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La collection « Série Noire » des éditions Gallimard est une collection culte pour tout amateur de romans policiers qui mise plus sur la verve de l’auteur que sur son talent à peindre ses pages du sang de ses victimes littéraires ou sur l’exaltation du lecteur à suivre une intrigue tarabiscotée dont les fils partent dans tous les sens quitte à faire des nœuds sans jamais réellement défaire celui de l’histoire.

Bref, ceux qui, comme moi, aiment à lire de temps en temps (souvent, dans mon cas... la plupart du temps, même) des récits qui se reposent plus sur les personnages ou sur le style de l’auteur que sur le suspens, le sexe et la violence gore, trouvent souvent leur compte dans cette mythique collection « Série Noire » qui n’a souvent de « Noire » que la couleur des couvertures.

Et, dans cette collection comme dans toute autre, je ne m’intéresse qu’aux récits de langue française, délaissant les nombreuses traductions qu’elle a intégrées au fil du temps.

Mais qu’importe, la collection est tellement imposante que les auteurs français à découvrir sont nombreux.

J’en veux pour preuve que je découvre aujourd’hui (en fait, il y a quelques jours, quand j’ai entamé le bouquin, un nouvel auteur [nouveau, pour moi, qui ne le connaissais pas, sinon, vu qu’il est mort il y a plus de 20 ans, on ne peut réellement le considérer comme « nouveau »] : Jean-Alex Varoux.

Alex Varoux, Jean-Alex Varoux, de son vrai nom Varoujan Alexanian, est Turc... enfin, il était Turc... pour deux raisons.

La première, c’est parce qu’il a immigré en France à l’âge de 3 ans, ce qui peut expliquer la conjugaison au passé de son identité turque.

La seconde, parce que, je vous l’ai dit, il est mort en 1999, ce qui peut expliquer la conjugaison au passé du verbe être.

Dans les années 70, Alex Varoux travaille au Canard Enchaîné et à la fin de la décennie, il devient directeur de la collection Engrenage chez Fleuve Noir.

Son premier roman, il l’écrit en 1973 et « La bête de Troufignac » sort l’année suivante.

En fait, si j’ai dit « nouvel auteur », Alex Varoux, comme beaucoup de ses confrères, ne l’était pas réellement pour moi quand j’ai ouvert pour la première fois un de ses livres.

Effectivement, il n’est pas rare que je connaisse les auteurs de cette collection, d’abord à travers des adaptations de leurs ouvrages ou par des films dont ils ont signé le scénario.

C’est une nouvelle fois le cas avec Alex Varoux que je connaissais, finalement, via l’adaptation de deux de ses romans : « Ah !... mon pote », son premier roman, devenu, à l’écran « L’incorrigible » de Philippe de Broca avec J.P. Belmondo et « Pas ce soir Chérie » adapté au cinéma sous le titre de « Tête à claques » de et avec Francis Perrin.

« La bête de Troufignac » met en scène deux personnages de policiers décontractés, fainéants et pas très à cheval sur les lois : Bruno Zambini et Lucien Lütiger, alias Globule et Lou, deux amis pour la vie.

On retrouvera ces personnages dans deux autres titres : « Un Globule dans la Tamise » et « Globule à l’heur Hasch »...

La bête de Troufignac :

Mes zenfants, des flics comme Lou et Globule, vous n’en avez jamais vu. Feignasses, gaffeurs, un peu escrocs, mais dans la jovialité, méchants, mais seulement parce qu’il faut bien faire comme tout le monde, et avec ça, à leur manière, amoureux de la fleur bleue. Alors, vous imaginez un peu ce que ça donne, leur enquête en cambrousse, à la recherche d’une réincarnation de la Bête du Gévaudan qui s’attaque tout spécialement aux instituteurs ? Non, n’est-ce pas ? Donc, allons-y : il était une fois...

Lou et Globule sont deux flics gaffeurs et un peu dilettantes, mais, surtout, de vrais amis.

Alors que Globule file un homme impliqué dans la traite des blanches, il constate qu’un commissaire de police est mêlé à l’histoire.

La hiérarchie prend mal la nouvelle et s’apprête à rétrograder voire à virer Globule et Lou, qui a été mis au courant de l’affaire par son pote, quand ces derniers menacent d’informer la presse de la chose. Revirement ! Hop, Lou et Globule sont promus et, surtout, envoyés sur une autre affaire, loin, dans un trou paumé : Troufignac !

Le village abrite un monstrueux tueur en série, une bête sauvage qui assassine et émascule les instituteurs du village.

Lou et Globule débarquent alors dans le village en tant qu’instituteur et prof de gym pour le plus grand plaisir des élèves et le désarroi de la population locale.

Alex Varoux, a été influencé par Frédéric Dard [mais qui ne l’a pas été] cela semble évident à la lecture de ce roman. On retrouve l’humour cher à San Antonio, les flics gaffeurs lointains descendants de Pinuche et Bérurier, les jeux de mots sur les noms de famille [les frères Delay, Mme Moilepion, Axel Adydons, l’abbé Séday...] des apostrophes au lecteur... mais pas que.

Alex Varoux nous propose une galerie de personnages hauts en couleur, les deux héros en tête.

Si on prend plaisir à suivre les pérégrinations des deux policiers, on appréciera également les personnages de Pandanlcul, un vieillard qui ne se déplace qu’à patins à roulettes et un fusil à la main, ou les gamins Titin, le petit Raymond ou Dudule.

Mais il faut bien l’avouer, l’histoire [je n’ose parler d’intrigue] n’est réellement que prétexte à exposer Lou et Globule.

Effectivement, l’intrigue est minimaliste, voire, inintéressante, et ce n’est pas par elle que l’attention du lecteur est maintenue.

Non, le plaisir de lecture intervient par les agissements des héros, leurs diatribes, mais aussi par la présence de tous ces personnages secondaires attachants.

En fait, ce roman a pour défaut de naviguer un peu entre deux eaux. Pas assez délirant pour que le plaisir soit total grâce à l’humour et manquant d’une véritable histoire à laquelle se raccrocher pour compenser ce choix de ne pas partir dans la franche totale déconnade.

Car, Frédéric Dard, quoi que l’on en dise, proposait souvent des intrigues intéressantes, du moins, agréable à suivre, dans ces romans [enfin, la plupart du temps] ce qui permettait au lecteur de ne pas mettre son plaisir de lecture qu’entre les mains du Trium Vira.

Là, ce n’est pas le cas et il faut bien avouer que, malgré l’attachement assez rapide aux personnages, il manque un petit quelque chose pour que le plaisir soit complet.

Car Lou... et surtout Globule sont deux personnages auxquels on s’attache vite, du fait qu’ils sont très éloignés du stéréotype du héros actuel de romans policiers. Globule est un grand enfant et Lou, compense un peu par son côté plus sérieux [mais juste un peu].

On appréciera également la plume de l’auteur qui, s’il fut probablement inspiré par Frédéric Dard, n’en démontre pas moins une qualité de plume toute personnelle. 

J’ai apprécié ses indications scéniques, incrustées directement dans les scènes ou les dialogues, entre parenthèses, son humour, tant dans les dialogues que dans la narration, ses personnages secondaires [je l’ai déjà dit] et les « running gags » gags récurrents, notamment ceux autour du personnage de Titin qui veut latter la gueule à tous les gamins qui n’écoutent pas le prof.

C’est un brin irrévérencieux, pour notre époque trop lisse, et cela fait plaisir.

Mais l’auteur n’oublie pas d’être touchant, avec le personnage de Pandanlcul qui attend le retour de son fils alors que tout le monde lui rappelle qu’il est mort et même à travers le personnage de la bête de Troufignac.

Bref, si ce n’était ce défaut d’intrigue, Jean-Alex Varoux aurait eu tout bon. Peut-être dans le prochain, ce que je vais savoir assez vite puisque je referme « La bête de Troufignac » pour me plonger dans « Un Globule dans la Tamise »...

Au final, un roman pêchant par une histoire qui n’a pas grand intérêt, mais qui propose des personnages attachants et beaucoup d’humour et c’est déjà pas mal du tout.