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« L’éventreur » est la 6e enquête (sur 8) de l’inspecteur Paul Barre, une série développée par Michel Cory (un probable alias de l’auteur Maurice Coriem) en 1945 et 1946 aux Éditions Populaires Monégasques.

La série a été publiée sous la forme de fascicules de 16 pages contenant des récits indépendants de 6 000 à 7 000 mots qui ont été intégrés à une collection plus généraliste : « La Clé de l’Énigme ».

Elle conte les enquêtes de Paul Barre, un homme riche et cultivé, fréquentant la haute société, promis au plus bel avenir, mais qui, par goût du déchiffrage des mystères, a décidé de devenir policier de terrain.

De par sa fortune et ses relations, Paul Barre est indépendant et ne craint ni de perdre son poste ou de recevoir des remontrances de sa hiérarchie (qui s’en garderait bien) ce qui lui permet d’avoir les coudées franches pour enquêter.

L’ÉVENTREUR

Dans le petit village de Grimault, c’est la consternation et l’affolement.

En moins d’un mois, douze personnes, femmes, hommes ou enfants, ont été retrouvées éventrées en plein jour.

Le juge d’instruction Gomerc, face à l’insistance du maire et l’impuissance du commissaire de police local décide de mander un as parisien : l’inspecteur Paul BARRE.

Sur place, sa première exigence est de faire exhumer l’ensemble des victimes afin de pouvoir observer les corps ainsi que leurs effets personnels.

Après quoi, Paul BARRE se rend à Paris avec une idée derrière la tête. Mais laquelle ?

Après deux incartades dans le monde de l’espionnage (voir les deux épisodes précédents), l’inspecteur Paul Barre est enfin à nouveau confronté à une affaire criminelle et de grande ampleur, qui plus est (pas comme dans « Le mystère du métro Réaumur »).

Effectivement, la ville de Grimault habite en son sein un tueur en série dans la veine de Jack l’Éventeur !

Douze personnes (bientôt treize) en moins d’un mois ont été éventrées en plein jour dans le village, sans distinction de race, de sexe, d’âge ou de condition sociale.

La police locale s’y perd, le juge d’instruction craint pour sa carrière et le maire presse tout son monde d’arrêter le coupable.

C’est la raison pour laquelle on fait appel à l’inspecteur Paul Barre dont la réputation n’est plus à faire.

Quand le policier débarque, il exige qu’on exhume les cadavres pour pouvoir les inspecter et il réclame de voir également toutes les affaires personnelles que les défunts avaient sur eux au moment du crime.

Après cette inspection, Paul Barre retourne à Paris pour parler avec un expert des tueurs en série...

On retrouve donc l’inspecteur Paul Barre confronté à une enquête terrible : treize personnes éventrées en pleine journée et en pleine rue.

Les tueurs en séries, dans la littérature de l’époque, n’étaient pas aussi courants que de nos jours, même si, pourtant, ceux-ci étaient déjà actifs dans la vie réelle (Jack l’Éventreur, Joseph Vacher, Henry-Désiré Landru...)

Pourtant, la connaissance de ces tueurs à répétitions semble bien désuète, du moins au vu de l’analyse du spécialiste dans ce récit, et même celle liée au pourtant très médiatique Jack l’Éventreur (puisqu’il lui est accordé, dans le texte, 31 victimes alors que de nos jours les spécialistes ne lui en comptent que 5).

Analyse du phénomène qui apparaît désormais simpliste, mais il faut bien avouer que la littérature et le cinéma récents ont bien participé à familiariser le public avec ce genre de monstres...

Bien sûr, avec 7 200 mots comme latitude, l’auteur ne pouvait de toute façon pas proposer une étude approfondie du genre et ce n’est d’ailleurs pas ce qu’on lui demande.

On lui pardonnera également la naïveté quant à l’identité du ou des tueurs, un mystère d’autant plus vite défloré par le lecteur que l’auteur donne un peu trop d’indices...

Pour autant, malgré l’extrême concision du texte l’auteur parvient à placer deux fausses pistes (vite abandonnées du fait que de suspects, elles passent rapidement à l’état de victimes), et propose une histoire plutôt agréable à suivre bien que cousue de fils blancs.

On regrettera une nouvelle fois que ce personnage de Paul Barre, malgré, à chaque fois, une présentation alléchante, n’ait jamais le loisir de tenir toutes ses promesses, la faute à un format trop court.

Au final, un épisode plaisant à lire malgré le sujet glauque et l’intrigue un peu naïve.