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Charles Richebourg est un de ces nombreux auteurs énigmatiques de la littérature populaire fasciculaire des deux premiers tiers du XXe siècle.

Il œuvra principalement chez l’éditeur Ferenczi, dans la première moitié des années 50 et la grande majorité de sa production se dirigea vers la collection « Mon Roman Policier » pour laquelle il livra plus de 40 enquêtes du commissaire Odilon Quentin. Mais il écrivit également quelques titres pour la collection « Mon Roman d’Aventures » (et une poignée d’autres sous ce pseudonyme ou celui de Désiré Charlus).

Hormis les textes qu’il a laissés, on ne sait rien de lui et c’est fort dommage, car sa production témoigne du talent de cet auteur et de sa parfaite maîtrise des formats courts.

« Horrible vengeance » est un récit initialement paru dans la collection « Mon Roman d’Aventures » en 1955.

HORRIBLE VENGEANCE

Dans un rade de Bordeaux, Joe et Karl, deux malfrats de bas étage, s’apprêtent à mettre la main sur une carte désignant l’emplacement d’un gisement d’or en Afrique.

Son propriétaire, un grec agonisant, est rentré en France pour confier le plan à sa jeune nièce qu’il n’a jamais rencontrée, mais avec qui il entretient une relation épistolaire de longue date.

Après avoir étranglé le moribond et subtilisé le document, le duo pense, à tort, que l’affaire est dans le sac…

Deux malfrats sont missionnés pour mettre la main sur le plan d’un gisement d’or en Afrique. Pour cela, il suffit de tuer un vieux grec rentré en France alors qu’il est en train d’agoniser pour remettre ce plan à sa nièce, sa seule famille.

Une fois le plan en poche, les deux bandits se rendent en Espagne puis en Afrique pour rencontrer le donneur d’ordre...

Dans la même collection d’origine, je vous ai déjà parlé d’un triptyque « Le bourreau a disparu »/« Les deux yeux de saphir »/« Les Enfants du Dragon », qui ne forment qu’une seule histoire.

On retrouve ici un peu le même schéma, mais sur un seul titre.

En clair, pas de héros, les personnages centraux sont de minables malfaiteurs. Ils vont chercher à s’approprier le bien d’autrui et, ainsi, s’exposer à une horrible vengeance.

Dans les deux exemples, le récit est traité avec une certaine légèreté, et l’on y retrouve un humour, habituel chez Richebourg (notamment dans les descriptions de personnages) qui va terriblement contraster avec une fin violente et sanglante...

Bien évidemment, en à peine 9 700 mots, on comprend que l’intrigue sera assez simple et la narration linéaire. Pas de suspens, donc, plutôt de l’action, même si le titre n’est pas ultra dynamique de ce point de vue

Non, le principal intérêt réside, dans la fin, bien évidemment, mais surtout, pour le reste du texte, dans le talent de son auteur.

Effectivement, Charles Richebourg fait une nouvelle fois montre d’une réelle plume, drôle, fine, au service d’un bon petit moment de lecture. Il n’hésite jamais à être drôle, et léger, et ne cherche jamais à s’engluer dans la prose ampoulée – comme il était l’usage quelques années auparavant – ni trop dans un langage argotique – comme il commence à être la coutume au début des années 50.

Son style est juste, ses personnages principaux bien dépeints et ce, malgré la concision inhérente à ce format très court et l’histoire, si elle ne peut rivaliser avec les grands thrillers, n’est pas inintéressante.

Tout comme le triptyque, le besoin d’exotisme du lecteur pousse l’auteur à surfer sur les mystères du monde (l’Orient dans la trilogie, l’Afrique, ici).

Et puis, il y a cette fin qui donne le titre au récit.

Au final, Richebourg continue à démontrer qu’il avait un certain talent. Dommage qu’on ne sache pas qui se cachait derrière ce pseudonyme.