CouvLER

« L’écran révélateur » est un titre signé Marcel Priollet et initialement paru en 1927 sous la forme d’un fascicule de 32 pages dans la seconde série de la collection mythique « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi avant d’être réédité, comme nombre de textes de cette collection, dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur, en 1932, sous la forme d’un fascicule de 32 pages également.

Marcel Priollet, il devrait être inutile de le présenter encore (du moins pour ceux qui me lisent), mais je vais tout de même en dire quelques mots. Ce fut l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire entre 1910 et le milieu des années 1950.

On lui doit un nombre considérable de fascicules tant dans les genres sentimentaux, aventures, policiers que fantastiques.

L’auteur ne se contentait pas d’être prolifique, il proposait souvent de bonnes idées, et la plupart du temps, une plume agréable.

L’ÉCRAN RÉVÉLATEUR

New York, 31 décembre, en début d’après-midi, le célèbre détective FULLERTON reçoit une visite déconcertante : l’épouse et l’enfant d’un homme condamné à mort à la suite d’une enquête qu’il a menée.

Elles sont venues, non pour lui demander des comptes, mais simplement dans l’espoir d’un conseil, pour échapper à la misère.

Démuni financièrement, FULLERTON ne voit qu’une seule possibilité pour aider celles qu’il a poussées indirectement dans le dénuement, leur offrir la prime promise par un millionnaire excentrique au policier qui s’illustrera de la façon la plus originale.

Or, deux problèmes se posent à lui.

Le premier : les malfaiteurs se font plutôt discrets en cette fin d’année.

Le second : le concours se clôt à minuit.

Il ne reste donc plus que dix heures à FULLERTON pour découvrir un crime exceptionnel et le résoudre…

Le détective Fullerton, le jour du réveillon du Nouvel An, reçoit la visite de la femme et de la jeune fille d’un homme qu’il a fait condamner à mort en prouvant sa culpabilité dans le vol d’une banque et dans le meurtre d’un employé de celle-ci.

L’épouse du braqueur vient chercher un soutien quelconque auprès du justicier, ne pouvant plus subvenir aux besoins de son enfant du fait que son nom l’empêche de trouver du travail.

Mais Fullerton a beau être célèbre, son métier ne lui rapporte guère et il n’a pas d’argent à lui proposer.

Mais une idée lui vient alors, lui offrir le prix de 20 000 dollars d’un concours de policier mis en place par un millionnaire excentrique. Pour cela, résoudre une affaire plus retentissante que celles de ses confrères.

Le problème est que le concours se clos à minuit et qu’il est déjà deux heures de l’après-midi, mais qu’importe, Fullerton est sûr de son coup, même s’il n’a aucun mystère à se mettre sous la dent. 

Tant pis, il se rend au cinéma pour se détendre...

Dans ma chronique sur un autre titre de l’auteur, « La poupée vivante », je tentais de démontrer maladroitement comment ce récit était représentatif d’une époque, par la position de l’étranger et de la femme dans les histoires du début du XXe siècle.

Avec « L’écran révélateur », je serais tenté de faire une autre démonstration, celle consistant à expliquer à quel point ce titre est représentatif du travail de Marcel Priollet.

Effectivement, toute l’intrigue est basée sur différentes idées que l’auteur reprendra plus tard dans d’autres récits.

Pour le sens du titre, « L’écran révélateur » : l’idée dans laquelle le détective découvre un crime en regardant un film d’actualité, Marcel Priollet la reprendra dans les années 1940 pour son récit « L’œil de la caméra » dans la collection « Police » des éditions Ferenczi.

Pour le concours de policier, on retrouvera une idée similaire dans « La bague au doigt » en 1941, dans la collection « Le Petit Roman Policier » (dont l’intrigue sera reprise pour initier la série « Old Jeep et Marcassin » dans le titre « Le Crime est pour demain » en 1945, aux éditions Tallandier.).

Enfin, l’identité du meurtrier aura probablement inspiré celle d’un titre de 1945 dans la collection « Carré d’As » aux éditions SEG-ERF, dont je ne vous dévoilerais pas le titre pour ne pas vous mettre sur la piste, celui-ci étant trop évocateur.

Je ne m’étendrais pas plus longtemps sur cette filiation qui n’intéresse probablement que moi afin ne de pas faire fuir les rares lecteurs qui osent encore s’intéresser à ma prose.

Pour ce qui est donc de « L’écran révélateur », Marcel Priollet nous propose donc une intrigue basée sur un grand hasard, celui qui met le détective devant un crime alors qu’il en cherche justement un, pendant qu’il est en train de regarder un film (on se demande d’ailleurs pourquoi il va au cinéma alors que son temps est compté).

Mis à part cette coïncidence un peu tirée par les cheveux, Marcel Priollet déroule un récit plutôt agréable bien que classique (dans sa production) en proposant un énième détective célèbre (mais qu’il ne réutilisera pas) qui est à l’image des précédents et des suivants : un détective intelligent, honnête, courageux, mâture, puisqu’un peu grisonnant. La description est avare d’adjectifs et de détails, normal, le format cour (16 000 mots), ne permet pas à l’auteur de s’étendre, donc, il préfère user d’un personnage déjà présent dans l’imaginaire des lecteurs sans chercher à proposer un héros original.

De là, le fait que le héros doit résoudre un crime en quelques heures, l’oblige à faire des aller-retour assez rapides entre plusieurs points ce qui laisse peu de place aux temps morts et donc assure un rythme certain à l’ensemble.

Le métier de l’auteur lui confère une habileté visible à mener son récit, sa narration, et ses personnages à terme et, en plus, on trouve tout au long de l’histoire, la présence d’un humour que l’auteur maniait régulièrement.

Ainsi, on s’amusera de la façon dont le détective se moque des policemen lors de l’arrestation de l’assassin, mais également la manière dont va se fourvoyer son principal rival pour le concours.

On n’oubliera pas que le héros se doit d’avoir grand cœur, mais surtout de conserver une grande humilité, ce que fera forcément Fullerton.

Au final, un bon récit, léger, qui donne parfois le sourire et qui est parfaitement représentatif du travail de Marcel Priollet qui savait avancer des idées pour parfois les reprendre plus tard sous une autre forme.