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Revenons un peu sur la genèse de la série fasciculaire « Les aventures extraordinaires de Théodore Rouma ».

Ces aventures peuvent se décomposer en deux séries de fascicules de 24 pages contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots, publiées par les éditions SEBF à partir de 1945.

La première série compte 10 titres dont les couvertures sont illustrées par R. Charles.

La seconde, comprend une douzaine de titres dont la plupart sont illustrés par Brantonne.

Derrière l’auteur, Jean d’Auffargis, se cache en fait Maurice Laporte, créateur des Jeunesses communistes en 1920 avant de devenir anticommuniste, puis de collaborer avec les nazis et de s’exiler en Suisse d’où il écrira, notamment, cette série pour gagner sa croûte.

Nulle intention, ici, de juger l’homme, puisqu’il est mort depuis longtemps, et je me contenterais donc de juger l’artiste et, notamment, son œuvre.

« Le fantôme d’Elvire Lhommel » est le troisième titre publié de la série des « Théodore Rouma » qui nous conte les aventures d’un cambrioleur-mondain, justicier à ses heures, une sorte d’Arsène Lupin des temps modernes (pour l’époque).

 

LE FANTÔME D’ELVIRE LHOMMEL

 

Tomber en panne de voiture, la nuit, en pleine campagne, voilà qui n’est pas très amusant.

 

Quand en plus il pleut, la chose s’avère totalement désagréable.

 

Mais si on a la chance d’apercevoir au loin une ferme, même si elle est habitée par un vieux gardien mutique, et que l’on trouve refuge dans une chambre empoussiérée qui semble ne pas avoir été ouverte depuis des décennies, alors, on peut voir les événements sous un angle positif…

 

Sauf si, un peu trop curieux, on force la porte d’une armoire et que l’on y découvre le corps momifié d’une femme avec deux trous dans le crâne…

 

Un homme tombe en panne de voiture lors d’une nuit pluvieuse, en pleine campagne.

Apercevant au loin de la lumière, il décide de se diriger vers celle-ci et tomber sur une bâtisse dont la porte est ouverte. Il entre, monte à l’étage pour trouver dans une chambre un vieux gardien bourru qui lui indique qu’il peut se réfugier dans une chambre à l’étage supérieur.

Dans la pièce, empoussiérée, qui semble ne pas avoir été ouverte depuis des lustres, l’homme, curieux, commence à fouiller.

Une armoire fermée attise sa curiosité, il la force avec maestria et y découvre le corps momifié d’une jeune femme le crâne troué ne laissant aucun doute sur l’aspect criminel du décès...

Excellente entrée en matière pour cet épisode d’un peu plus de 12 000 mots, car, en une petite scène, l’auteur met le lecteur et son personnage central, face à un bien étrange mystère : un corps enfermé dans un placard depuis des années ! Un gardien qui ne semble pas au courant de cette histoire ! Qui est la morte ? Pourquoi l’a-t-on tué ? Pourquoi l’avoir conservé dans ce placard depuis des lustres ? Voilà ce que le lecteur aura envie de découvrir et il compte, pour cela, sur Théodore Rouma, puisque le lecteur qui aura lu les deux premiers épisodes aura vite compris que l’auteur s’amuse, à chaque fois, à présenter son héros sous un nom d’emprunt, une couverture...

Et Théodore Rouma, curieux de nature, va tout faire pour découvrir le secret qui se cache derrière la mort d’Elvire Lhommel, puisque le titre indique clairement l’identité de la morte.

Avec ce début à la fois prometteur et efficace, Jean d’Auffargis démontre qu’il maîtrise de mieux en mieux le format cours en évitant les circonvolutions littéraires et les explications oiseuses et en entrant immédiatement dans l’histoire.

Les présentations, elles aussi, sont concises, ce qui permet à l’auteur de développer au mieux son intrigue même si l’on sait qu’elle ne sera pas de haute volée, petit format oblige.

Pour autant, à l’aide d’une écriture simple et agréable, un héros s’appuyant sur l’image d’Épinal du gentleman-cambrioleur à la Arsène Lupin, permettant au lecteur de saisir vite, à moindres mots, le personnage, d’une narration linéaire correctement développée et, comme souvent dans ce genre de courts romans, une explication finale du justicier pour expliquer l’intrigue (ce qui prend moins de place que de narrer les événements au fur et à mesure), Jean d’Auffargis propose un petit roman policier très agréable à lire même si, contrairement à l’épisode précédent, il manque d’une petite touche d’humour pour rendre l’ensemble encore plus agréable à lire.

Certes, Théodore Rouma n’est pas un personnage original, mais il ne pouvait pas l’être du fait de la concision des récits puisque, pour permettre cette concision, le héros se doit de s’appuyer sur un pair connu de tous (par exemple : Odilon Quentin de Charles Richebourg, puise chez Maigret, de Georges Simenon).

Évidemment, l’intrigue n’est pas échevelée, mais là aussi, on sait à quoi s’attendre en lisant ce format de texte.

Mais il faut bien avouer que le dosage : intérêt du personnage/intrigue/style est relativement bien étudié par rendre une bonne copie, ce qui n’est pas chose aisée dans le monde du fascicule de 32 pages (ou 24 pages contenant des petits caractères... bref, du récit de 10 000 mots).

Dans tous les cas, cet épisode plaisant donne envie de se replonger dans une nouvelle aventure de Théodore Rouma, ce que je ne tarderai pas à faire, vous vous en doutez.

Au final, si la série a débuté sur un épisode manquant de saveur, l’auteur a su, depuis, la faire décoller, avec une meilleure maîtrise du format.