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Et me voilà déjà à devoir à nouveau présenter un auteur que l’on ne devrait pourtant plus avoir à faire connaître au lecteur lambda : Marcel Priollet.

Marcel Priollet est un auteur de la littérature populaire dont l’immense production fut signée sous différents pseudonymes dont les plus répandus furent, en plus de Marcel Priollet : Marcelle-Renée Noll, R.M. de Nizerolles, Henry de Trémières et René Valbreuse.

Actif dès 1910, et ce jusqu’au milieu des années 50, l’écrivain s’exerça dans les différents genres littéraires à la mode à son époque afin d’aliment les diverses collections fasciculaires de plusieurs éditeurs au point d’abreuver quasi à lui seul, des collections de plusieurs dizaines de titres.

Pourtant, si ses productions fantastiques et aventures ne sont pas à bouder, c’est avant tout dans les domaines du roman policier et du roman sentimental qu’il s’épanouit.

Si ses séries fasciculaires sentimentales sont nombreuses (« Mère à quinze ans », « Les amours d’une femme mariée »...), celles, policières, le sont moins puisqu’on ne compte, officiellement, que deux séries policières fasciculaires parues à la fin des années 1940 aux éditions Tallandier : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Certes, certains lui incombent, dès 1910, la paternité de la série « Tip Walter, le prince des détectives », une série fasciculaire de 16 pages contenant 55 titres.

Cependant, je doute fort de la véracité de cette assertion.

Mais, il faut tout de même noter que, plongés dans les abîmes de collections plus généralistes, des personnages de l’auteur se débattent comme « Claude Prince, le détective radiesthésiste » au sein de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions du Livre Moderne.

Dans cette même collection, et parfois en compagnie du même personnage, l’on retrouve l’inspecteur Bob Rex, de la Mondaine et plus souvent l’inspecteur François Pessart.

Deux personnages que l’on retrouve dans le titre du jour, « L’énigme du “Mexico” » ou presque puisque, à défaut de François Pessart, dans le texte original, on trouve un François Pressart.

Mais quand l’on connaît le piètre travail éditorial des Éditions du Livre Moderne pour la collection en question, on peut fort penser à une coquille de l’éditeur (à moins d’une petite erreur de l’auteur).

 

L’ÉNIGME DU « MEXICO »

 

Marino le Corse, un souteneur, en pince drôlement pour Chiquita, « allumeuse » dans la boîte le « Mexico ».

 

Qu’elle fasse du gringue aux clients pour les pousser à la consommation, rien à dire, ce sont les affaires. Mais qu’elle le délaisse pour un jeune pommadé quelque peu efféminé, voilà qui lui retourne les sangs.

 

Il a d’ailleurs juré de trouer la peau à ce minet ; et c’est avec détermination, et un couteau dans la poche, qu’il se rend sur le lieu de travail de la jeune femme.

 

Malheureusement pour lui, les inspecteurs Bob Rex et François Pessart ont décidé de passer la soirée au « Mexico »…

 

Un sombre petit maquereau, faisant, en plus, la traite des blanches avec l’Amérique du Sud, qui s’entiche d’être de ses poules. La dite poule qui lui préfère un petit minet et c’est la promesse d’un bain de sang qui ne manque pas d’arriver dans la boîte dans laquelle travaille la jeune femme.

Mais, pas de chance pour le souteneur, deux policiers sont en train de faire la bombe dans la boîte en question et l’arrêtent après le meurtre.

Et comme le destin est un fichu partenaire, et que les coups du sort s’enchaînent, le maquereau est à son tour dégommé à la sortie de la boîte entre deux policiers...

« L’énigme du “Mexico” » est un fascicule de 24 pages paru probablement vers la fin des années 30 (les titres de cette collection ne sont pas datés) et qui contient un récit de même pas 7 500 mots ce qui, même pour la collection, est fort peu.

Et c’est bien là le principal défaut de ce roman.

Car, celui-ci commence de fort belle manière avec un style un peu plus moderne (pour l’époque), mêlant quelque peu l’argot prisé dans les milieux louches.

L’histoire, elle aussi, est bien moins surannée qu’à l’accoutumée puisqu’il est question de traite des blanches et des amourettes et de la vengeance d’un maquereau de bas-étage.

En analysant l’histoire, on peut encore plus regretter l’extrême concision du texte puisque le titre du récit aurait mérité d’être « La double énigme du “Mexico” » et non « L’énigme » puisqu’il y a, en fait, deux mystères, dans cette histoire.

Et si le premier, le double meurtre, est vite, trop vite, résolu (à ce point rapidement qu’il n’y a pas d’enquête, le meurtrier se livrant immédiatement à la justice), le second, que je tairais, demeure, lui, irrésolu quand le mot « FIN » tomber.

De l’aveu même du narrateur, ce mystère en demeure un.

Fichu mystère puisque, des deux, c’est probablement le plus intéressant qui est tu et celui qui aurait pu offrir un grand nombre de rebondissements. Le lecteur que je suis, ne s’est d’ailleurs pas dispensé d’en imaginer un qui offrait plein de possibilités et qui est probablement celui imaginé par l’auteur.

D’ailleurs, pour être familier, à force de m’y plonger, avec la littérature populaire et les façons dont les auteurs travaillaient, et pour avoir déjà été confronté à cette situation avec des textes de Marcel Priollet, je ne doute pas un instant que cette histoire utilisée pour le titre en question, fut déjà écrite pour un autre titre, d’une façon moins concise, ce qui expliquerait que pour entrer dans les clous, l’auteur ait fait sauter volontairement la seconde énigme.

Malheureusement, pour s’en assurer, il faudrait lire toute la production de Marcel Priollet, une tâche incommensurable d’autant moins facilitée que certains de ceux-ci sont très difficiles à trouver de nos jours et que rien n’exclut le fait que ce fameux texte, s’il existe, soit signé d’un pseudonyme qui nous est désormais inconnu.

Cependant, mise à part cette fâcheuse concision qui nous gâche le plaisir en simplifiant une double énigme qui aurait pu tenir le lecteur en haleine sur le long terme, en simple énigme bâclée, il faut reconnaître que ce récit est fichtrement plaisant à lire.

De par la maîtrise de l’auteur, certes, mais surtout parce que Marcel Priollet n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il se laisse quelque peu aller à son côté « argotique ».

C’est donc avec une double frustration que l’on termine la lecture. Dommage.

Au final, un très court récit qui débute de la meilleure manière, mais qui se termine de façon très frustrante de par la concision exigée par le format.