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« Prenez-en de la graine » est le 33e épisode d’une série que je ne vous ferais pas l’injure de présenter : « San Antonio » de Frédéric Dard.

Aussi, passais-je directement à la chronique concernant le texte sans m’étende sur le personnage, l’auteur ou le contexte de la série comme j’ai coutume de faire avec des héros littéraires moins célèbres.

Prenez-en de la graine :

Mes petits lecteurs chéris, je crois que depuis le temps qu’on se connaît on commence à bien se connaître comme le disait si justement Vincent Toriol à la bataille de Marignan (33 Champs-Élysées, Paris). Alors je vais vous en annoncer une qui méritera d’être prise en considération et dans le sens de la hauteur : je compte vous faire rire avec ce bouquin.

Alors que Béru amène San Antonio dans un commissariat afin d’aller chercher un pote pour boire un coup, ils tombent tous deux en plein interrogatoire d’un Hollandais dont l’épouse a été trouvée dans sa chambre d’hôtel agonisante après avoir avalé une dose massive de médicaments.

Béru, cherchant du tabac pour bourrer sa toute nouvelle pipe, pique une cigarette dans l’étui de l’interrogé, déchire le papier pour récupérer le fameux tabac.

Mais San Antonio remarque que l’intérieur du papier à tabac est griffonné de quelques mots ressemblant à un rendez-vous donné.

Flairant une histoire d’espionnage, San Antonio demande à récupérer l’étui à cigarettes, mais le Hollandais. 8 autres cigarettes comportent le même message.

Alors que Béru interroge le Hollandais, celui-ci sort un petit revolver de sa manche et saute par la fenêtre pour s’enfuir, mais, pendant que San Antonio et l’ami de Béru se lancent à la poursuite du quidam, Béru, de la fenêtre, lui tire deux balles dans les jambes.

Se sentant pris, le Hollandais se tire une balle dans la tête...

Une graine, il ne suffit pas de la prendre et de la planter pour qu’elle pousse correctement et produise une belle plante.

Ce pâle axiome, inventé pour l’occasion, s’adresse directement à cet épisode de San Antonio.

Effectivement, on a beau mettre tous les ingrédients habituels, parfois, cela prend et d’autres non.

Ici, ce serait plutôt « Non ».

Et pourtant, Frédéric Dard nous propose les mêmes ingrédients ou presque que d’ordinaire avec des jeux de mots sur les noms, des apartés en veux-tu en voilà, un Bérurier en pleine forme quoique trop sentimental, un San Antonio toujours aussi charmeur et fonceur, des rebondissements...

Mais la sauce ne prend pas vraiment.

Alors, un « San Antonio » moyen demeure tout de même une agréable lecture, d’autant que l’auteur a toujours la bonne idée de ne jamais trop s’étendre, ce qui évite de s’ennuyer.

Là où le livre pèche, à mon sens, c’est dans son intrigue. Et c’est d’autant plus dommage que le départ était plutôt prometteur avec ce type banal, si ce n’est qu’il est hollandais, qui tente de fuir après que sa femme ait tenté de se suicider et qui, se voyant pris, préfère se tirer une balle dans la tête... effectivement, on s’attend à une intrigue dont la noirceur serait contrastée par l’humour ordinaire de l’auteur et des personnages.

Pour autant, il n’en est rien et l’on se demande même, à la fin, pourquoi le Hollandais s’est fait sauter le caisson pour si peu.

Frédéric Dard nous offre bien quelques rebondissements, mais ceux-ci ne rehaussent pas réellement l’ensemble et sont même parfois peu crédibles.

Reste la plume de Dard. Mais là aussi, on sent qu’il en fait un peu trop pour compenser la faiblesse de son récit. Là où, d’ordinaire, son style semble fluide malgré un bric-à-brac incroyable entre l’humour, les jeux de mots, les apartés et j’en passe et des meilleurs, dans cet épisode, on a l’impression qu’il a un peu forcé le trait, sûrement pour tenter de masque les failles de son intrigue.

On notera d’ailleurs quelques tournures lourdingues (pourtant probablement volontaires de la part de l’auteur) du genre « l’affaire dont c’est au sujet de quoi il m’a chargé... », « La petite dont de qui au sujet de laquelle il est question... », « La rue de la personne dont de laquelle au sujet de qui je vous parle »... Frédéric Dard nous avait habitués à mieux, même si ces expressions font référence à une de celles de Pinuchet.

En plus, justement, il manque un peu de Pinuchet.

Au final, pas la plus mémorable des enquêtes de San Antonio, à peine un épisode agréable à lire, ce qui n’est déjà pas si mal, mais qui est quand même très décevant, comparé à ce dont était capable de proposer Frédéric Dard.