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« La mort au bord de l’étang » est la troisième enquête de Mary Lester, de Jean Failler.

Jean Failler est un auteur breton né en 1940 et qui utilise sa région comme scène de jeu pour son personnage.

Dans le premier épisode, Mary Lester, tout juste en poste, avait dû arrêter un collègue pour assassinat. De suite mutée, dans le second, en attendant son chef, qui était en vacance, elle écoutait les confessions d’un SDF à propos d’un casse de bijouterie et de meurtres.

Et voilà que son commissaire revient de ses vacances et lui confie une affaire déjà résolue : un accident de chasse mortel.

La mort au bord de l’étang :

Après « Les bruines de Lanester » et « Les diamants de l’archiduc », voici une troisième enquête de Mary Lester en Cornouaille. Cette fois, son patron lui confie une enquête de routine, un accident de chasse où un industriel a trouvé la mort. Il y a des témoins dignes de foi, des notables qui ont assisté au drame… Un fusil qui explose, ça arrive et le commissaire principal est tranquille : cette fois, tout ce que pourra faire l’inspecteur Lester, c’est de rempli les paperasses habituelles en pareil cas, sans aller chercher midi à quatorze heures, sans mettre tout le monde sens dessus dessous. Voire, car quand Mary Lester se penche sur le plus anodin des problèmes, voilà qu’il devient tout soudain extraordinairement complexe. Après tout, cet accident n’est peut-être pas aussi accidentel qu’il le paraît.

Mary Lester une jeune femme flic dans un monde d’hommes machistes, se voit confier une simple enquête puisqu’il s’agit d’un terrible accident de chasse.

Juste à confirmer l’enquête préliminaire de la gendarmerie, pas grand-chose à faire, d’ailleurs, puisque l’accident a eu des témoins fiables.

Mais Mary Lester va vite découvrir des indices troublants laissant à penser que l’accident a été provoqué volontairement.

Et puis, son suspect est tellement détestable, imbu de sa position sociale et de son prestige qu’il serait si plaisant de lui rabaisser son caquet...

Après deux épisodes plaisants à lire, avec un personnage qui devenait peu à peu attachant, un style qui s’affirmait lentement et une certaine atmosphère intéressante qui se mettait en place, voilà que je commence ce troisième épisode avec moins d’enthousiasme.

La faute est à mettre entièrement sur la scène d’introduction qui s’éternise, scène présentant, en prenant, son temps les différents protagonistes de cette chasse tragique.

Si cette longue présentation est nécessaire à l’affaire et à l’atmosphère, permettant de comprendre les tenants et les aboutissants, d’anticiper les différents caractères, elle s’étend un peu trop, notamment sur les moments de chasse, au point que la mort, en question, n’intervient qu’au bout d’un long tiers du roman et que l’héroïne, elle, attend encore plusieurs pages avant de pointer son nez.

Alors, les amateurs de chasse apprécieront cette longue introduction, la trouvant probablement bien sentie et rendant parfaitement l’atmosphère de ces moments.

Pour les autres, ils apprendront quelques détails sur la chasse qu’ils ignoraient sûrement.

Mais ces derniers attendant avec impatience l’arrivée de Mary Lester vont devoir prendre leur mal en patience.

Et je fus dans ce cas.

Je n’ai jamais chassé, n’ai jamais eu envie de chasser, et ne m’intéresse pas au monde de la chasse.

Aussi, même si j’ai apprécié le rendu de l’atmosphère, même si je reconnais que certains éléments de cette introduction sont nécessaires à rendre l’ambiance de l’enquête à suivre, je dois avouer que ce préambule a failli avoir raison de mon impatience (au point d’arrêter, pour des raisons extralittéraires, ma lecture en cours de chasse et de tarder plusieurs semaines avant de m’y replonger et après avoir changé de lecture, ce qui ne m’arrive jamais).

Mais, comme je voulais réellement avoir confirmation ou infirmation de ce que je pensais des deux premiers épisodes, j’ai persisté et j’ai bien fait.

Effectivement, une fois que Mary Lester débarque, tout change.

J’ai alors retrouvé le même plaisir à suivre son enquête, la même plume agréable de l’auteur, cette ambiance que je comparais (toute proportion gardée) à celle que conférait Georges Simenon aux enquêtes de son commissaire Maigret.

D’ailleurs, on retrouve ici cette lutte de classe, si chère à Simenon. Lutte de classe qui débute dès la partie de chasse entre le vieux Boulois, un homme de la terre, mais également témoin de l’accident, un homme sage, respectueux et connaisseur, qui chasse pour le plaisir de l’ambiance et non pour faire un carton et ces parvenus, ces hommes de la haute qui ne sont là que pour se pavaner et abattre tout ce qui peut se tirer.

Puis il y a le personnage lien. Celui qui connaît la chasse, techniquement parlant, qui pourrait, en cela, avoir le respect du vieux Boulois, mais qui s’avère être un homme détestable, hautain, arriviste... le suspect, bien évidemment.

Et c’est avec un réel plaisir que l’on va suivre l’enquête de Mary Lester qui va s’attacher à découvrir de quelle façon cet être intelligent et hautain est parvenu à commettre un crime en faisant passer cela pour un simple accident de chasse.

Car, le lecteur n’a aucun doute sur l’identité du coupable dès le début et l’enquête de la policière ne consistera pas vraiment à découvrir le nom de celui-ci.

On suit alors avec plaisir le cheminement de pensée et la façon que va utiliser Mary pour faire tomber le suspect de son piédestal.

Au final, après un premier tiers un peu long (pour un roman policier) le roman policier démarre enfin et l’arrivée de Mary Lester lance une enquête assez savoureuse.