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Le Poulpe est un personnage littéraire que l’on ne présente plus.

Pour autant, comme j’ai le sens de la contradiction, je vais tout de même replacer ce héros dans son contexte.

Le Poulpe est un personnage de justicier anarchiste créé par le génial Jean-Bernard Pouy en 1995.

J.B. Pouy, qui est un génie, rappelons-le, mais également un homme qui a des idées généreuses, à l’idée de créer une série avec un héros récurrent dont chaque épisode serait écrit par un auteur différent.

À l’aide de ses deux amis Serge Quadruppani et Patrick Raynal, il développe, probablement autour d’un bon verre, une bible stipulant les différents personnages de la série et les passages et ingrédients obligés.

À l’époque, sur Canal +, me semble-t-il, il lance un appel aux auteurs, assurant qu’il publiera tous les manuscrits qu’il recevra afin de donner un aperçu de ce qui s’écrit à l’époque.

J.B. Pouy ouvre le bal avec « La petite écuyère a cafté » (chaque titre doit contenir un jeu de mots), puis Serge Quadruppani avec « Saigne-sur-mer » et, ensuite, Patrick Raynal avec « Arrêtez le carrelage ».

Suivront des auteurs aguerris comme Didier Daeninckx, Noël Simsolo et consorts, mais également des écrivains en herbe qui s’essaient à l’écriture pour l’occasion.

L’idée de tout éditer permet de développer rapidement la série qui dépasse les 100 titres en quelques années, mais a pour effet nocif de proposer parfois des épisodes plus fades que d’autres.

« L’aorte sauvage » est un titre publié en 1997 et écrit par Laurent Fétis, un habitué des collections « Fleuve noir » et « Série noire » dès son plus jeune âge (18 ans pour la première, 22 pour la seconde).

L’aorte sauvage :

Qu’un jeune représentant de commerce se fasse occire d’une sale manière dans un obscur petit village breton et voilà Le Poulpe de retour dans la lande.

Malgré son expérience, Gabriel Lecouvreur ne sait bientôt plus où poser ses tentacules et, très vite, il succombe au piège de l’identification.

Dériver de Rennes à Pipriac, prendre le boulot du mort, écumer le même secteur, danser avec les freaks, rêver en série B, fréquenter ses amies, séduire ses conquêtes.

Partager ses indignations, fachos à fleurs de lys et intolérants de tous bords. Alors que dans la noirceur, bat un cœur malade et sauvage.

Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, se sent piégé. Arrivé au « Pied de porc à la Saint-Scolasse » son bistrot attitré, tout a été fait pour qu’il tombe sur un article à propos du meurtre d’un jeune VRP à Rennes. Rennes où, justement, Shéryl, son amour de coiffeuse, doit aller passer un concours de coiffure. 

Pourtant, Gabriel ne peut résister à la double envie de passer du temps avec Shéryl et de découvrir qui a tué le VRP et pourquoi.

La première chose que l’on remarque, en lisant ce court ouvrage, c’est que Laurent Fétis connaît et respecte à la lettre la « Bible » mise en place par J.B. Pouy et ses confrères.

Effectivement, l’auteur ne déborde pas du cadre et intègre tous les éléments que devrait contenir tout bon épisode du Poulpe.

En débutant avec un jeu de mots pour le titre (« L’aorte sauvage » pour « La horde sauvage » si chère à Peckinpah), il fait débuter son récit avec une scène liminaire dans le bistrot, durant laquelle Gabriel Lecouvreur prend connaissance de l’affaire dont il va s’occuper.

Tout au long du récit, Laurent Fétis use d’humour, fait boire différentes bières au Poulpe, lui offre un passage à tabac en règle, le confronte avec des zigs d’extrême droite, lui permet même d’être mis en présence d’un des pires nazis...

Mais on retrouve également tous les personnages récurrents ou presque avec Shéryl la coiffeuse, Pedro le vieil anar catalan, tous les employés du « Pied de porc à la Saint-Scollasse », Gérard, Maria, Vlad, le chien Léon compris... jusqu’à Vergeat, le flic de R.G. qu’il a souvent sur le dos et même son fameux Policarpof, son vieil avion qu’il retape depuis des années.

Cependant, réunir les éléments ne suffit pas à faire un bon « Le Poulpe » encore faut-il parvenir à faire monter la sauce, à obtenir le bon dosage.

Et Laurent Fétis y parvient même si certaines bribes de l’intrigue sont plus ou moins crédibles.

De l’humour, de l’action, de la bière, des fachos et même des nazis, quelques pépées dont certaines semblent sortir du magnifique film de Tod Browning, « Freaks, la parade des monstres »... bref, tout est là pour satisfaire le lecteur fan des aventures du Poulpe.

Au final, un épisode très respectueux de la Bible du Poulpe et qui, en plus, est agréable à lire, ce qui n’est pas le cas de tous les titres de la collection.