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Marcel Priollet est un auteur majeur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont il serait difficile d’établir une liste exhaustive de ses textes tant ceux-ci sont nombreux et écrits sous divers pseudonymes (Henry de Trémière, R.M. de Nizerolles, Marcelle-Renée Noll).

Depuis 1910 jusqu’à la fin des années 1950, l’auteur a abreuvé différentes collections et séries fasciculaires policières, aventures, fantastiques, sentimentales, chez plusieurs éditeurs dont, notamment, Ferenczi et Tallandier.

On notera, du côté de sa production policière deux séries : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Cependant, l’auteur développa d’autres personnages récurrents dont les aventures furent dispersées au sein de collections généralistes.

Claude Prince, le détective radiesthésiste en fait partie.

« Une enquête sur la Côte d’Azur » suivi de « Une projection interrompue », forment une seule enquête de ce personnage.

UNE ENQUÊTE SUR LA CÔTE D’AZUR

Claude PRINCE, le célèbre détective radiesthésiste, est appelé sur la Côte d’Azur par M. Mérainval qui s’apprête à marier sa jeune fille avec le riche comte de Livone.

Problème, celui-ci porte le nom d’un individu qui jadis, par deux fois, fut relaxé après avoir été accusé de l’empoisonnement de ses épouses dans le but de s’approprier leurs biens.

M. Mérainval veut s’assurer qu’il peut confier, sans risque, la chair de sa chair à cet homme certes plus âgé, mais qui a encore fière allure et s’avère au demeurant fort sympathique.

Claude PRINCE est invité, incognito, à passer quelques jours dans la luxueuse villa des Mérainval jouxtant la propriété du comte de Livone afin de faire la connaissance de ce dernier.

Or, lors de son investigation, Claude PRINCE va être témoin d’événements pour le moins étranges sans qu’aucun ne soit du fait du suspect…

Claude Prince est appelé sur la Côte d’Azur afin d’aider M. Mérainval, un riche ancien diplomate, à déterminer si l’homme à qui il a promis sa jeune fille, son voisin le comte de Livone, est le même Livone dont il a trouvé trace dans de vieux journaux qui relataient des procès contre un homme du même nom, accusé par deux fois d’avoir empoisonné sa femme de l’époque afin de s’attribuer ses richesses. Certes, le suspect n’a pas été condamné, mais les preuves semblaient tout de même accablantes.

Pour étudier le comte, Claude Prince se fait passer pour un avocat, fils d’un ami du diplomate, afin de séjourner dans la luxueuse villa de celui-ci.

Il y fait la connaissance de la femme, une femme dolente à l’embonpoint certain, de la jeune fille de 16 ans, ainsi que du Comte qui habite la villa voisine, un cinquantenaire portant encore jeune et qui semble bien sympathique...

Lors de son séjour, Claude Prince doit bien admettre que la personne la plus normale qu’il côtoie est le fameux comte, car, comparé à son client qui lui emprunte de l’argent pour éponger ses dettes de jeux, la fille de celui-ci qui le supplie de l’enlever afin d’empêcher le mariage et la femme qui semble végéter, le comte de Livone fait figure de sanité...

Voilà donc Marcel Priollet, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll, qui nous fait un coup de Jarnac, à moins qu’il s’agisse du piètre éditeur de l’époque, qui, sous couvert d’une collection policière contenant des titres indépendants, nous oblige, parfois, à lire un second titre pour connaître la fin d’une histoire.

C’est le cas ici avec cette affaire de Claude Prince qui débute dans « Une enquête sur la Côte d’Azur » et se termine dans le suivant, « Une projection interrompue ».

Du coup, voici un récit de Claude Prince qui s’étend sur plus de 16 000 mots, ce qui offre à l’auteur la possibilité de nous en dire plus sur son personnage, ce qu’il n’hésite d’ailleurs pas à faire dès le début de l’histoire.

Ainsi, le lecteur ayant déjà suivi des aventures du radiesthésiste en apprend un peu plus sur celui-ci. En lui conférant un passé complet, l’auteur rend alors le héros un peu plus consistant qu’à l’ordinaire, ce qui n’est pas sans renforcer l’attachement qu’il était difficile d’avoir jusque-là pour lui.

D’autant que, si on pouvait reprocher à Marcel Priollet et à Claude Prince de ne pas souvent mettre en avant le don de ce dernier, la chose est réparée avec ce double épisode qui repose essentiellement sur les pouvoirs du pendule de Claude Prince.

Bon, l’avantage d’un pendule, en littérature policière, c’est qu’on peut lui faire dire ce que l’on veut et ainsi faire avancer l’enquête en fonction des envies ou des besoins.

Certes, ici le pendule de verre n’apportera pas la réponse à la question primordiale : qui est l’assassin ?

Je vous rassure, si le pendule n’apporte pas la réponse, Claude Prince ou Marcel Priollet ne le feront pas plus, ce qui semble bien étonnant, je l’admets.

Effectivement, dans une enquête policière, ne pas apporter le nom du coupable du crime le plus fort de l’histoire, voilà qui n’est pas commun, sauf quand on essaye de tenir en haleine le lecteur jusqu’au prochain épisode.

Mais là, pas de prochain épisode, donc, vous ne saurez pas. Il ne vous reste plus qu’à imaginer.

Pour ce qui est du reste, avec une histoire qui prend un peu plus son temps du fait du double-titre, on pourrait s’attendre à ce que l’auteur nous livre tous les secrets de son intrigue.

On sait déjà qu’il en garde un par-devers lui (le meurtrier). Mais Marcel Priollet va plus loin en en cachant encore un second : pourquoi la femme du diplomate semble plus âgée qu’elle ne paraît à Claude Prince et pourquoi cet embonpoint.

L’auteur ou son personnage s’appesantissent trop sur ces deux faits en cours de récit pour que ceux-ci ne soient pas importants et sujets à révélations.

Or, il n’en est rien à la fin.

Problème de coupes drastiques ? Réécriture ? Oubli ? Mauvais travail de l’éditeur (qui travaillait très mal pour la collection dont sont issus ces deux titres ?) impossible de savoir.

Pour autant, cela ne nuit pas trop à la lecture de ce récit policier, du moins, lorsque l’on est habitué à la littérature fasciculaire qui n’est pas réputée pour la qualité des scénarios ni même leur crédibilité.

Cependant, on peut constater que Claude Prince, avec plus de latitudes et avec un passé composé (par l’auteur), s’épanouit mieux que d’ordinaire.

D’ailleurs, ce double-titre aurait mérité d’être le premier de la série, mais ce ne fut pas le cas à l’époque, ce ne sera pas non plus le cas dans la réédition numérique qui se heurte à la difficulté de retrouver certains titres et donc de pouvoir faire une liste exhaustive des récits mettant en scène un même personnage.

On pourra cependant reprocher à cette histoire une fin un peu abrupte, en plus d’être incomplète, et un rebondissement final un peu facile.

Au final, une enquête de Claude Prince d’une taille double qui permet à l’auteur d’étoffer un peu son héros et de le rendre plus attachant et de lui permettre d’utiliser un peu plus son don. Une agréable lecture.