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J.-B. Pouy est un auteur que l’on ne présente plus, car nul besoin de présenter un génie.

Pour autant, il est peut-être nécessaire de rappeler que cet écrivain, un brin anarchiste, de 74 ans est un passionné de littérature populaire, de jeux d’esprit, de jeux de mots, de musique, de cinéma... et de bonnes chères.

Qu’il a beaucoup, beaucoup, écrit, des romans, des nouvelles, principalement dans le genre policier, mais pas que.

Qu’il est à l’origine, entre autres, de la série « Le Poulpe » pour laquelle il a mis en place les bases, la Bible, avec quelques amis, avant d’écrire le tout premier épisode, « La petite écuyère a cafté », et un autre par la suite...

Qu’il aime écrire sous contraintes.

Train perdu wagon mort :

Au cœur de la nuit, un wagon se détache d’un train-couchettes et s’arrête soudain. D’abord persuadés qu’il s’agit d’une panne, les occupants découvrent qu’ils sont perdus au milieu de nulle part. Abandonnés, oubliés par les secours, certains partent en éclaireurs et disparaissent. Leurs cadavres sont retrouvés, dans une ville déserte et en ruine. La terreur s’empare alors des survivants...

Un train, la nuit, direction Zoldavie.

En pleine campagne, le train se met à ralentir, puis à s’arrêter.

Étonné, les 18 passagers d’un wagon, sortent et constate que ce n’est pas le train qui s’est arrêté, mais seulement leur wagon, détaché, accidentellement ou pas, du convoi.

Tout d’abord, chacun pense que les secours ne vont pas tarder à arriver. Mais les heures passent et personne ne vient.

Puis deux avions-chasseurs les survolent. C’est certain, on va désormais venir les chercher. Mais toujours rien.

Alors, les questions fusent, les angoisses montent, d’autant qu’il n’y a pas âme qui vive à l’horizon, que les téléphones ne fonctionnent pas...

C’est l’heure de se concerter pour savoir comment réagir à cet étrange phénomène sans avoir le moindre indice sur lequel faire reposer ses décisions.

J.-B. Pouy, avec « Train perdu wagon mort », travaille autour d’un ressort cher aux scénaristes de tous genres : une ou plusieurs personnes se retrouvent dans une situation où elles semblent seules au monde sans savoir ce qu’il s’est passé.

C’est un peu le cas avec ce très court roman (trop court, j’y reviendrais) dans lequel l’auteur place 18 personnages au sein d’un même wagon accroché à un train traversant un pays fictionnel.

D’un coup, le wagon s’arrête, il s’est décroché du reste du convoi sans que l’on sache si c’est volontaire ou accidentel. L’ambiance est étrange, l’atmosphère, dehors, également. Personne ne vient à leur secours, seuls deux avions de chasse les survolent. La peur, l’angoisse. Tout le monde est-il mort ? Est-ce une guerre ? Un phénomène étrange ? Ils semblent seuls au monde. Alors, il faut organiser la survie, les esprits forts prennent le commandement, les faibles obéissent...

On peut retrouver ce schéma dans certains romans de Stephen King, dans la nouvelle « Chienne de vie » de KAMASH, dans la série TV « The Lost », mais également utilisé comme point de départ d’autres œuvres de tous poils.

Il faut dire que c’est l’idée, par excellence, qui fait à la fois fonctionner l’imaginaire et qui angoisse au plus profond de soi. Se retrouver seul au monde. Une guerre mondiale, une pandémie, un phénomène surnaturel... et, d’un coup, vous voilà face à vous-même ou à quelques individus.

J.-B. Pouy utilise parfaitement cette idée, délivrant un début de récit passionnant dans lequel le lecteur entre aussi rapidement que les personnages.

Format court, pas de temps à perdre, il faut aller dans le vif du sujet.

Avec pour narrateur un spécialiste en géopolitique se rendant en Zoldavie pour partager son savoir (mais pas que), Pouy trouve un héros à la fois touchant et attachant. Pas le super héros, ce ne sera même pas le chef, mais probablement l’un des personnages les plus forts du groupe. Faut dire qu’il n’a plus rien à craindre de la vie, la sienne s’est arrêtée avec la mort de son enfant, la dépression de sa femme...

Alors, le drame qui est en train de se dérouler ne l’affecte pas outre mesure. Mieux, il lui apporte probablement les meilleurs moments qu’il a pu vivre depuis le décès de son fils...

Autour de lui, Pouy tisse une galerie de personnages intéressants. Bien sûr, certains prennent le dessus sur les autres, mais l’ensemble est assez hétéroclite pour être appréciable.

De plus Pouy parvient à rendre parfaitement cette angoisse qui étreint les personnages, à conserver ce mystère autour de l’évènement (Guerre ? Phénomène surnaturel ? Accident ?).

Et, comme toujours avec ce genre de sujet, quand il est bien traité, le lecteur devient impatient. Impatient de savoir comment cela va se terminer, si les personnages vont s’en sortir, mais, surtout, savoir ce qui s’est passé...

Du coup, le lecteur ne peut plus lâcher le livre et, la fin approchant, l’angoisse non seulement demeure, mais elle se multiplie en croisant une autre angoisse, celle de la fin caduque, celle que je qualifierai de « je me fous bien de ta gueule » et que j’ai déjà reprocher à nombre d’auteurs.

Ces auteurs qui tissent des toiles exaltantes, des intrigues qui partent dans tous les sens et qui les relient, à la fin, à la va-comme-je-te-pousse, ou pire, sur un rebondissement à la con du genre : C’était un rêve ! je vous ai bien eu.

Mais J.-B. Pouy est un génie et un génie ne manque jamais d’idée pour clore ses récits. Un génie ne se moque jamais de ses lecteurs. Un génie demeure un génie, même dans sa fin.

Alors, est-ce génial de réussir à tromper à ce point le lecteur ? De lui faire croire qu’un génie ne peut pas se foutre de sa gueule pour, au final, se foutre encore plus de sa gueule ?

Si c’est le cas, alors, J.-B. Pouy est encore plus génial que de coutume.

Sinon, il s’est bien foutu de ma gueule. J’espère qu’il devait rendre son roman à son éditeur et que la veille, il a pris une cuite et que, n’ayant plus de temps et pas la tête à l’endroit, il a décidé de nous offrir cette fin. J’espère... sinon, J.-B. Pouy s’est génialement foutu de ma gueule.

Au final, un roman court très exaltant, passionnant, durant 98 % et très décevant pour les 2 % qui restent.