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Georges Spitzmuller né en 1866 et mort en 1926 fut un écrivain, journaliste et dramaturge.

Bien que sa carrière littéraire débuta à la fin du XIXe siècle par l’écriture de romans, c’est après la Première Guerre mondiale que sa carrière bascula dans la littérature populaire.

Se confrontant aux genres à la mode à l’époque (sentimental, aventures, policier, cape et épée), Georges Spitzmuller signa de nombreux titres pour les collections des éditions Tallandier, Rouff et Ferenczi, entre autres.

Georges Spitzmuller produisit également 24 romans patriotiques pour la collection « Patrie » des éditions Rouff.

Plusieurs de ses récits destinés aux journaux ont été édités en romans après sa mort.

Dans sa production policière, on notera deux titres assez énigmatiques pour les éditions Ferenczi (« Kaï Nix » et « Dzeu Roum ») ainsi qu’une série fasciculaire très difficile à se procurer et sur laquelle on ne savait pas grand-chose : « Les bandits du rail ». 

« Les bandits du rail » semble être, à l’origine, une série fasciculaire de 24 titres de 12 pages (environ 7000 mots par fascicule) parus aux éditions « Renaissance du livre » vers 1920.

Si je demeure assez vague sur un texte sur lequel pourtant j’écris une chronique, donc que j’ai lu, c’est pour la simple et bonne raison que le texte en ma possession est un recueil éditeur de la série, sans date et sans couverture. Mais les publicités au dos de l’ouvrage, selon certains, indiqueraient, du moins pour le recueil, que la date de parution correspond à 1921.

Les bandits du rail : 

 

La duchesse Charlotte-Adélaïde de Maubois, qui va se marier aux Indes, a pris place dans le rapide de Marseille. Elle emporte de merveilleux bijoux sur le sort desquels veille le policier Mirabel.

 

Ce dernier, après avoir causé au moment du départ avec un riche américain, Harry Gedworth, remarque dans le wagon un individu qu’il croit reconnaître ; mais il ne peut préciser ses souvenirs.

 

L’inconnu suspect s’est retiré de très bonne heure dans son compartiment. Le policier attend vainement son retour : lorsqu’il rentre enfin dans le sleeping, l’homme a disparu.

« Les bandits du rail » nous conte donc les aventures du policier Luc Mirabel, mais pas que, qui, embauché pour protéger une jeune duchesse lors de son voyage vers les Indes où elle doit épouser un riche Radjah rencontré à Londres, se retrouve aux prises avec des bandits ayant dévalisé le train dans lequel il se trouvait, subtilisant les bijoux de la duchesse et assassinant un opulent américain.

La bataille du rail et duraille, ne va pas se contenter du train comme théâtre, et va se poursuivre très rapidement dans la nature et dans les villes, et ce durant 24 fascicules formant des parties assez disparates.

C’est ainsi sur 12 fois 15 000 mots (180 000 mots, donc) que va s’étendre la quête du détective.

On ne doute pas que cela lui sera suffisant pour vivre moult aventures, comme il en était de coutume avec des séries du genre.

Car, indéniablement, le genre se tourne plus vers l’aventure que vers le policier, mais c’est le lot à la fois des textes courts de l’époque (fascicules 32 ou 64 pages) ainsi que des longues séries du début du XXe siècle (« Martin Numa », « Le petit détective »...)

Sur l’ensemble du texte, le premier fascicule met en place la situation de départ :

Charlotte-Adélaïde de Maubois, duchesse trentenaire et jeune veuve, rencontre, à Londres, chez sa cousine, un riche radjah indien. C’est un coup de foudre réciproque entre les deux personnes et, le radjah devant retourner dans son pays du fait de sa fonction, il demande à la duchesse de le rejoindre afin de l’épouser avec tout le faste inhérent à son statut et à sa culture.

Pour ce faire, la duchesse décide de prendre le train jusqu’à Marseille avant de s’embarquer jusqu’aux Indes. Mais, comme le Radjah lui a offert de nombreux et précieux bijoux, et que la presse en a fait ses gorges chaudes, de peur de se faire attaquer par des bandits, elle s’alloue les services de Luc Mirabel, un détective consciencieux et expérimenté.

Dans le train, alors que Luc Mirabel est grimé, son attention est attirée par un jeune homme dont l’allure lui rappelle quelqu’un sans qu’il parvienne à savoir qui. 

Intrigué, il décide de pénétrer dans le compartiment de celui-ci, en faisant semblant de s’être trompé, en espérant entendre la voix du type et ainsi avoir un indice supplémentaire pour titiller sa mémoire. Mais, le compartiment dans lequel s’est enfermé le jeune homme se révèle vide.

Luc Mirabel retourne alors dans son wagon et commence à s’assoupir quand un étrange individu pénètre dans le compartiment...

Ce premier épisode prend son temps pour placer l’intrigue, les personnages (du moins, certains), les enjeux.

Les choses sérieuses vont, elles, débuter dans le second fascicule, quand les bandits vont entrer en action. De ce fait, le rythme va alors s’accélérer et prendre les allures du roman policier d’aventures auquel on s’attendait alors qu’avant, l’auteur trempait plutôt sa plume dans le genre sentimental.

Avec l’arrivée des fameux bandits du rail, l’action démarre réellement, et, au vu de ce second épisode, on prend conscience que l’on va avoir affaire à une aventure mouvementée et rocambolesque dans laquelle le gentil détective intelligent, courageux et chanceux va faire la chasse aux méchants bandits, dont le chef est probablement intelligent également.

C’est dire que dans le thème, on se rapproche de plusieurs aventures du même genre que ce soit celles de Nick Carter, outre-Atlantique, ou Marc Jordan, en ce qui concerne l’hexagone.

Mais le genre est également à rapprocher de ce qui se fera par la suite, comme « Le petit détective » d’Arnould Galopin.

Si l’attrait principal de ce genre de littérature ne réside pas dans le style de l’auteur, mais plutôt dans le rythme du récit voire dans le dépaysement ou les moyens techniques et modernes déployés (en fonction des séries), Georges Spitzmuller s’avère pourtant plutôt à l’aise dans sa démarche, que ce soit dans la première partie totalement sentimentale (heureusement, pour moi, très courte) que dans la suite, bien plus aventureuse et policière.

Il sait prendre son temps, sans pour autant lasser, puis accélérer les choses et user des ficelles inhérentes au genre auquel il se confronte.

Mais comme l’auteur sait aussi tenir la distance, il multiplie les aventures dans l’Aventure, en mettant en lumière des personnages subalternes qui, l’espace d’un temps, vont voler la vedette à Mirabel.

Il en est ainsi d’un employé des Wagons-Lits qui, passionné par les romans policiers, désireux de devenir détective et ayant trouvé un indice substantiel sur les lieux du crime, va finir par proposer ses services à la Duchesse et à Luc Mirabel.

Ce dernier va très vite prendre le béjaune sous son aile et l’utiliser comme homme de main.

Cette passation de pouvoir, plus ou moins longue, permet à l’auteur de faire durer l’histoire sans lasser puisque chaque personnage a sa fonction, sa particularité, sa façon d’agir et de réagir.

D’ailleurs, pour embrouiller l’histoire ou pour la faire durer plus longtemps, Georges Spitzmuller n’hésite pas à multiplier les personnages et les sous-intrigues sans pour autant lasser ou perdre le lecteur ce qui était pourtant un grand risque.

Car, si la plupart des romans policiers se cantonnent à développer quelques personnages : le héros, ses deux ou trois lieutenants, le grand méchant, un ou deux comparses plus importants... il est assez rare qu’autant de protagonistes soient ainsi mis en avant (il est vrai que la longueur du texte explique et permet un tel choix).

Ainsi, en plus de Luc Mirabel, le héros, le détective sans peur et sans reproche, la comtesse de Maubois, sa riche et jeune cliente, le lecteur pourra également s’intéresser à Martin Major, un employé de la Compagnie des Wagon-Lits qui, désireux de devenir détective, profite d’avoir trouvé un indice important dans le compartiment du crime pour proposer ses services à la comtesse puis à Luc Mirabel ; Estelle Servais, la femme de chambre de la comtesse qui va se retrouver au centre d’une intrigue ; Yvonne, la jeune fille du fourgue des bijoux de la comtesse ; Thomas, le fameux fourgue ; Bébert et Carbon, deux hommes de main du chef des bandits ; Sophronyme, le terrible Docteur Noir, un être aussi vil, machiavélique que dangereux ; Simone, sa pauvre et naïve maîtresse ; Escamillo et Pastora, comte et comtesse mais surtout bandits ; Pharog, leur dangereux homme de main ; Mme Fernande ; Mécisclas Jarrier ; Jacques Leverdier, commis du fourgue ; Maître Doronthal, un avocat véreux ; l’inspecteur Beaudouin, ami de Luc Mirabel ; Mme Valérie, la manucure ; Gouvieux, détective aidant Luc Mirabel... et bien d’autres encore.

Et c’est la force de Georges Spitzmuller de parvenir de faire intervenir chaque personnage à son tour ou en même temps sans jamais s’embrouiller (ou presque), mais surtout sans embrouiller le lecteur.

Car l’auteur maîtrise parfaitement sa plume, son histoire et sa narration, rendant l’ensemble fluide et digeste.

Et le lecteur est pris par le jeu, les enjeux et, surtout, par l’histoire, au point de passer outres certaines grosses ficelles qu’utilisent encore les auteurs d’aujourd’hui comme la chance du héros de toujours s’en sortir et le hasard qui lui permet toujours de trouver le bon chemin, le bon indice, le bon témoin.

Mais il faut en plus reconnaître à Georges Spitzmuller, qu’il ne se contente pas juste de tirer, d’étirer, son histoire, de la conter dans le simple but de noirci des pages...

Non, l’auteur nous offre en plus de bons, vrais, moments de littérature avec des descriptions de lieux ou de personnages soignés, ce qui est suffisamment rare dans ce genre de textes pour le signaler.

Et l’aventure se poursuit sur 22 fascicules, près de 170 000 mots pour terminer comme elle a débuté dans une envolée sentimentale.

Entre temps, Georges Spitzmuller aura permis à ses héros de résoudre l’affaire, d’arrêter les méchants, mais, comme bien souvent à l’époque dans ce genre de longs textes (mais également encore, dans des romans pavés), l’auteur aura omis de répondre à toutes les questions que le lecteur a pu se poser en cours de route. Dommage, même si voilà un petit péché qui ne remettra pas en cause la qualité de l’ensemble.

Au final, un long roman, longue série, long feuilleton, au choix, parfaitement maîtrisé par un auteur pas assez estimé et reconnu et qui offre une lecture très agréable et haletante comme on n’en fait plus de nos jours.