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Poursuivons la découverte de l’excellente (bien que trop courte) série « Les enquêtes de l’Agence Walton » de Harry Sampson, avec ce 6e et antépénultième épisode : « Meurtres à forfait ».

« Les enquêtes de l’Agence Walton » est une série de 8 fascicules de 16 pages, double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots et publiée, à l’origine, en 1945 par les éditions Nicea.

Harry Sampson est un de ces nombreux pseudonymes derrière lesquels des auteurs plus ou moins aguerris se cachaient pour abreuver les nombreuses collections fasciculaires de l’époque.

Celui-ci semble n’avoir signé que cette série et nul ne sait désormais qui il cachait.

L’Agence Walton est une agence de détectives de New York comprenant 4 membres : Teddy Walton, le jeune et charismatique chef ; Babe, la belle petite amie de ce dernier ; Bill Courant, l’homme à la face de rat ; et Benny Spirtz, l’homme imperturbable en toute situation.

Les épisodes content donc les enquêtes de ce quatuor sous la forme d’une parodie des romans « Hard Boiled » ou romans noirs à l’américaine à succès dans les années 40-50.

Parodier la littérature américaine en s’inventant des pseudonymes « américains » est presque aussi vieux que la littérature populaire elle-même, mais on peut citer, par exemple, J.W. Killbear, masquant l’auteur Rodolphe Bringer ; Max Beeting ou « Kill Him » pour Frédéric Dard ; Vernon Sullivan, pour Boris Vian ; M. A. Hychx pour Paul Max ; Frank Harding pour Léo Malet ; Sally Mara et Raymond Queneau ; Terry Stewart et Serge Arcouët... des collections regroupant même exclusivement, ou en grande partie, ces faux écrivains d’outre-Atlantique.

MEURTRES À FORFAIT

Le directeur d’une compagnie d’assurances sur la vie fait appel à l’Agence WALTON pour enquêter sur une curieuse recrudescence de morts naturelles au sein de ses clients les plus fortunés.

Teddy WALTON est rapidement persuadé qu’il a affaire à une bande organisée de criminels qui loue ses funèbres services à des personnes désireuses de se débarrasser d’un proche dont ils sont les bénéficiaires afin de toucher le pactole.

Mais les soupçons ne suffisant pas, pour trouver des preuves et démasquer les membres du gang des « meurtres à forfait », le détective va devoir infiltrer les bas-fonds de la ville avec tous les risques que l’opération comporte…

Teddy Walton est embauché par un directeur de compagnie d’assurances qui se voit contraint, ces derniers temps, de verser de plus en plus souvent de fortes sommes aux bénéficiaires de ses clients les plus aisés qui tombent comme des mouches...

Après enquête, tout semble démontrer qu’une bande organisée propose des « meurtres à forfait » : contre 5000 dollars, ils débarrassent un bénéficiaire un peu trop pressé de toucher une fortune, du parent les ayant couchés sur le contrat. Assassinat, faux certificat de décès de cause naturelle et permis d’inhumer sont compris dans ce forfait.

Pour démanteler cette organisation criminelle, Ted Walton va chercher à l’infiltrer, mais la tâche va être très risquée...

Et nous voici repartis pour une 6e enquête en compagnie de Ted, Babe, Ben et Bill.

Cette fois-ci, l’auteur semble s’inspirer d’un fait réel (en tout cas, c’est ce qu’une note de bas de page laisse entendre, même si je n’en ai pas trouvé trace), avec cette histoire de bande organisée qui fournit tout le nécessaire pour permettre aux gens d’hériter tranquillement ou de toucher des primes d’assurances vie en toute tranquillité.

On retrouve, comme toujours, Ted Walton en tête de ligne, mais ses fidèles lieutenants, les Deux B (Bill Courant et Benny Spirtz) et la belle Babe Gilmore ne sont jamais loin et sont toujours prêts à intervenir quand le boss est en danger.

Harry Sampson ne perd pas la main avec ce 6e épisode et si celui-ci comporte les mêmes défauts que les précédents, qui sont en même temps inhérents à ce format court très contraignant (intrigue simple et linéaire ; intervention du hasard et de la chance pour faire avancer plus vite l’enquête ; quelques grosses ficelles pour faire tenir le tout), il en possède surtout, et heureusement, toutes les qualités.

Certes, on reprochera la facilité et la rapidité avec laquelle le héros infiltre l’organisation, mais on comprendra bien que, sur 10 000 mots, l’auteur n’a pas le temps de tergiverser et ses personnages non plus.

Harry Sampson démontre encore sa maîtrise d’un format pourtant casse-gueule et du genre qu’il parodie.

Une nouvelle fois, on apprécie l’intelligence de l’auteur de n’appuyer ses héros que sur un ou deux traits physiques ou de caractère afin de pouvoir les présenter rapidement à chaque fois et permettre ainsi aux lecteurs de les reconnaître immédiatement.

Si Ted Walton ne diffère guère du héros usuel (beau gosse, charmant, courageux, intelligent, drôle) et sa compagne très proche des critères habituels de la vamp de services (mais pas que), ce sont les Deux B qui sont à la fois les plus originaux et les plus attachants.

Entre le pauvre Bill Courant et sa face de rat qui lui attire pas mal d’embrouilles et Benny Spirtz, connu pour son impassibilité permanente, le lecteur trouve-là deux personnages qui auraient sans doute mérité un format un peu plus long afin de pouvoir faire mieux leur connaissance.

Pas de temps mort (ce serait dommage sur un format si court) de l’action, un peu d’humour, quelques bonnes réparties, bref, un épisode dans la lignée des précédents et dans le haut du panier des productions du genre.

On en vient vraiment à regretter que la série n’ait pas duré plus longtemps.

Au final, encore une enquête de l’Agence Walton très agréable à lire.