MJ18

« Le mystère de la chambre mauve » est le 18e épisode de la série de fascicules 32 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 20 000 mots : « Marc Jordan, exploits surprenants du plus grand détective français », que je nommerai désormais simplement « Marc Jordan ».

Publiée dès 1907, par les éditions Ferenczi, pour surfer sur le succès des récentes traductions ayant débarquées dans l’hexagone des aventures du détective américain Nick Carter (qui gagnait en succès dans son pays depuis près de 20 ans et qui continuera pendant encore près d’un demi-siècle), cette série comporte 62 épisodes dont l’auteur ou les auteurs sont demeurés inconnus à ce jour.

Si « Marc Jordan » se révèle un plaisant clone de Nick Carter naviguant, lui, dans des milieux plus francophones, entourés de fidèles lieutenants aux noms plus français (Fil-en-Quatre, l’Assomoir, Lagingeole, Léonnec, Ferréol, Cœur d’Ours – qui n’a pas duré, le pauvre), c’est avant tout par son statut de première double incursion des éditions Ferenczi dans le monde du fascicule et du genre policier que la série se doit d’être connue et reconnue.

Effectivement, tout amateur de littérature populaire policière ne peut ignorer toute l’importance des éditions Ferenczi dans ce domaine, depuis cette série jusqu’au milieu des années 50, abreuvant les lecteurs assoiffés d’aventures trépidantes de milliers de titres disséminés dans diverses collections.

Des auteurs depuis renommés ont d’ailleurs signé quelques-uns de ces titres comme, par exemple, Georges Simenon, sous divers pseudonymes, ou bien Léo Malet.

Mais revenons au titre du jour.

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE MAUVE

Le Tout-Paris est en émoi à l’annonce du suicide de la belle et jeune comtesse Dolorès à qui tout semblait sourire.

Pourtant, elle a été retrouvée, pendue, dans sa chambre.

Le verrou de la porte tiré de l’intérieur et bloquant l’accès à la pièce annihile toute hypothèse d’un crime.

Au moment d’enterrer la défunte, son frère surgit et s’oppose à l’inhumation, réclamant une autopsie et accusant l’époux de l’avoir assassinée.

Bien déterminé à prouver ses dires, l’homme fait appel à Marc JORDAN, le célèbre détective. Il lui présente, comme preuve, une lettre de sa sœur l’appelant à son secours et craignant que son mari ne se débarrasse d’elle pour hériter de sa fortune afin d’entretenir sa machiavélique maîtresse…

Une jeune belle et riche comtesse est retrouvée pendue dans sa chambre, chambre fermée de l’intérieur par un verrou.

La justice conclut logiquement au suicide et le permis d’inhumer est accordé au mari, mais, le jour de l’enterrement, le frère de la victime débarque en accusant son beau-frère du meurtre et en réclamant une autopsie.

Pour prouver ses accusations, il fait appel à Marc Jordan qui va devoir découvrir s’il y a bien eu meurtre et comment !

Meurtre ? Suicide ? Telle est la question... telle serait la question si l’auteur ne donnait pas la réponse très vite, trop vite et si, en plus il ne laissait guère de doute sur l’identité du coupable, nous privant ainsi d’un suspense, certes, illusoire, mais sûrement plus agréable que la certitude affichée.

Heureusement, si l’identité du meurtrier (puisque meurtre il y a) est connue, ainsi que le mobile, encore reste-t-il à Marc Jordan, l’extraordinaire détective, à trouver comment le criminel a agi pour perpétrer son meurtre en chambre close.

Et c’est là que peut être l’intérêt du récit avec cette incursion dans un sous-genre du roman policier : le crime en vase clos.

On sait que tous les grands et moins grands écrivains (ou presque) de romans policiers se sont essayés à ce sous-genre particulier. 

Depuis Edgar Poe et son « Double assassinat dans la rue Morgue » on ne compte plus les tentatives, qu’elles proviennent de la part de Conan Doyle (« Le signe des quatre » le premier et non le seul de l’auteur), Edgar Wallace, John Dickson, Car, Agatha Christie, ou encore Gaston Leroux avec le mythique « Le mystère de la chambre jaune » (paru probablement juste avant cette enquête de Marc Jordan).

Mais si, pour les auteurs de romans policiers, le « Meurtre en chambre close » est un incontournable, ceux parodiant les « polars » n’hésitent pas, également, à s’y essayer : Alphonse Allais (même si je ne retrouve pas le titre), Alfred Mortier dans « Le Complice », une enquête de l’Inspecteur Mic, Léon Groc, « Le drame de la chambre noire », une enquête de Stan Kipper...

On pouvait donc espérer que Marc Jordan déploierait toute son ingéniosité pour découvrir la façon dont avait procédé le meurtrier et toute son adresse pour apporter les indices permettant de le faire condamner.

Il n’en sera malheureusement rien puisque, tout comme pour le crime et l’identité du criminel, en ce qui concerne la façon de procéder, l’auteur fait tourner court le système, rendant son détective un peu trop clairvoyant, celui-ci devinant immédiatement le procédé et découvrant presque aussi rapidement les indices...

Il ne reste plus qu’au lecteur à suivre cette enquête sans déplaisir, mais avec un certain détachement puisque se sentant un peu floué sur un contenu prometteur.

Effectivement, le titre évocateur laissant présager d’un crime en vase clos, le lecteur amateur de ce sous-genre pouvait se lécher les babines avant même de débuter sa lecture. 

Pour le coup, il sera déçu. Dommage.

Dommage d’autant que, même sans lire cette enquête sous le prisme du meurtre en vase clos, force est de constater que l’intrigue simpliste n’est pas aidée par une écriture un peu en deçà d’ordinaire.

Je n’oserai pas dire que les autres aventures de Marc Jordan sont suprêmement écrites, mais celle-ci souffre de nombreuses répétitions facilement évitables qui nuisent à la bonne lecture.

Que reste-t-il alors ? 

Bah, comme pour les précédentes enquêtes, à espérer que le comte Cazalès et Pépita la Rouge reviennent très rapidement en France pour relancer l’intérêt de la série, car, décidément, les petits crimes et les petits assassins font les petits épisodes de Marc Jordan.

Au final, un épisode décevant tant par le fait que l’auteur base son intrigue sur un meurtre en vase clos sans profiter de tous les avantages de suspens du genre que par le style un peu faiblard.