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Maurice Renard est un auteur dont le nom résonne encore à l’oreille des lecteurs (à moins que les moins initiés ne le confondent avec Jules Renard).

Né en 1875, mort en 1939, l’écrivain est passé à la postérité grâce à son travail (tant littéraire qu’intellectuel) sur le fantastique et la science-fiction.

On lui accorde d’ailleurs la paternité du mouvement « Merveilleux-fantastique ». Et tout le monde s’accorde à dire qu’il fut l’un des plus grands auteurs de romans d’anticipation, prenant ainsi la relève d’un Jules Vernes et devenant ainsi le pendant français de l’écrivain H.G. Wells dont Maurice Renard était un admirateur.

Mais, si certains se souviennent de ses romans conjecturaux, depuis « Le docteur Leme, sous-dieu » jusqu’à « Un homme chez les microbes » en passant, surtout, par « Les mains d’Orlac » (qui a connu plusieurs adaptations cinématographiques), peu, ou, moins, ont en souvenir la production policière de l’auteur.

Certes, je vous ai déjà parlé des « Enquêtes du commissaire Jérôme », des micros enquêtes parues au sein de la chronique « Les contes des 1001 matins » du journal Le Matin entre 1933 et 1939.

Bien évidemment, j’ai évoqué l’excellent roman « Le mystère du masque » paru aux éditions du Masque en 1935.

Mais ces deux œuvres, me direz-vous, sont plutôt tardives dans la carrière de l’auteur.

Aussi, il est temps de se pencher un peu sur un autre roman policier, plus ancien, de Maurice Renard, un roman qui date de 1927 : « ? LUI ? ».

? LUI ?

La famille Laval n’a pas été épargnée par les malheurs.

La mère est morte, la nuit, de la morsure d’une vipère ramenée par son mari d’une expédition en Afrique.

Le père, inconsolable, se sentant responsable, a tout fait pour périr lors d’un voyage au Niger.

Gilberte, l’orpheline, a été confiée à sa tante qui gère, également, la fortune des Laval en attendant la majorité de celle-ci.

Pour ne pas perdre cette manne providentielle, elle espère bien que son fils adoré Lionel parvienne à séduire sa pupille.

Aussi, voit-elle d’un mauvais œil le futur mariage de Gilberte avec Jean Mareuil, un homme original et rêveur.

Mais elle en est persuadée, le prétendant cache quelque chose. Pour s’en assurer, elle charge Lionel et un domestique de le surveiller en permanence…

Gilberte Laval est une jeune femme épanouie, qui va bientôt se marier avec le jeune, beau et riche Jean Mareuil.

Le vie de Gilberte ne fut pas toujours toute rose, sa mère est morte d’une piqûre d’une couleuvre venimeuse rapportée par son père d’une expédition en Afrique et son père, inconsolable, est parti à la mort dans cette même Afrique.

Certes, elle sera bientôt l’héritière de la fortune de ses parents, mais, en attendant, c’est sa tante qui gère le patrimoine et elle ne voit pas d’un bon œil ce futur mariage qui la déposséderait de ces biens d’autant qu’elle espérait bien que son fils adoré, Lionel, épouse Gilberte.

Aussi, mère et fils vont tenter de discréditer Jean Mareuil auprès de sa fiancée...

Quel étrange roman que ce roman-ci.

Étrange parce que jamais le roman n’est ce qu’il paraît, à l’image, d’ailleurs, de son personnage central, Jean Mareuil.

Étrange, car le livre débute par une scène totalement déconnectée de l’histoire qui suit au point que l’on se demande pendant longtemps s’il s’agit là d’un prologue ou bien d’un tout autre texte ajouté, pour on ne sait quelle raison, avant le récit.

Étrange parce l’intrigue, elle-même, traite de ce qu’elle ne semble pas traiter alors qu’elle ne traite pas de ce qu’elle semble traiter (oui, je sais, cette phrase est assez floue, mais elle devient compréhensible à la lecture... et, peut-être, dans mon explication à suivre).

Étrange, enfin, parce que... Maurice Renard.

Si l’on peut constater assez rapidement que l’écriture, le style, le sujet, sont un peu datés (par rapport à « Le mystère du masque », et ce malgré qu’ils ne soient distants que de 8 ans), l’intrigue et le rebondissement final, sont, eux, à mettre au crédit d’un auteur qui nous enfume depuis les premières lignes, qui nous endort lentement par un rythme et une ambiance fleur bleue à l’ancienne, en nous laissant croire qu’il nous conte une bluette sentimentalo-psychologique, alors, qu’en réalité, Maurice Renard s’attaque à ce que le genre à fait de plus contraignant, de plus difficile à aborder et dans lequel peu d’auteurs ont excellé : « le crime en chambre close ».

Oui, je répète souvent que bien des auteurs, du moins les auteurs prolifiques de romans policiers ont tous ou presque tentés, un jour ou l’autre de se confronter avec ce sous-genre de la littérature policière.

Si certains ont créé leurs lettres de noblesse dans cet affrontement, bien souvent, c’est au détriment d’une certaine crédibilité, ou bien de grandes roublardises ou, encore, par excès de simplicité (il n’y a qu’à relire « Le Mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux pour s’en convaincre).

Et pourtant, ceux-ci, à chaque fois (ou presque), annoncent la couleur en mettant en scène un crime dans un vase clos et en confrontant leur enquêteur à cette énigme à résoudre. Qui ? Comment ? Plus que le Pourquoi ?

Ce faisant, ils créent une attente chez le lecteur, attente qu’il sera difficile à contrebalancer avec la solution.

Maurice Renard, lui, prend le contrepied total de ce parti pris.

Commençant son récit comme une bluette sentimentale, il enchaîne avec un roman psychologique et policier (un mixage entre le Docteur Jekyll et Mister Arsène Lupin) pour, au final, résoudre avec brio, ce fameux crime en vase clos que personne n’avait vu venir au départ et dont tout le monde pensait voir venir la solution en cours de route.

Non seulement Maurice Renard surprend son lecteur et agréablement (ce qui est bien plus difficile que de le surprendre agréablement, surtout dans ce genre particulier), mais il ne se contente pas de le surprendre une fois, ni deux, mais bien au moins trois ou quatre fois.

Car, le coupable n’est pas le coupable. Pourtant, le coupable est bien le coupable. 

Vous n’y comprenez rien, c’est normal.

Mais, plus que la surprise, qui n’en est pas une, puisqu’on le savait, mais qui en demeure une, car on l’ignorait, c’est avant tout et surtout dans la clef qui ouvre ce mystère (ou, plutôt, qui le ferme) que l’auteur excelle.

Car, il faut bien avouer que la résolution est à la fois crédible, insoupçonnable et logique à la fois (ce qui est fort).

De plus, Maurice Renard ne se contente pas de nous livrer cette résolution (par l’intermédiaire du héros) en se pavanant. Non, il le fait en décontenançant son lecteur qui, non seulement se rend compte qu’il s’était trompé sur le nom du coupable alors qu’il l’avait trouvé (oui, j’en fais trop).

Plus encore que le nom du criminel, c’est tout ce qui gravite autour de lui qui est chamboulé. On pensait commencer à saisir, mais l’on n’avait rien compris.

Si on rajoute à cela que Maurice Renard, d’un coup, nous fait saisir toute l’importance de la scène liminaire que l’on avait fini par oublier en se disant qu’il s’agissait là d’une excentricité de plus de l’auteur, alors, l’auteur parvient à réussir ce que bon nombre d’auteurs de romans policiers actuels ne parviennent pas à faire : produire une ultime scène d’une excellence incontestable qui permet de clore ce roman avec talent.

Je passerai sur les personnages qui, finalement, ne sont rien à côté du reste ; sur le style de l’auteur, qui est volontairement, je pense, en retrait, pour conclure que l’auteur semble s’être autant amusé avec le genre et le sous-genre qu’avec son lecteur. Un amusement surprenant et intelligent à la fois.

Au final, Maurice Renard démontre qu’il était à la fois un écrivain intelligent, créatif, joueur, des cordes qui s’ajoutent à un arc déjà chargé des différentes cordes de ses autres romans.