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« Le meurtre d’un ange » est une aventure du cambrioleur mondain Tancrède Ardant, si ce n’est la première, du moins, la première publiée, dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, en 1944, sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots.

Sur l’auteur, Frédéric Sipline, je n’ai strictement rien trouvé à dire si ce n’est, qu’apparemment, il n’aurait écrit que 5 titres pour la même collection mettant en scène le même personnage de Tancrède Ardant. Il y a donc de fortes chances qu’il s’agisse là d’un pseudonyme, mais de qui ?

Tancrède Ardant, alias Louis Sart, de son vrai nom Laloy, arrière-petit-fils du baron Laloy de Tarletti, est un cambrioleur mondain, détective et justicier à ses heures perdues, que l’on peut, effectivement, rapprocher du célèbre Arsène Lupin, mais qui est bien plus proche d’un personnage que l’on verra apparaître l’année suivante (en 1945) aux éditions SEBF sous la plume d’un Jean d’Auffargis : Théodore Rouma.

Même personnage, même genre, même format de textes, quasiment même style...

TANCRÈDE ET LE MEURTRE D’UN ANGE

Tancrède ARDANT, cambrioleur mondain, traverse, la nuit, le parc du château de Labrouhe afin de se rendre dans les murs pour mettre la main sur un coffret d’émeraudes.

Un bruit attire soudainement son attention. Une femme pâle, effrayée, fuit les ruines d’une maison jadis brûlée.

Curieux, Tancrède inspecte les décombres et ne tarde pas à trouver le corps jeune fille morte étranglée.

Malgré cette découverte, il décide de mener son but à bien et se faufile dans la demeure seigneuriale pour s’approprier les bijoux.

Alors qu’il vient d’accomplir sa mission, un flot de lumière envahit la pièce : celle qui, tout à l’heure, courait, apeurée, le braque avec un revolver…

Tancrède Ardant est donc un gentleman cambrioleur et, tandis qu’il cherche à s’introduire au château de Labrouhe pour voler un coffret d’émeraudes, il surprend, dans le jardin, une jeune femme affolée fuyant les ruines d’une maison brûlée.

Curieux, il se rend dans ses ruines et découvre le cadavre encore chaud d’une jeune femme, habillée de la même façon que la fuyarde, un peu plus jeune, probablement sa jeune sœur.

Bien qu’ému, Tancrède décide de poursuivre sa mission et pénètre le château pour mettre la main sur les joyaux.

Alors qu’il trouve le coffret, il est surpris par la fuyarde qui le braque avec un revolver...

On découvre donc ici le personnage de Tancrède Ardant qui sera pourtant fort familier des lecteurs des aventures de Théodore Rouma tant les deux personnages, du moins dans ce premier épisode, sont interchangeables.

Jeune, charmant, charmeur, cœur d’artichaut, mondain et cambrioleur, détective et justicier, rien, en effet, ne différencie les deux héros pas même le fait qu’ils soient tous deux poursuivis par un policier tenace.

Ici, c’est B.J. Goitsenhoven, surnommé B.J., car c’est plus facile à prononcer, qui fait office d’ennemi héréditaire.

Bien que cet épisode soit le premier titre (noyé dans la collection généraliste « Collection Rouge ») mettant apparemment en scène le personnage, il est déjà fait mention d’une longue rivalité entre Tancrède et B.J., l’auteur citant vaguement au moins deux affaires leur ayant permis de se confronter par le passé. Mais n’ayant trouvé aucune trace de ces affaires, ni d’autres titres de l’auteur, difficile de savoir si cela n’est pas juste manigance d’auteur pour faire croire que le personnage est déjà célèbre.

Question genre et format, si, bien sûr, le personnage servant de modèle demeure Arsène Lupin, Tancrède Ardant est vraiment à assimiler avec Théodore Rouma puisqu’il en possède toutes les qualités et apparemment le défaut de l’homme qui s’éprend rapidement d’une femme à partir du moment où elle est jeune, belle et en détresse (à voir par la suite comment il va évoluer).

Pour le style, là aussi, on peut le rapprocher à celui de Jean d’Auffargis, l’auteur de Théodore Rouma.

Certes, le format et les références sont pour beaucoup dans la dimension de la plume, mais on remarquera tout de même certaines tendances identiques. Une certaine poésie dans les descriptions, un léger humour...

D’ailleurs, Frédéric Sipline semble bien plus à l’aise dans les descriptions poétiques du début du roman que la narration de l’action où le style devient alors plus haché, plus journalistique, moins recherché. Dommage, car le début laisse entendre (ou plutôt lire) que l’auteur sait manier sa plume avec qualité quand il s’en donne l’occasion.

Pour autant, à travers une intrigue simple (simpliste ?) qui est le lot de tous les textes de ce format très court, l’auteur nous livre un récit plutôt agréable à lire, même si le personnage principal est un peu trop lisse (mais là aussi, la concision inhérente au format empêche de proposer des personnages recherchés).

Au final, un premier épisode qui n’est pas déplaisant du tout même si le personnage manque fortement d’originalité.