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La littérature populaire fasciculaire de la première moitié du XXe siècle représente un vaste pan encore méconnu de la littérature populaire française de l’époque.

En Belgique, le phénomène, pour être bien moins consistant, n’en demeure pas moins obscur.

Effectivement, les trop rares éléments de cette littérature d’Outre-Quiévrain sont encore plus difficilement cernables et identifiables.

Excepté quelques rares collections fasciculaires comme « Le Jury », dirigée par Stanislas-André Steeman, que l’on peut appréhender dans son ensemble (hormis quelques auteurs), pour la plupart, il est même désormais difficile d’en connaître l’existence.

C’est un peu le cas de la collection « Dick Parker » publiée vers 1947 par les éditions Les Bruyères de Bruxelles, sous la forme de 6 fascicules de 32 pages contenant des récits d’un peu moins de 10 000 mots.

Je ne peux rien vous apprendre sur l’auteur, étant donné que les textes ne sont pas signés, mais il me semble, à la lecture, que l’on est face à une traduction plus qu’à un texte écrit en français (quelques expressions ou tournures de phrases que l’on rencontre souvent dans les traductions un peu rapides de l’époque me laissent à le penser, du moins).

En pied de couverture, il est précisé qu’un nouvel épisode paraît chaque 1er et 15 du mois. 6 épisodes, autant dire 3 mois de production, on peut penser que la concision de la série soit due à son insuccès.

« Le policeman assassiné » est le premier épisode de la série.

Le policeman assassiné :

Un policier est retrouvé assassiné en bord de forêt par le chauffeur d’une voiture qu’il tentait de verbaliser pour excès de vitesse.

Un témoin anonyme, par téléphone, prévient Scotland Yard qu’il a aperçu, dans les environs du drame, Lesser, un cambrioleur et assassin recherché par la police et aussi par le célèbre détective Dick Parker.

Ce dernier va aider l’inspecteur Debenham dans son enquête...

Une étrange transaction, le meurtre d’un policier, l’enlèvement d’une jeune fille, la présence d’un dangereux criminel ennemi juré de Dick Parker... 

Dans ce tout premier épisode, on fait la connaissance de l’inspecteur Debenham, de Dick Parker, de son jeune assistant Max ainsi que celle de Lesser, probable ennemi récurrent du détective (seule la suite nous le dira).

Après une première scène un peu foutraque dans laquelle on ne comprend pas trop les tenants et les aboutissants, l’auteur nous livre un récit policier « à l’anglaise » comme les sous-titres de la série, « le grand détective anglais » et « Un récit des “bas-fonds” de Londres » nous le laisse entendre, ainsi que les lieux et les noms, mais également, la parodie d’ambiance.

Si en moins de 10 000 mots, on ne s’attend pas à se trouver face à une intrigue de qualité, ni découvrir des personnages ciselés, il faut avouer que l’auteur maîtrise mal et l’un et les autres, de manière qu’on n’est jamais emballé par l’histoire (qui mélange trop de choses pour si peu de place) ni par les héros que l’on ne cerne pas du tout la faute à un défaut de présentation.

Certes, l’auteur cherche à s’appuyer sur des clichés du genre : le détective expérimenté et son jeune assistant un peu tout fou, mais pour les rendre attachants, il eut fallut, soit qu’il colle parfaitement à ces clichés soit qu’il s’en éloigne suffisamment pour rendre les personnages originaux.

Là, il n’en est rien, les deux héros demeurent dans le flou insipide séparant ces deux positions.

Sans une bonne histoire (du moins une histoire qui exploite au mieux les limites du format fasciculaire 32 pages et sa concision inhérente), sans personnages attachants, le lecteur ne pouvait plus compter que sur une belle plume pour lui donner envie de suivre la série.

Malheureusement, là, également, le bât blesse.

Car, si la plus grande majorité du texte est développée dans un style assez plat, son intérêt est encore amoindri par ces quelques lourdeurs que je soupçonne issues d’une traduction à la volée comme il était de coutume à l’époque.

Alors, que reste-t-il, me demanderez-vous ? Les illustrations de couverture que je trouve très intéressantes.

L’illustrateur ? La seule signature (si tant est que l’on puisse appeler cela une signature) en couverture mentionne « DÉPOSÉ » !!! Difficile de croire qu’il s’agisse là du nom de l’illustrateur

Au final, une série dont les couvertures m’avaient attiré, mais dont le texte de ce premier épisode a douché quelque peu mon enthousiasme. Dommage, les séries fasciculaires belges de l’époque sont si rares...