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Bill Disley, si vous ne le connaissez pas encore, est le héros d’une série de fascicules policiers de 16 à 128 pages, parus à partir de 1945, tout d’abord mélangés dans des collections plus généralistes (« Murmure d’amour » des Éditions du Moulin Vert puis réédités à partir de 1949 au sein de la collection « Police-Roman » des Éditions Lutèce, en ce qui concerne les fascicules 16 et 32 pages) avant que les mêmes Éditions Lutèce n’offre, au début des années 1950 une collection éponymes aux aventures de Bill Disley sous la forme de nouveaux récits formatés en fascicules de 128 pages puis que les récits plus courts soient à nouveau réédités avec de nouvelles illustrations de couvertures.

En clair, excepté la collection « Les aventures de Bill Disley » qui, pour certaines, sont des réécritures allongées des premiers épisodes, la plupart des autres récits vécurent trois éditions différentes.

Autant vous dire que la série originale « Bill Disley » est un véritable capharnaüm.

Si j’ajoute que l’auteur, J.A. Flanigham, est un écrivain mystérieux. Que sous ce pseudonyme se cache un auteur bien français et bien talentueux (certains disent même « un collectif d’auteur ») dont on ne connaît qu’un autre pseudonyme (Raymond Gauthier) et que ce fameux J.A. Flanigham, en plus des aventures de Bill Disley et quelques romans écrits pour les collections policières des éditions Ferenczi, développa deux autres courtes séries, l’une assez bordélique à lister (« Dick et Betty, aventuriers modernes) et l’autre regroupée au sein d’un magazine qui ne dura que 6 numéros : « Les dessous de l’Agence Garnier)... j’aurai à peu près tout dit de ce que je sais sur l’auteur et sa production.

Pour être totalement exhaustif, “Un corps dans la Tamise” est la 17e aventure éditée de Bill Disley, dont la première parution date de 1946 (collection “Murmure d’amour”), la seconde, en 1950 (collection “Police-Roman”) et la 3e, sous le titre de “Drame in England” en 1957 (toujours dans la collection “Police-Roman”).

 

UN CORPS DANS LA TAMISE

 

Bill DISLEY, le plus célèbre journaliste d’Angleterre, à la recherche d’aventures, se rend dans un bouge crasseux où son regard est attiré par une jeune femme, parfait sosie de l’adulée chanteuse de jazz Kitty Prenty.

 

L’heureux hasard fait que, le lendemain, la véritable artiste lui donne rendez-vous pour lui demander de trouver l’auteur de lettres de menaces qu’elle reçoit chaque matin, sous forme de décompte macabre.

 

Cependant, le compte à rebours fatal s’achève sans qu’il ne soit rien arrivé au rossignol des cabarets.

 

Quelques jours plus tard, Bill DISLEY décide d’assister au grand retour sur scène de Kitty Prenty, mais à l’heure venue de son passage, personne n’apparaît sur les planches…

 

Bill Disley s’ennuie. Il veut de l’aventure. Pour cela, il décide d’amener son amie Dora et son pote Jeff dans une taverne mal famée dans l’espoir d’y trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Ce quelque chose se matérialise sous la forme d’un sosie d’une chanteuse de jazz à succès de la capitale.

Chose étrange, le lendemain matin, Bill Disley est appelé par la vedette originale afin de l’aider à découvrir qui lui envoie des lettres de menaces chaque jour, lui lançant un décompte fatal de jour en jour.

Bill Disley met la chanteuse sous la protection de Jeff, mais rien ne se passe, une fois arrivé au terme du décompte.

Quelques jours plus tard, voyant une affiche annonçant le retour sur scène de la chanteuse, Bill Disley, titillé par son 6e sens, décide de se rendre dans le cabaret en question. Mais au moment où la chanteuse aurait dû monter sur scène : personne. Elle semble avoir disparu.

Quand le lendemain, le corps de la chanteuse est repêché dans la Tamise avec une balle dans le corps, Bill Disley est bien décidé à comprendre ce qu’il s’est passé.

Ceux qui lisent mes chroniques régulièrement ne peuvent ignorer que j’adore les récits de J.A. Flanigham, que j’aime son style, notamment son art de l’incise et sa maîtrise du format court et que j’aime tout particulièrement la série des “Bill Disley”, pour ce style, mais également pour les personnages et l’humour toujours présent (notamment dans les dialogues entre Bill et Jeff).

Certes, commençant la série par les formats courts, je sais que je n’y trouverais pas une intrigue digne de ce nom. Que l’ambiance ne pourra être très développée et que les personnages doivent forcément être un brin caricaturaux pour éviter d’avoir à trop les décrire.

Ainsi, Bill Disley est l’image typique du détective des romans “Hard Boiled” à l’américaine (même s’il est un journaliste anglais), personnage beau, jeune, charmeur, intrépide, dur à cuir (d’où le terme “Hard Boiled”) qui aime 4 choses dans la vie : l’alcool, les femmes, les cigarettes et l’aventure (pas forcément dans cet ordre-là).

Jeff, lui, colle à l’image du gros bras un peu bas du front, mais fidèle jusqu’à la mort, courageux et très costaud (c’est un ancien boxeur, ancien pickpocket et toujours un peu malfrat et beaucoup alcoolique).

Les femmes qui papillonnent autour du héros correspondent, elles aussi, aux stéréotypes de la femme dans l’univers du roman noir à l’américaine (que l’on retrouvera également dans les polars français des années 50 - 60) : soit la vamp vénéneuse, soit la femme aimante douce et soumise (potiche, quoi).

Quant aux intrigues, elles sont plutôt prétextes à faire intervenir les personnages, mais sont tout de même très ancrées dans leur époque et donc, pour beaucoup, teintées d’espionnage (ce qui est une nouvelle fois le cas ici).

J.A. Flanigham, quel qu’il soit, avait donc un réel talent d’écriture, une maîtrise des incises et des dialogues qui lui conférait l’art de tenir parfaitement son récit dans des formats courts.

Sans en faire trop, il savait en faire assez pour proposer un style (pas apprécié par tout le monde, apparemment) ce qui lui permettait de se différencier du tout-venant.

Avec ses personnages sympathiques, bien que caricaturaux, l’auteur avait trouvé, également, le bon ingrédient pour produire des récits agréables à lire.

Il ne lui manquait plus, alors, qu’à trouver des intrigues suffisamment intéressantes pour faire carton plein.

Si c’est souvent le cas, même si ces intrigues s’appuient parfois sur des grosses ficelles (là aussi, concision oblige), il faut reconnaître que dans le cas présent, J.A. Flanigham a emmêlé un peu trop de ces grosses ficelles pour totalement convaincre.

Même si j’excuse souvent les auteurs de fascicules de se laisser aller à des simplicités, des raccourcis ou des rebondissements un peu trop usités, il me faut bien, parfois, leur faire la leçon, d’autant que J.A. Flanigham doit totalement s’en moquer pour raison de décès (ou alors, il serait trop gâteux pour comprendre mes griefs).

Je suis donc obligé de divulguer un peu du récit afin de me faire comprendre. Aussi, ceux et celles qui seraient tentés de lire cet ouvrage sont priés de sauter le passage qui suit :

*** Je reproche souvent plusieurs rebondissements aux auteurs de romans policiers : le coup du frère jumeau ou du sosie, soit du côté de la victime, soit du coupable et parfois des deux ; le coup du, c’est le coupable qui embauche le détective pour trouver le coupable pensant que celui-ci se laissera berner alors qu’il choisit le meilleur détective qui soit ; le coup de la chance immense qui fait que le détective tombe avant ou après sur l’élément qui va lui permettre de tout comprendre.

Ici, J.A. Flanigham nous fait un triplé gagnant en réussissant même le coup double sur le coupable qui embauche le détective.

Effectivement, que Bill Disley découvre un sosie de la chanteuse, la veille où ladite chanteuse va lui demander de trouver qui lui envoie des lettres de menaces, voilà qui est un sacré coup de bol (il pourrait jouer à la roulette russe avec un automatique qu’il serait encore capable de gagner).

Que ce soit cette même chanteuse qui s’envoie des lettres de menaces, voilà qui est prendre Bill Disley pour un con en pensant qu’il ne s’en rendra pas compte (et Bill Disley est tout sauf un con).

Quand l’impresario de la chanteuse va embaucher Bill Disley pour retrouver l’assassin de cette chanteuse, alors que c’est lui, l’assassin, cela commence à faire un peu beaucoup.

Et, enfin, quand on découvre (mais le lecteur l’avait déjà compris) que la mort n’était pas la chanteuse, mais son sosie, on a terminé le tour des grosses ficelles indigestes. ***

Mis à part ces quelques éléments que vous avez peut-être sautés, on retrouve Bill Disley fidèle à ses habitudes, la plume usuelle de l’auteur, mais on peut tout de même reprocher la quasi-absence de Jeff, le personnage qui apporte le plus de moments d’humour dans la série.

Reste donc à lire un récit agréable (si on passe à côté des ficelles) à défaut d’être original.

Au final, pas le meilleur épisode de la série, notamment à cause des facilités bien trop grosses de l’intrigue.