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« Meurtre au studio » est le 5e épisode sur 8 de la série « Stan Kipper, roi des détectives » de Léon Groc, parue vers la fin de la Seconde Guerre mondiale sous la forme de fascicules de 24 pages double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots.

Léon Groc (1882 - 1956), si le nom de l’auteur ne vous dit pas grand-chose, fut un journaliste et un écrivain de la littérature populaire.

Si sa production fut un temps dirigée vers les récits patriotiques, à partir de la fin de la Première Guerre mondiale, pour la collection « Patrie » des éditions Rouff, l’auteur a également beaucoup versé dans les genres policiers et fantastiques (c’est probablement pour ce second pan de sa littérature qu’il est aujourd’hui encore apprécié par certains).

S’il écrivit beaucoup pour les journaux (en dehors des enquêtes de fond), ses romans-feuilletons furent bien souvent, par la suite, réédités sous la forme de romans plus classiques.

Ses récits courts, eux, sont plus généralement demeurés perdus dans les tréfonds des pages des quotidiens de l’époque.

Mais, dans le genre policier, il est une série de courts récits ayant pour héros un même personnage : « Stan Kipper, roi des détectives ».

Malheureusement, si cette série était empreinte de qualités indéniables, le manque de succès fit qu’elle fut interrompue au bout de seulement 8 épisodes.

MEURTRE AU STUDIO

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain, installé en France, a bien mérité de prendre du repos. Il a d’ailleurs bouclé ses valises et s’apprête à partir loin des tracas de la vie quotidienne.

Mais c’est sans compter sur son ami le journaliste Nérac qui débarque à l’improviste pour lui demander de l’aider à tenir une promesse qu’il a faite à une jeune actrice : prouver l’innocence de l’homme qu’elle aime, accusé du meurtre d’une comédienne, lors d’une scène d’un film : une sombre histoire de balle à blanc remplacée par un vrai projectile.

Rien ne plaide en faveur du suspect : il est le seul à avoir pu échanger les cartouches ; c’est l’ancien amant de la défunte ; il s’est violemment disputé avec elle il y a peu, n’hésitant pas à la menacer de mort.

Stan KIPPER écoute les discours de sa « cliente », du reporter, ainsi que de l’inspecteur Bézut, le policier chargé de l’enquête, accepte l’affaire d’autant qu’elle ne l’occupera pas longtemps puisqu’il prétend connaître déjà le coupable. La preuve, il écrit un nom sur un papier et l’enferme dans une enveloppe cachetée qu’il confie à Bézut.

Stan KIPPER est-il réellement assez fort pour avoir résolu le crime de chez lui après seulement quelques minutes d’entretien ?

Le policier, le journaliste et la fiancée éplorée vont devoir attendre la fin des investigations pour le savoir…

Décidément, il est dit que Stan Kipper n’arrivera pas à prendre du repos.

Chaque fois qu’il décide de se mettre au vert, un crime est commis et on lui demande de le résoudre.

Cette fois, c’est lors du tournage d’un film que le meurtre a eu lieu.

Une sombre histoire de vraie et fausse balle échangée afin de se débarrasser de sa partenaire et ancienne amante.

Mais la fiancée du suspect est formelle. L’homme qu’elle aime est innocent. D’ailleurs, elle pense même que c’est la victime, par vengeance et instinct suicidaire, qui aurait pu échanger les projectiles.

Au bout de 50 minutes d’entretien avec le journaliste, la comédienne et l’inspecteur Bézut, le policier chargé de l’enquête, Stan Kipper, convaincu de connaître le coupable, accepte de reporter ses vacances d’un jour ou deux, le temps d’apporter des preuves à la justice.

Devant l’incrédulité du policier, il s’amuse à écrire le nom du coupable sur un papier qu’il enferme dans une enveloppe cachetée et qu’il confie à Bézut.

Quand il aura apporté les preuves nécessaires, celui-ci aura le droit de lire le nom du coupable pour vérifier la véracité de l’accusation...

Raaa, qu’il est fort Stan Kipper. Résoudre un crime de chez lui, en quelques minutes, il n’y avait vraiment que lui pour ça (bon, si l’on excepte Sherlock Holmes et quelques autres).

D’ailleurs, le détective est joueur... très joueur, on le constatera tout au long de ce court roman.

Mais il faut avouer que Léon Groc n’est pas mal sans son domaine non plus.

Effectivement, on a déjà constaté que l’auteur aimait jouer avec le genre et maîtrisait ce format court.

Ce récit confortera le lecteur dans ces deux allégations.

On regrettera uniquement que Stan Kipper ne s’en tienne pas à ce qu’il avait dit : avoir deux heures à consacrer à son ami journaliste.

Car cela aurait été la cerise sur le gâteau, que le détective boucle son enquête en moins de cent vingt minutes et parte en vacances à l’heure dite.

Mais Léon Groc n’a pas osé, ou bien ne sentait-il pas avoir assez de latitude dans ce format court pour y parvenir ou, encore, s’est-il dit que les contraintes étaient déjà suffisantes sans en rajouter.

Aussi, le détective, même s’il résout le meurtre en 50 minutes, prendra une journée de plus pour trouver les preuves de ses accusations.

Cependant, là où Léon Groc est encore plus fort, c’est qu’il parvient à justifier un rebondissement usé jusqu’à la corde et que je condamne bien souvent pour rendre à chaque fois l’histoire invraisemblable à l’aulne de la révélation finale.

Et, d’ailleurs, j’étais prêt à fustiger Léon Groc (qui s’en fout royalement du fond de sa tombe) de s’être abaissé à cette grossière ficelle.

Et, pourtant, sur quelques mots, l’écrivain parvient à retomber sur ses pattes et à me faire taire (exploit s’il en est). Bravo, monsieur Groc, de parvenir à cette prouesse en même pas 8 000 mots (oui, l’épisode est encore plus court que les précédents).

D’ailleurs, cette concision est probablement due à des passages coupés (même si cela ne se ressent pas à la lecture), c’est du moins ce que mon instinct et le fait qu’un personnage soit nommé sans apparaître auparavant me laissent penser.

Pour ce qui est du reste, on notera que si l’auteur aime s’amuser avec le genre, ici, il le fait également avec la narration qui, d’une narration classique au passé, se transforme en narration au présent pour dynamiser un texte peut-être un peu moins rythmé du fait de sa grande concision.

Pour l’intrigue, l’auteur utilise une base assez répandue dans la littérature, le cinéma, la télévision, l’échange d’une balle à blanc par un vrai projectile, lors d’une scène de film (« Le drame du studio 5 » de René Duchesne, par exemple) ou dans la véritable vie (la mort de Brandon Lee sur le tournage de « The Crow » même si celle-ci fut accidentelle).

Léon Groc s’amuse donc en amusant le lecteur en proposant un récit agréable à lire même si l’on peut regretter la quasi-absence de son lieutenant Clément.

Au final, un sans-faute pour cette série alors que l’on aborde déjà, malheureusement, la pente descendante, puisqu’il ne reste plus que trois épisodes à lire.