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Si vous lisez un tant soit peu mes chroniques, vous connaissez désormais ma passion pour la littérature populaire policière fasciculaire de la première moitié du XXe siècle, ces récits oscillant entre 7000 et 30 000 mots, d’un petit format souple que l’on pouvait glisser dans sa poche pour lire à tous moments.

Les centaines de collections et les milliers de titres qu’elles contiennent ont abreuvé la soif des lecteurs, bien souvent issu du milieu populaire, pendant des décennies.

Des auteurs, désormais cultes, y ont participé (Georges Simenon, Frédéric Dard, Léo Malet...) d’autres, ont eu, à leur époque, un grand succès, mais sont, depuis, retombés dans un quasi l’anonymat (Marcel Priollet, Rodolphe Bringer...). Mais la plupart sont resté à toujours et à jamais dans l’obscurité sans pour autant avoir démérité dans leur travail...

Parmi ces derniers, certains demeurent encore plus mystérieux et plus obscurs que les autres de par le fait qu’ils sont devenus non identifiables.

Effectivement, cette littérature a été propice à l’usage de nombreux pseudonymes. Certains auteurs réputés en ont usé tant et tant qu’il est désormais impossible d’en faire une liste exhaustive et qu’on leur accorde volontiers la paternité de pseudonymes dont on ne retrouve pas la propriétaire.

Mais si cette pratique était l’apanage d’auteurs réputés comme Frédéric Dard, elle l’était tout au moins, si ce n’est plus d’auteurs beaucoup moins renommés, mais qui profitaient de changer de nom afin de multiplier les contrats auprès de différents éditeurs, d’intégrer plusieurs collections ou, même, de faussement accroître le nombre d’auteurs au sein d’une même collection.

Bref, cette littérature regorge de pseudonyme ou d’auteurs que l’on ne peut plus cerner.

C’est le cas de Jean Grimey et de son coauteur (Robert Grimey ? Ou ROBERT ?) qui ont développé la série « Les enquêtes du commissaire Benoit » aux éditions Nicea, à partir de 1946. (À ne pas confondre avec la série éponyme écrite pour partie par Gérard Dixe, alias Henry Musnik, à peu près à la même époque).

Cette série « Les enquêtes du commissaire Benoit » compte 14 épisodes sous la forme de fascicules de 12 pages doubles-colonnes contenant des récits d’environ 10 000 mots.

« La mort est exacte au rendez-vous » est le 7e épisode de cette série.

LA MORT EST EXACTE AU RENDEZ-VOUS

Le commissaire divisionnaire Morland reçoit dans son courrier une lettre lui annonçant qu’une femme sera assassinée, le lendemain soir, à un gala de charité.

Ne prenant pas cette menace très au sérieux, il envoie l’inspecteur Bidart sur place.

Mais la mort est bien exacte au rendez-vous et c’est une chanteuse vedette qui en fait les frais.

Devant le peu d’avancées de l’enquête du petit policier, le commissaire BENOIT accepte, avec plaisir, d’aller lui donner un coup de main, cachant, à son supérieur, les vraies raisons de sa décision…

Une lettre anonyme prévient la police du meurtre d’une femme lors d’un gala de charité à Thonon.

Pensant à une blague le commissaire divisionnaire Morlant envoie l’inspecteur Bidart à ce gala. Mais le policier ne peut empêcher le meurtre, celui d’une chanteuse à succès.

Comme Bidart piétine, comme à son habitude, Morlant demande au commissaire Benoit s’il veut bien aller aider son collègue. Celui-ci accepte avec plaisir, d’autant qu’il a une bonne raison de s’intéresser à cette affaire...

On retrouve donc le commissaire Benoit, son secrétaire Lissier et même un peu Tolday dans de nouvelles aventures.

Après l’arrestation du Mondain, l’avocat gangster Gaulduys, ennemi juré du commissaire, celui-ci va devoir s’intéresser à d’autres affaires... quoi que.

On retrouve avec plaisir les quelques personnages de la série, même l’inspecteur Bidart, malmené un peu injustement par les auteurs (sauf, peut-être, dans ce cas).

Avec les personnes usuelles, les auteurs proposent les ingrédients coutumiers, l’action prime sur la réflexion, quelques raccourcis pour respecter le format court, des personnages esquissés, mais que l’on commence à bien connaître, une histoire relativement simple, quelques coïncidences et un Benoit qui en sait ou en devine toujours plus qu’il n’en dit.

L’ensemble est correctement maîtrisé, tant sur le plan de la plume que de la narration, et respecte parfaitement les latitudes restreintes autorisées par le format fasciculaire de 10 000 mots.

À noter que le titre de l’épisode est dans la veine de ceux que j’adore du genre « L’assassin avait des béquilles » ou « Le crime était presque parfait »... le genre de titre qui, à lui seul, me donne envie de lire un roman.

Au final, un bon épisode sur lequel, bien qu’absent, plane toujours l’ombre du Mondain...