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Les personnages récurrents existent dans la littérature policière, depuis que la littérature policière existe. D’ailleurs, il serait amusant, à l’instar de la poule ou de l’œuf, de savoir si le genre est né du personnage ou le personnage du genre.

Toujours est-il que ce fait est si vrai, qu’il prouve également sa véracité avant même ladite naissance du genre policier.

Effectivement, on pourra parler du chevalier Auguste Dupin né de la plume de Edgar Alan Poe.

Mais le roman policier naquit en même temps que son premier personnage récurrent et inversement, tous deux sous la plume du maître du genre : Émile Gaboriau.

Je parle bien sûr de Monsieur Lecoq, inspecteur de la police parisienne, qui apparaît dans ce roman liminaire avant de vivre une longue carrière.

Ce personnage et ce roman inspireront Sir Arthur Conan Doyle dans le développement des aventures de Sherlock Holmes, probablement le plus illustre personnage récurrent du genre.

Mais si le fait est tangible dans la littérature populaire policière, il l’est tout autant dans la littérature populaire policière fasciculaire qui sévit dès le début du XXe siècle et ce pendant plus de 50 ans.

On ne compte donc plus les héros d’aventures policières (il serait d’ailleurs impossible de les dénombrer à travers le monde, et très difficile à travers l’hexagone) que ce soit depuis Nick Carter jusqu’à Martin Servaz, par exemple. Hercule Poirot, commissaire Maigret, Nestor Burma, San Antonio, sont des personnages connus de tous, mais ils ne sont que les arbres qui cachent l’immense forêt.

Dans cette forêt l’on trouvera de nombreux policiers, détectives, aventuriers, désormais oubliés, mais qui jadis abreuvèrent les lecteurs assoiffés à travers des collections fasciculaires de 16 ou 32 pages, proposant de courts récits à lire en une heure ou deux.

Parmi ceux-ci, vous pourrez trouver le commissaire Benoit, né de la plume des énigmatiques Robert et Jean Grimey.

Difficile d’en savoir plus sur cet ou ces auteurs derrière lesquels pourrait se cacher un proche de Henry Musnik ou Henry Musnik lui même (puisqu’il existe une autre série « Les enquêtes du commissaire Benoit » dont certains titres sont écrits par Gérard Dixe, un pseudonyme de Henry Musnik).

Cependant, les titres de cette série ne semblant pas issus d’une réécriture d’autres titres de Musnik (une spécialité de l’auteur), on penchera davantage pour un proche, Jean d’Arsange, par exemple, qui collabora avec Musnik dans d’autres collections.

Toujours est-il que la série « Les enquêtes du commissaire Benoit » de Robert et Jean Grimey a été publiée en 1946, aux éditions Nicéa, sous la forme de 14 titres de 12 pages, double-colonne, contenant des récits plus ou moins indépendants d’environ 12 000 mots.

Je dis « plus ou moins indépendants » parce qu’il existe un fil rouge dans la série : la lutte entre le commissaire Benoit et un personnage appelé « Le Mondain » qui semble être à la tête d’une vaste organisation criminelle.

« Le crime de Bandol » est le premier épisode de cette longue lutte.

LE CRIME DE BANDOL

Le corps d’un jeune homme est découvert sur une plage de Bandol.

On ne trouve sur lui qu’une forte somme d’argent.

Une tache de sang est repérée sur le pont d’un petit yacht appartenant à riche héritière très courtisée.

Le commissaire BENOIT, chargé de l’enquête, parvient grâce à elle à identifier la victime, il s’agit de son fiancé.

Dès lors, un mobile se dessine : l’envie d’un prétendant vénal de se débarrasser d’un rival.

Mais le commissaire BENOIT, rapidement, constate que chacun des suspects se cache derrière des apparences trompeuses et que ce crime n’est que l’acte liminaire d’une longue lutte qu’il devra engager face à un ennemi très puissant…

Quand le corps d’un jeune homme est retrouvé sur la plage de Bandol avec une grosse somme d’argent sur lui, le commissaire Benoit, chargé de l’enquête, pourrait imaginer que ce crime n’a rien de crapuleux. Mais le commissaire Benoit se méfie toujours des apparences, et il fait bien.

Une tache sur le pont d’un yacht appartenant à une jeune héritière lui suffit pour remonter la piste et apprendre que la victime était le fiancé de la riche jeune femme. Mais comme celle-ci a de nombreux prétendants qui ne voient en elle que sa fortune, le crime passionnel pourrait rejoindre le crime crapuleux.

Seulement, chez les prétendants, chacun n’est pas ce qu’il paraît être et là, il va falloir au policier découvrir qui cache quoi...

Avec cette première enquête, Grimey (oui, je vais me contenter d’appeler le ou les auteurs, Grimey), nous invite à l’enquête liminaire à la lutte entre le commissaire Benoit et un étrange malfaiteur que ses hommes appellent « Le Mondain ».

Car, le meurtre du jeune homme va cacher quelque chose de bien plus important qu’un simple drame de la jalousie.

Autour du commissaire Benoit gravite quelques collèges que l’on va probablement retrouver dans les autres épisodes. Le jeune Lissier, sans expérience, mais avec beaucoup d’envie. Le vieux de la vieille Tolday ainsi que l’inspecteur Bridart, un policier pas très sympathique qui déteste Benoit.

Grimey développe une première enquête d’un peu plus de 12 000 mots qui pose les personnages, du moins du côté des policiers et qui va déboucher sur la révélation de l’existence d’un génie du crime aussi habile, puissant que mystérieux.

Si les personnages n’ont rien de très original (le format court permet rarement l’originalité) et que l’intrigue n’est pas exaltante (idem), il faut pourtant reconnaître que Grimey pose les jalons d’une série qui promet d’être agréable à lire, du moins aussi agréable que ce premier épisode.

Car, avec un style classique, mais sans fausse note, une narration au diapason, des personnages suffisamment attachants (Lissier en tête) la promesse d’une lutte dantesque entre le policier et le Mondain et une petite touche d’humour, Grimey semble avoir compris ce qu’il devait faire, au sein d’un format aussi contraignant, pour proposer les meilleurs textes possibles.

Au final, un premier épisode prometteur qui donne envie de sauter sur le suivant.