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Léon Groc (1882 - 1956) est un écrivain journaliste qui œuvra beaucoup pour la littérature populaire à travers des contes, des romans, des nouvelles, pour les journaux et les collections de son époque.

Il navigua dans différents genres (aventures, fantastique, sentimental, historique, patriotique, policier), mais c’est avant tout pour sa production policière et fantastique voire fantastico-policière, que l’auteur a conservé une certaine aura (surtout pour les amateurs de littérature populaire) auprès des lecteurs.

Si la majeure partie de son œuvre policière est constituée de romans (« L’autobus tragique », « La grille meurtrière »...), mais si la plupart ont également été publiés sous forme de feuilletons dans les journaux et magazines, il serait dommage d’oublier l’une de ses rares (unique ?) série fasciculaire : « Stan Kipper, le roi des détectives ».

Parue à la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette série de fascicules de 24 pages double-colonne contenant des récits indépendants d’un petit peu moins de 10 000 mots ne compte malheureusement que 8 épisodes, faute d’avoir eue du succès à l’époque.

Elle conte les enquêtes de Stan Kipper, un détective américain installé en France qui, accompagné de son fidèle Clément et parfois de sa vieille secrétaire Zénaïde, combat le crime avec brio.

« Le drame de la chambre noire » est le 4e épisode de la série.

LE DRAME DE LA CHAMBRE NOIRE

Alors que Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain installé en France, s’apprête à partir en congé pour taquiner le goujon, il reçoit un courrier émanant de la fille d’un professeur qu’il a bien connu quand il habitait encore à New York.

La lettre résonne comme un appel au secours, la jeune femme ressentant que des choses étranges se déroulent dans le château de la famille de son époux depuis le décès de celui-ci lors d’un accident de chasse.

Elle l’invite pour le week-end afin qu’il juge par lui-même.

La bâtisse se situant sur les rives de la Dordogne, Stan KIPPER pense profiter du voyage pour faire d’une pierre deux coups : rassurer sa « cliente » et aller à la pêche.

Mais une fois sur place, force lui est de constater que la détente au bord de l’eau attendra : la comtesse vient d’être retrouvée morte dans son laboratoire de développement de photos…

Stan Kipper veut aller à la pêche, mais une missive émanant de la fille d’une personne qu’il a bien connue et l’appelant à la rescousse, risque bien de changer ses plans.

Mais comme le château dans lequel il est convié pour découvrir le dessous des évènements étranges qui s’y déroulent et qui semblent coûter la vie aux proches de la jeune femme se situe au bord de la Dordogne, Stan Kipper pense bien pouvoir travailler et se détendre durant son déplacement.

Malheureusement, il n’a pas le temps de préparer ses cannes que la jeune femme est retrouvée morte dans son laboratoire photo, d’une piqûre dans le dos.

Problème, le laboratoire était fermé de l’intérieur...

Le genre policier est la matriochka des genres littéraires.

Effectivement, il est le mieux à même de renfermer, en son sein, un autre genre, qui, lui-même, peut renfermer un autre sous-genre... etc.

Les sous-genres du roman policier sont nombreux : humoristique, ambiance, historique, horrifique, thriller...

Difficile de penser que dans un tel format que celui de la série Stan Kipper (fascicule 24 pages double-colonne contenant un récit de moins de 10 000 mots), l’auteur puisse incorporer un sous-genre, encore moins deux, du fait des contraintes d’une telle concision et là où ses confrères ont déjà du mal à faire juste du « policier ».

Pourtant, même s’il ne fait que les survoler, Léon Groc va faire appel à deux sous-genres dans son court récit.

Le premier : le meurtre en huis clos ou meurtre en chambre close, si chère à Gaston Leroux et son Rouletabille qui résolut, en son temps, le « Mystère de la chambre jaune ».

Là, évidemment, on ne s’étonnera pas que cette apparence de meurtre en pièce close débouche sur une résolution bien plus simple (mais n’est pas le cas également de « Le mystère de la chambre jaune », et ce malgré sa longueur harassante ?).

Le deuxième genre est un genre qui apparaît à la toute fin du récit et qui est souvent lié à un crime en espace clos ou espace réduit et qui est l’apanage des auteurs britanniques et notamment d’Agatha Christie : le Whodunit.

Le Whodunit (qui l’a fait ?) est cette forme particulière dans laquelle le coupable ne peut être trouvé que dans un groupe réduit et qui est dénoncé à la toute fin par l’enquêteur en retraçant l’enquête devant tous les suspects possibles avant de pointer le coupable du doigt.

C’est ce que va faire ici Stan Kipper, en faisant réunir toutes les personnes présentes lors du meurtre de la jeune femme.

Entre les deux, le début en « meurtre en chambre close » et la fin en « Whodunit », Léon Groc s’amuse un peu avec les personnages principaux, mettant l’un ou l’autre (Clément fait partie du voyage) en danger.

Certes, le récit n’échappe pas aux écueils d’un format si court qui oblige souvent l’auteur à proposer une intrigue simple, une narration linéaire et une résolution contée, à la fin, par le héros, afin de condenser au maximum le texte.

Pour autant, il ne faut pas bouder notre plaisir, car Léon Groc démontre une nouvelle fois, comme dans les trois précédents épisodes de la série, qu’il maîtrise parfaitement ce format court et qu’il est capable, malgré les contraintes inhérentes à celui-ci, à proposer un récit agréable à lire, des personnages intéressants et attachants et, surtout, à éviter de donner l’impression d’avoir coupé son histoire à la hache pour entrer dans les clous...

Au final, « Le drame de la chambre noire » démontre que la série Stan Kipper aurait mérité une existence plus longue et que son auteur, Léon Groc maîtrisait à la fois sa plume, le format très court et le genre policier sous toutes ses facettes.