l’enquêteur.

Le lecteur se trouve donc face à un très court récit (pas tout à fait 8 500 mots) mêlant aventures, exotisme, romance qui se trouve bien être dans la veine des autres titres mettant en scène Claude Prince qui peine décidément à justifier son statut de radiesthésiste.

Le travail éditorial bâclé de la version de l’époque n’aide certes pas à apprécier le texte à sa juste valeur, mais force est de constater que l’on ne trouvera pas là le meilleur récit de Marcel Priollet même si celui-ci n’est pas désagréable à lire, notamment de par sa concision.

Au final, pas du grand Marcel Priollet, pas aidé, il faut l’avouer, par le travail de son éditeur de l’époque, ni par un personnage qui peine à convaincre...