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Ceux et celles qui lisent mes chroniques (en espérant qu’il y en ait et que je n’écrive pas dans le vide), ne sont pas savoir que je suis un fervent amateur de littérature populaire.

Les mêmes savent que, dans cette littérature populaire, mon goût ne se dirige que vers le genre policier.

Enfin, ces quelques lecteurs de bon goût n’ignorent pas mon appétence pour les séries fasciculaires.

Aussi, comme en plus d’être doués de qualités de jugement, je les crois également dotés d’une intelligence rare, je suis persuadé qu’en associant les trois informations précédentes, ils en concluront que je suis friand de séries policières fasciculaires de la littérature populaire.

Pourquoi une telle entrée en matière aussi dont la longueur n’a d’égal que la futilité ?

Tout simplement pour compenser le fait que je n’ai rien à dire sur Harry Sampson !

Ah ouais ? Et alors ? Se demanderont les mêmes personnes ?

Quoi ? Vous ignorez qui est Harry Sampson cet auteur de série fasciculaire policière ?

Bin, pour votre gouverne, je dois vous avouer que je suis dans le même cas.

Car, Harry Sampson ne semble connu que pour la paternité d’une série de fascicules 16 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots contant les enquêtes de l’Agence Walton, parue à partir de 1945 aux éditions Nicéa et ne comptant que 8 épisodes (même si un 9e avait été annoncé).

Voilà comment en une seule phrase, je vous livre l’intégralité de mes informations sur l’auteur et son œuvre !

« Les enquêtes de l’Agence Walton » est une série de 8 courts romans (10 000 mots) mettant en scène les membres d’une Agence de détectives : Teddy Walton, le chef, jeune, charismatique, intelligent, courageux, charmeur ; Babe Gilmore, la secrétaire belle et sexy amoureuse de son patron ; Bill Courant, la fouine de l’équipe et Ben Spirtz, l’homme imperturbable.

Ainsi décrits, il n’y aurait pas grand-chose à rajouter à cette série puisque vous aurez compris qu’elle singe parfaitement le genre de « roman noir à l’américaine » des années 1940, 1950 dont il est difficile, désormais, de savoir si l’image d’Épinal tient plus, réellement, de la production américaine (Dashiell Hammet, Raymond Chandler) ou bien des auteurs français inspirés ou influencés par leurs homologues d’outre-Atlantique (Léo Malet, par exemple). Ma culture en littérature américaine est bien trop faible pour répondre à cette question.

Mais, bref, passons au titre du jour « Le huitième pendu » du fameux Harry Sampson (indéniablement un pseudonyme derrière lequel se cachait un auteur français), la 3e enquête de l’Agence Walton :

 

LE HUITIÈME PENDU

 

Un meurtre a été commis dans un studio de cinéma.

 

Durant la pause d’un tournage nocturne, le jeune premier est assassiné d’une balle en plein cœur puis est pendu, sur le plateau voisin, à une potence à côté de sept mannequins de cire sur le décor d’un film de vampires.

 

La police, prévenue rapidement, a bouclé le bâtiment et se fait fort de découvrir le responsable.

 

Mais le patron de la Compagnie cinématographique, ayant une confiance limitée dans la rapidité des forces de l’ordre, embauche l’Agence WALTON pour éclaircir le mystère au plus vite et minimiser le scandale.

 

Teddy WALTON ne tarde pas à débarquer sur les lieux avec son équipe afin d’identifier, parmi les acteurs et les ouvriers confinés dans l’édifice, le coupable.

 

Un problème va se poser aux détectives, le comédien était haï d’à peu près tout le monde et les suspects sont aussi nombreux que les mobiles…

Ted Walton est appelé en pleine nuit par le patron de la Compagnie de cinéma « Stella », qu’il a rencontré dans la journée et à qui il a refusé de vendre ses histoires de détectives pour en faire des films.

Mais là, il ne s’agit plus de cinéma, un meurtre a été commis, un vrai, même s’il a eu lieu sur un plateau de tournage.

Le corps a été découvert pendu à l'une des potences du décor d’un film de vampires, en compagnie de 7 autres cadavres, faux, eux.

Comme le meurtre a été rapidement découvert, la police a eu le temps de boucler le bâtiment avec toute l’équipe de tournage dedans. Le meurtrier se trouve probablement dans le lot. Malheureusement, les suspects sont nombreux, la victime, un jeune premier à la grosse tête, au fort ego et au caractère exécrable était détesté de tout le monde...

Harry Sampson nous livre donc un crime dans un studio de cinéma, ce qui n’est pas rare dans le monde de la littérature en général (encore tout récemment on notera « Meurtre en direct » de Batya Gour, « La mort muette » de Volker Kutscher...) ni dans celui de la littérature populaire de l’époque (« Le drame du studio 5 » de René Duchesne ou « Meurtre au studio » de Léon Groc).

L’auteur, qui qu’il soit, se joue du genre, des genres, en multipliant les références à ces mêmes genres.

À partir d’une série parodiant les romans « Hard boiled », terme signifiant « dur à cuire » et désignant les romans noirs à l’américaine, Harry Sampson revisite les autres sous-genres avec une intrigue démarrant en « meurtre en chambre close » avec ce crime commis dans un lieu restreint auquel seules quelques personnes ont pu avoir accès et en terminant son récit sous la forme d’un « whodunit » (signifiant « Qui l’a fait ») si cher à Agatha Christie.

D’ailleurs, l’hommage à Agatha Christie ne s’arrête pas là, car même le rebondissement n’est pas sans s’inspirer d’un célèbre roman de l’écrivain (ne comptez pas sur moi pour dire « écrivaine ») que je ne citerai pas pour ne pas spoiler (ne comptez pas plus sur moi pour utiliser le mot « divulgâcher » même si j’avais pu user du terme « déflorer ») le récit.

Car Harry Sampson, l’écrivain (que ce soit un homme ou une femme qui se cachait sous ce pseudo) maîtrisait à la fois le format et le genre.

Le genre, policier, comme je viens si brillamment de le démontrer.

Le format : récit court de 10 000 mots ou le fascicule de 32 pages (ou 16 pages, double colonne).

Car, je ne cesse de clamer qu’il faut un certain talent pour performer dans ce format si contraignant qui empêche de s’appuyer sur des digressions pour faire avancer les intrigues ou étoffer les personnages.

Il faut savoir être à la fois concis, direct, manier sa narration, son intrigue, sa plume.

Et quand l’auteur parvient à faire tout cela tout en sachant ne pas être trop ambitieux, mais en réussissant pourtant à apporter un petit plus, alors, c’est Byzance.

Et c’est le cas ici, du moins, dans les premiers épisodes de la série que j’ai lus.

Je rajouterai que l’auteur n’hésite pas à user d’un brin d’humour, renforçant le ton de la parodie sans dénaturer le genre original.

Au final, un bon épisode qui démontre que cette série avait bien commencé et on se demande dès lors pourquoi elle n’a pas dépassé les 8 titres...