CouvLMDM

« Le mystère du masque » est un roman policier publié, initialement, dans la mythique collection « Le Masque » aux éditions La Librairie des Champs-Élysées en 1935.

Ce roman est signé Maurice Renard, un auteur plutôt réputé pour ses récits d’anticipation, fantastique, science-fiction, dont « Les mains d’Orlac » est probablement l’œuvre la plus réputée.

Bien que connu et reconnu dans ce genre particulier dont il est réputé pour être à l’origine d’un sous-genre, Maurice Renard (1875-1939) ne s’en est pas moins essayé à un autre genre à la mode à son époque : le policier.

S’il a signé seulement quelques romans policiers (dont « Le Mystère du masque » est le dernier), il s’est également frotté au microroman policier, grâce à LA chronique quotidienne du début du XXe siècle : « Les contes des 1001 matins » paraissant chaque jour dans le journal Le Matin et permettant à divers auteurs de remplir leurs escarcelles, mais également de se créer un lectorat fidèle ou de se faire un nom.

Parmi ceux-ci, Colette, H.J. Magog, Tristan Bernard, Gaston Chérau, Jean-Joseph Renaud, Charles Quinel... et Maurice Renard.

Maurice Renard qui, parmi les presque 600 contes qu’il écrivit pour la chronique, en consacra une bonne partie au genre policier dont 26 au seul personnage de l’inspecteur Jérome, devenu commissaire en cours de carrière.

LE MYSTÈRE DU MASQUE

Le notaire Jean-Paul Sérignac a été assassiné.

Le vieux clerc, lorsqu’il amène à son patron un document urgent, surprend le tueur et le reconnaît avant que celui-ci l’assomme et s’enfuie.

Le meurtrier, Bernard Sérignac, est le propre le frère de la victime.

Les mobiles : l’argent – 83 000 francs ont disparu du coffre-fort du cabinet notarial ; la jalousie – les deux hommes étaient amoureux de la même femme.

Le juge a tout juste le temps de se réjouir de la rapidité avec laquelle l’affaire a été résolue quand l’inspecteur Chabosseau, chargé de l’enquête, en fouillant les lieux, découvre, derrière une bibliothèque, un masque singeant les traits de Bernard Sérignac !

Le coupable devenant innocent, il ne reste plus qu’au policier à chercher à qui d’autre profite le crime.

Mais le nombre de suspects croît rapidement.

Heureusement, un jeune mécanicien, passionné par l’art de l’investigation, se lance dans l’aventure en adoptant une méthode différente…

Le notaire Sérignac a été assassiné. Le meurtrier a été surpris, en pleine nuit, par le clerc venu déposer un travail urgent. Le coupable est vite désigné, le témoin l’a reconnu, il s’agit du frère de la victime. Le mobile ? Le vol : 83 000 francs ont disparu du coffre-fort ; la jalousie : les deux hommes étaient amoureux de la même jeune femme.

Mais lors des premières investigations, alors que le juge et les magistrats chargés de l’affaire se félicitent que celle-ci soit aussi rapidement résolue, l’inspecteur Chabosseau découvre, derrière une bibliothèque, un masque à l’effigie de l’assassin. 

Mince alors, le coupable est innocent, mais qui a donc pu tuer le notaire ?

On le sait, rien d’étonnant, pour performer dans le genre anticipation/Science fiction, comme l’a fait Maurice Renard au point d’être considéré comme un maître en la matière, il faut de l’imagination, beaucoup d’imagination et posséder l’art de faire paraître crédible ce qui ne l’est pas forcément au premier regard.

Cela tombe bien, ces deux qualités peuvent servir quand on s’attaque au genre policier et Maurice Renard n’hésite pas à en user dans son roman comme on le constatera tout au long de la lecture.

Car, durant les 75 000 mots de ce roman qui ne peut donc pas être considéré, à l’époque, comme un « petit roman », Maurice Renard joue avec les personnages, les situations et, surtout, les lecteurs.

À partir d’un scénario un peu rocambolesque (surtout pour des lecteurs d’aujourd’hui), dans lequel l’assassin revêt un masque singeant les traits du frère de la victime, afin de le faire accuser du crime, l’auteur développe une histoire qui ne cesse de rebondir et de pointer du doigt tel ou tel personnage au point que le lecteur ne sait plus qui accuser (surtout une fois qu’il a accusé tout le monde). Mais le lecteur n’est pas le seul qui ne sait plus à quelle idée se tenir, l’inspecteur Chabosseau, le policier chargé de l’affaire, lui aussi, ne sait plus sur quel pied danser.

Durant toute l’histoire, un seul personnage semble avoir compris, du moins, être sur une bonne piste, c’est le jeune mécanicien Francis Perlot, qui aborde l’enquête dans laquelle son patron est compromis, comme il le fait d’une panne de voiture, en éliminant un à un les éléments qui ne peuvent pas être responsables de la panne.

Car, si les magistrats, le juge et un inspecteur de police sont sur l’affaire, c’est avant tout et surtout le personnage de mécanicien, qui, avec l’accord et le soutien de l’inspecteur, va se lancer à corps perdu dans l’enquête...

Maurice Renard, que je ne connaissais qu’à travers ses « enquêtes du commissaire Jérome » (je ne suis pas du tout fan de romans d’anticipation) m’a grandement, très agréablement surpris avec ce roman.

Effectivement, j’abordais le récit avec une certaine réticence, réticence qui ne fut par réduite par le premier rebondissement : le masque.

En effet, encore une histoire de grimage si parfait qu’il trompe son monde, cela devient un peu trop récurrent dans le roman policier de l’époque. Et puis ce masque, qui tombe là comme un cheveu sur la soupe... humm, humm.

Puis voilà que l’auteur parvient à m’embarquer dans son récit, une fois les premières réserves effacées, grâce, notamment, à ce personnage de mécanicien fort attachant et tellement bien présenté comme un futur crack que l’on se demande pourquoi l’auteur n’en a pas fait un personnage récurrent par la suite (dommage).

Maurice Renard parvient à jeter la suspicion sur chacun des personnages, et arrive, même, à nous surprendre plusieurs fois en nous apprenant l’identité du coupable.

L’auteur nous livre donc un roman bien pensé, qui joue parfaitement avec les codes du genre policier, propose un panel de personnages ce qu’il faut de caricatural en parvenant à nous en faire suspecter la majeure partie.

Car, si l’opposition cordiale entre les deux enquêteurs se fait sur les éléments usuels du genre : novice/professionnel ; jeune/plus âgé ; orgueilleux/modeste... elle se fait aussi sur la méthode que chacun utilise.

L’inspecteur Chabosseau a érigé en dogme les deux axiomes (qu’il affiche même chez lui) : « Cherchez à qui profite le crime » et « Cherchez la femme ».

Francis Perlot, lui, mène son enquête, comme ses dépannages mécaniques. Il étudie chaque pièce pouvant être responsable de la panne, écarte celles qui remplissent correctement leur fonction, jusqu’à découvrir la pièce fautive.

Et c’est cette opposition de style qui fait le charme de ce roman.

D’autant que cette lutte se déroule de manière très cordiale et qu’aucun des deux enquêteurs n’est tourné en ridicule.

Car, même quand Chabosseau a tort, il a un peu raison et quand il a raison, il a tout de même un peu tort. Mais on ne peut lui jeter la pierre ni le couvrir de ridicule tant tout un chacun aurait pensé comme lui.

Alors, certes, on pourra avancer que l’intrigue est un peu datée et elle l’est à coup sûr puisqu’elle date de presque 90 ans. Pour autant, il faut bien reconnaître à Maurice Renard qu’il développe un récit intelligent, rythmé, aux multiples rebondissements et durant lequel, jamais, on ne devine avec certitude l’identité du coupable.

Grâce à une belle plume, des personnages qui se situent à parfaite distance de l’originalité et de la caricature, de multiples rebondissements, un peu d’humour, et un coupable qui conserve son anonymat jusqu’au bout, Maurice Renard nous livre là un excellent roman policier qui n’a qu’un défaut, que son personnage central (Francis Perlot) n’ait jamais été réutilisé par la suite.

Au final, un excellent roman policier aux multiples rebondissements et qui met en scène un héros à la fois original et intéressant.