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Marcel Priollet fut l’un des piliers de la littérature populaire fasciculaire pendant près de 50 ans à partir de 1910.

Sa production fut immense, et s’exerça dans différents genres littéraires, mais avec une prédilection pour le policier, l’aventure et les romans sentimentaux.

À lui seul, sous son nom ou sous divers pseudonymes (Henry de Trémières, Marcelle Renée Noll, R.M. de Nizerolles, René Valbreuse... auxquels on peut probablement rajouter Gérard Dartis et Géo Max), il alimenta de nombreuses collections de fascicules.

Du côté du roman policier, on notera deux séries avérées : « Old Jeep & Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », mais également d’autres personnages récurrents dissimulés au sein de collection généraliste comme le détective radiesthésiste Claude Prince qui apparaît régulièrement dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes.

Mais Marcel Priollet a également écrit de nombreux récits indépendants, dont « Le secret du molosse ».

« Le secret du molosse » est paru initialement en 1920 en tant que 41e titre de la collection mythique « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi (avec couvertures magnifiquement illustrées par l’excellent Gil Baer).

Comme la plupart des titres de cette collection, celui-ci a été réédité dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur (en 1931 sous le numéro 89, avec une couverture illustrée par une photographie Noir et Blanc reprenant le dessin d’origine).

LE SECRET DU MOLOSSE

Mystère au château de Rovermouth !

Toutes les nuits, un être investit la cour du domaine pour y creuser des trous.

Pourtant, l’endroit est bien protégé par Big, un énorme chien, que personne ne peut approcher, pas même la propriétaire des lieux.

Qui est cet individu ? Pourquoi fore-t-il le sol ? Comment évite-t-il la furie du molosse ?

Ce sont les questions auxquelles le célèbre détective Gash-Mill a accepté de répondre sans se douter que la solution va bouleverser la vie de deux familles…

Le détective Gash-Mill accepte de résoudre un mystère qui hante les nuits du château de Rovermouth. Toutes les nuits, quelqu’un s’introduit dans le domaine pour creuser des trous dans la cour. Pourtant, un molosse, Big, est là pour faire bonne garde et personne ne peut s’approcher de lui, pas même les hôtes des lieux, Mme Blackfort et sa belle-fille Daisy. Seul sir Blackfort pouvait l’amadouer, mais celui-ci est mort voici plusieurs années...

Voici un court roman (18 000 mots) qui s’inscrit totalement dans l’esprit et dans le genre de son époque (1920).

Effectivement, le thème un peu fantastique (est-ce un fantôme ou un être de chair ?) est bien souvent usité à cette époque. Le style de l’auteur, également, est représentatif de cette période, tant par rapport à celui de ses confrères que vis-à-vis de l’évolution de sa plume.

Les personnages, également, sont au diapason. Que ce soit la châtelaine, Mistress Blackfort ou bien le vieux paysan Faremay.

Enfin, la sous-intrigue sentimentale est, elle aussi, au goût des années 1920.

Nous sommes donc face à un récit un tantinet désuet, tant dans le style que dans l’histoire.

Et on pourrait s’arrêter à cette simple considération (qui tient d’ailleurs la corde durant une bonne partie de la lecture) s’il n’était deux éléments.

Le premier tient dans l’intrigue et sa résolution. Tout du long, le lecteur a l’impression d’avoir une longueur d’avance sur le détective.

Effectivement, dès les premières lignes, le lecteur pressent l’identité du « spectre » et les éléments de l’enquête lui donnent de plus en plus raison.

De même quand le détective se demande comment il n’a pu découvrir l’individu alors que le château était cerné, le lecteur sait où celui-ci se cachait...

Le lecteur ne pense alors plus qu’apprendre quelques éléments secondaires, une motivation, un mobile à cette supercherie.

Mais Marcel Priollet, déjà aguerri, surprendra le lecteur trop confiant.

Le deuxième atout, même s’il n’est que superficiellement utilisé, réside de la personnalité du détective.

Car Marcel Priollet nous propose un héros déjà cinquantenaire (même s’il porte jeune) très perspicace (un peu trop, au départ ; pas assez, par la suite), mais, surtout, qui, bien trop tardivement, utilise une méthode qui aurait mérité d’être plus amplement développée.

Un peu à l’instar des cours de l’Actor Studio ne va pas se contenter d’imaginer ce que tel personnage aurait fait ou a fait, mais va directement placer dans la peau de ce personnage pour le faire vivre et voir ce qu’il a fait ou aurait fait, de l’intérieur.

C’est trop succinctement développé dans cette courte intrigue et cela n’apporte pas grand-chose à l’histoire, mais en soit, cette façon de faire aurait pu permettre de créer un détective original et très intéressant.

On l’a vu dans ses écrits futurs que Marcel Priollet fourmillait de petites idées ingénieuses qu’il n’avait souvent pas la place de développer au sein du carcan contraignant du récit fasciculaire. Mais il ne s’empêchait jamais de les proposer même incomplètement, ce que ne faisaient pas forcément ses confrères, (je pense notamment au nœud de l’intrigue de l’épisode « Le bal des disparus » de la série « Monseigneur et son clebs » que j’ai déjà évoqué dans ma chronique sur le titre).

Et, ne serait-ce que pour cette minuscule idée, « Le secret du molosse » s’avère être un récit intéressant.

Mais ce serait dommage et stupide de réduire le roman à cette simple idée, d’autant qu’elle est bien trop brièvement utilisée.

Au final, un récit qui s’inscrit dans son époque et qui, malgré un style un peu suranné et une intrigue apparemment prévisible, s’avère un peu surprenant et qui est doté d’une bonne idée avortée.