LEDLAW08

Je suis toujours incroyablement ému lorsque j’arrive au bout d’une série littéraire qui m’a beaucoup plu.

Si c’est déjà le cas pour des séries contemporaines dont l’auteur, encore vivant, est susceptible un jour ou l’autre d’en écrire un nouvel opus, ça l’est encore plus avec une vieille série dont l’auteur n’est plus en mesure de produire une suite, ni quoi que ce soit, d’ailleurs, trop mort pour cela.

Dans le cas particulier de « Les enquêtes de l’Agence Walton », une série de 8 fascicules de 16 pages, double-colonne, contenant des récits indépendants de 10 000 mots et publiés en 1945 aux éditions Nicea, je ne pourrai totalement assurer que l’auteur n’en écrira plus rien. 

Effectivement, de Harry Sampson, on ne connaît rien, donc, en lui conférant la longévité d’une Jeanne Calment (si tant est qu’elle ait vécu jusqu’à l’âge officiel contrairement à ce que prétendent des scientifiques russes), il serait encore possible qu’il soit vivant.

Cependant, j’en doute. Aussi, suis-je un peu triste à la fin de la lecture de ce dernier épisode qu’est « Le kidnapping Norton »...

LE KIDNAPPING NORTON

J. J. Norton, un riche industriel victime de chantage de la part d’un ancien gangster devenu patron de cabaret, fait appel à Teddy WALTON pour l’aider à mettre un terme aux menaces.

N’étant pas parvenu à convaincre le maître chanteur de ficher la paix à son client, Teddy WALTON décide d’abandonner la méthode douce et rosse le malfrat.

Le lendemain, la fille de Norton est kidnappée et une forte rançon est réclamée au père…

Mais la transaction se déroule de façon dramatique et tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à l’enlèvement vont apprendre à leurs dépens ce qu’est « la justice de Teddy WALTON »…

J.J. Norton est victime de chantage, sa carrière d’industrielle est menacée. Il fait appel à l’Agence Walton pour convaincre le maître chanteur d’abandonner son projet et de remettre la lettre qui le compromet dans un trafic d’influence.

Teddy Walton, va donc voir le Charmeur, un ancien gangster reconverti en patron de boîte de nuit qui est à l’origine du chantage.

Mais celui-ci ne veut rien entendre.

Aussi, Teddy Walton lui tend-il un piège pour récupérer la fameuse lettre.

Dans la foulée, la fille de Norton est enlevée et une grosse rançon réclamée au père.

Alors que celui-ci paie, sa fille est tuée et jetée dans la rue.

Dès lors, Teddy Walton va s’énerver et ce sont les flingues qui vont parler et quand il s’agit de défourailler, Ben Spirtz et Bill Courant sont toujours de la partie... 

Teddy Walton s’énerve donc pour cette dernière enquête, ce qui renforce la parodie de romans « hard boiled » (les romans noirs à l’américaine mettant en scène un détective dur à cuire) à laquelle l’auteur s’attache depuis le début.

Effectivement, si le but était clairement annoncé de marcher sur les traces d’un genre à succès à l’époque, il faut bien avouer que l’auteur y avait été, tout d’abord, avec des pincettes, au point que même les personnages, Bill et Ben en tête, se plaignaient que cela manque un peu d’actions et de fusillades.

Mais, dans la dernière ligne droite, Harry Sampson se lâche et si l’on sentait déjà dans l’épisode précédent, ce virage, il est ici totalement assumé.

Car, Teddy Walton perd le sourire, ce qui ne lui était jamais arrivé, et va faire sa propre justice à coups de Colt.

On retrouve ici tout ce qui a fait le charme de la série : intrigue simple et resserrée, narration linéaire, personnages un brin caricaturaux, qu’un trait forcé suffit à décrire, de l’action, un peu de violence, des femmes voluptueuses... bref, tous les éléments d’un roman « Hard Boiled » assez soft.

Si, ici, les touches d’humour sont un peu moindres (quoi que), les personnages si flegmatiques, jusqu’ici (Teddy et Ben, en tête) perdent un peu de leur calme, voire, même, beaucoup.

Fini le temps des discussions, passons à l’action.

Bien sûr, il faut relativiser l’ensemble en fonction du format de la série : des textes courts d’environ 10 000 mots.

Il ne faut donc pas s’attendre à lire du Dashiel Hammett ou du Raymond Chandler ni même de la parodie à la sauce Boris Vian sous le masque de Vernon Sullivan.

Non, la série doit demeurer tout public et la concision inhérente au format empêche tout débordement.

Pour les mêmes raisons, inutile d’espérer une plume à la Frédéric Dard de l’époque « Kill Him », là aussi, la taille du récit empêche de telles envolées textuelles.

Mais si l’on juge ces épisodes en fonction du format, force est de constater que ceux-ci s’avèrent être très prenants, voire exaltants, tant les auteurs ont rarement performé dans le roman de 10 000 mots.

Car il est impossible, en si peu de mots, de proposer une réelle intrigue, un peu de suspens, une histoire qui dure, des personnages profonds et originaux, du style.

Et si l’on parvient à instiller un de ces éléments, c’est forcément au détriment des autres.

Il faut alors rudement bien doser chaque apport pour que l’ensemble tienne sur un espace aussi réduit tout en étant à la fois digeste et agréable.

Pas facile, facile.

Pourtant, Harry Sampson (ou celui, celle ou ceux qui se cachent derrière ce pseudo) est parvenu à cet exploit.

Parvenu à tel point que « Les enquêtes de l’Agence Walton », une fois remise dans son contexte, s’avère être une réussite, une grande réussite.

Dommage, donc, qu’elle fût si courte.

Au final, une série qui s’achève dans un éclair de violence propre au genre qu’elle parodie et qui laisse le lecteur attristé d’être déjà arrivé au bout de celle-ci.