CouvLFACB

Chaque fois que je parle de Marcel Priollet, je ne peux me retenir de préciser qu’il ne devrait pas être nécessaire de présenter l’auteur, tout en m’empressant de le faire tout de même.

Car, soyons franc, combien d’entre vous connaît Marcel Priollet ou Marcelle-Renée Noll, ou René Valbreuse ou R.M. de Nizerolles (tous des pseudonymes de l’auteur) ???

Pas grand monde, malheureusement !

Malheureusement, car cet auteur inonda la littérature populaire fasciculaire pendant près d’un demi-siècle de ses très nombreux récits.

Malheureusement, car l’auteur écrivit dans des genres majeurs de son époque (policier, aventures, sentimental, fantastique).

Malheureusement, enfin, parce que sa production, dans l’ensemble, s’élève au-dessus du lot de celles de ses confrères.

Bien sûr, je ne m’intéresse qu’à la part policière de l’auteur. Mais celle-ci est suffisamment imposante et qualitative pour satisfaire le lecteur que je suis.

Si Marcel Priollet est l’auteur de deux séries policières fasciculaires (« Old Jeep & Marcassin » et « Monseigneur et son clebs »), il a également et surtout écrit de très nombreux récits policiers indépendants [parfois, faussement indépendants puisque certains titres, disséminés au sein d’une collection généraliste, peuvent conter les aventures d’un même personnage comme, par exemple, Claude Prince, le détective radiesthésiste] que l’on retrouve principalement dans les collections Ferenczi et des « Éditions du Livre Moderne » [derrière lesquelles se cachait également Ferenczi], dans les collections « Le Roman Policier » et « Police et Mystère » pour les premières et « Les Grands Détectives » pour les secondes.

« La faute de Charly Brixton » un fascicule de 32 pages contenant un récit qui n’atteint pas les 9 500 mots, est issu de cette dernière collection.

 

LA FAUTE DE CHARLY BRIXTON

 

Le détective Sébastien RENARD reçoit la visite d’une demoiselle attendant de lui qu’il enquête sur le mystérieux meurtre de son père.

 

Celui-ci, alors qu’il s’apprêtait à lui faire une révélation sur le frère né d’une précédente union qu’elle ne connaît pas et qui a été répudié pour une faute horrible, s’écroule soudainement.

 

Le vieil homme étant malade de longue date, la jeune fille imagine qu’il a succombé à une crise cardiaque. Mais le médecin appelé sur place découvre que la mort est due à un projectile reçu en plein cœur, probablement tiré avec une sarbacane.

 

Elle demande donc à Sébastien RENARD de retrouver son demi-frère et l’assassin, au cas où le premier ne serait pas le second…

 

Quelle bien étrange affaire incombe au détective Sébastien Renard.

Il y a 20 ans, lord Brixton répudiait son jeune fils Charly pour avoir étranglé sa mère afin de lui voler ses bijoux pour payer des dettes après que ses parents lui aient coupé les vivres.

Aujourd’hui, alors que lord Brixton s’est remarié, qu’il a une fille de 18 ans et qu’il s’apprête à lui révéler la vérité sur ce demi-frère, il s’écroule en recevant un projectile tiré d’une sarbacane en plein cœur.

Et quand Sébastien Renard commence à enquêter, il se rend compte de la défiance d’un domestique de la jeune femme et de celle-ci, également.

Heureusement, Sébastien Renard n’est pas du genre à baisser les bras pour si peu...

Court roman de presque 9 500 mots qui, sans sa première édition, ne fut pas gâté par le travail éditorial (comme beaucoup de titres de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions du Livre Moderne.

En effet, si les coquilles et les fautes d’orthographe ne sont pas rares (on pourrait même dire qu’elles sont légion) dans la littérature fasciculaire de l’époque, cette collection emporte largement le pompon, réussissant l’exploit de parfois réunir plusieurs fautes grossières et plusieurs coquilles dans la même phrase sans se soucier que cette dite phrase ne comporte que trois mots.

Le lecteur de l’époque, s’il pouvait dévorer d’innombrables textes courts d’un genre et d’un format qui n’ont plus cours, devait pourtant, parfois, se montrer peu regardant quant aux textes qu’on lui proposait.

Sans dire que la succession ininterrompue de fautes et de coquilles puisse être rédhibitoire, il faut bien avouer qu’elle gâche sensiblement le plaisir de lecture.

Heureusement, la réédition récente résout ce souci pour le bien-être du lecteur moderne.

Qui connaît le travail de Marcel Priollet, sait que l’auteur a évolué avec le temps. Ce qui semble normal en 40 ans de temps. D’une écriture un peu désuète dans les années 1920, à l’image des sujets traités, celle-ci s’affirme plus à partir des années 1940.

Si les textes, signés Marcelle-Renée Noll, qui composent la majeure partie de la collection « Les Grands Détectives » semblent dater de la fin des années 1930 (difficile à affirmer était donné qu’ils ne sont pas datés), ils peuvent pourtant être considérés comme une production mineure de l’auteur.

Effectivement, Marcel Priollet s’épanouissait mieux dans un format un peu plus conséquent, du moins, dans les textes d’au moins 15 000 à 20 000 mots.

Cependant, pour certains, le charme opère, malgré la concision inhérente au format fasciculaire 32 pages.

Je n’irai pas jusqu’à dire que « La faute de Charly Brixton » est un roman de qualité et que sa lecture est extrêmement plaisante, mais, cependant, il n’y a pas de réelle raison de le bouder.

Certes, le personnage principal est flou, parce que pas présenté ni mis en place.

Effectivement, l’intrigue est légère et l’on devine le coupable rapidement (d’ailleurs, l’auteur nous y aide beaucoup) même si, à un moment, on se prend à penser que, peut-être, Marcel Priollet nous réserve une surprise dans sa révélation finale.

Bien sûr, les sujets abordés sont assez classiques pour l’époque.

Il est clair que le texte ne possède pas d’immenses qualités littéraires.

Pourtant, il n’en demeure pas moins plaisant à lire. Vite lu, bien lu, vite oublié... Ce serait un peu le leitmotiv de la série d’origine, peut-être pour cela que l’éditeur ne s’est pas trop cassé la tête, à l’époque, pour faire son travail.

Au final, un petit récit policier classique, trop, de la part d’un Marcel Priollet pas au sommet de son art.