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La littérature populaire, en général, et la littérature populaire fasciculaire, en particulier, regorgent des personnages récurrents dont je raffole tant.

Mais, dans cette seconde forme de la paralittérature, il est parfois difficile de repérer ces héros récidivistes, car leurs aventures étaient souvent noyées au sein de collection plus généraliste.

Ainsi, s’il est évident que des séries dédiées, souvent en partie éponymes, cachaient ces justiciers de papiers (« Marc Jordan », « Marius Pégomas »...) la plupart de sont identifiables qu’en lisant les différents récits d’un même auteur et il n’est pas rare que l’on soit également obligé de dévorer les textes signés sous tous les pseudonymes d’un même auteur pour pouvoir établir une liste exhaustive des aventures du héros identifié (si tant est que l’on connaisse tous les alias de l’auteur et que tous les récits soient encore trouvables).

Bref, vous comprendrez qu’il est parfois ardu de se lancer dans telles quêtes, mais que celles-ci sont souvent très exaltantes à entreprendre.

En ce qui concerne le personnage du jour : Tancrède Ardant, la recherche semble plus simple puisque son auteur (ou du moins cet alias de l’auteur) n’a pas signé beaucoup de titres (apparemment 5) et tous dans la même collection, la « Collection Rouge » des Éditions Janicot.

De plus, les 5 titres mettent en scène Tancrède Ardant, ce qui facilite encore la chose.

Tancrère Ardant est un aventurier mondain, cambrioleur, justicier, détective, dans la droite ligne du célèbre Arsène Lupin bien qu’il soit plus à rapprocher d’un autre personnage de la littérature populaire fasciculaire qui apparaîtra l’année suivante (les aventures de Tancrède datant de 1944) : Théodore Rouma de Jean d’Auffargis.

Car ces cinq fascicules de 32 pages, double-colonne, contenant des récits d’un peu plus de 12 000 mots, publiés en 1944, mettent en scène un personnage que Jean d’Auffargis semble avoir recopié tant les similitudes sont nombreuses.

Certes, les personnages de cambrioleurs mondains, depuis le succès d’Arsène Lupin sont très nombreux, mais tout de même.

Dans ce second épisode, « Tancrède et l’Ange de Corcyre », l’auteur nous convie à un voyage en Grèce.

TANCRÈDE ET L’ANGE DE CORCYRE

Tancrède ARDANT, le cambrioleur aventurier recherché par toutes les polices d’Europe, se rend à Athènes. Il espère s’approprier le « Pectoral d’Ange Comnène » un bijou, certes, de grande valeur, mais qui cache en son sein, selon ses sources, un parchemin menant à un véritable trésor.

Or, il apprend par le journal que l’antiquaire qui vient d’acheter le joyau a été kidnappé en pleine rue !

Qu’à cela ne tienne, Tancrède ARDANT se fait fort de retrouver le pectoral, coûte que coûte, et de mettre la main sur le magot…

Grâce à une connaissance qui a fait une découverte dans un manuscrit du British Museum, Tancrède Ardant apprend qu’un bijou nommé « Le Pectoral d’Ange Comnène » contient une cachette où a été déposé un petit message permettant de trouver le trésor d’un des Empereurs Comnène de Byzance.

Cela tombe bien, le bijou doit être vendu aux enchères à Athènes.

Tancrède et son fidèle valet Florimond se rendent sur place, mais, avant qu’ils aient eu le temps d’intervenir, l’antiquaire qui a acheté le bijou a été kidnappé en pleine rue.

Persuadé que celui-ci n’avait pas le bijou sur lui, Tancrède décide de forcer le coffre-fort du meilleur ami de l’antiquaire.

Mais, quand Tancrède et Florimont pénètrent dans la demeure où se trouve le coffre, ils découvrent le fameux ami ligoté sur son lit et entendent des bruits provenant du bureau d’à côté...

On retrouve donc Tancrède Ardant dans cette seconde aventure qui est dans la droite ligne de la précédente.

Effectivement, Tancrède convoite des bijoux, mais il trouvera sur sa route une belle jeune femme en détresse dont il tombera immédiatement amoureux (a-t-il oublié celle de la précédente aventure ?) et il fera passer le désir de l’aider avant son enrichissement personnel et ceux au prix d’aventures mouvementées et dangereuses.

Rien de nouveau, donc, au pays des gentlemen cambrioleurs et justiciers, si ce n’est ce voyage en Grèce, une contrée pas si souvent parcourue par les héros de papier.

Ce voyage s’apparente parfois à un guide touristique tant l’auteur s’amuse à étaler les noms de rues, de villages et de lieux de ce pays ainsi que ceux des journaux et des produits locaux.

Soit l’auteur connaissait bien le pays, tout comme Tancrède dit le connaître, soit celui-ci avait soif de faire voyager les lecteurs.

Toujours est-il que ce voyage est plaisant même s’il n’a rien d’original.

Le style demeure le même que dans le premier épisode : les envolées lyriques et poétiques sont plutôt de bon goût et la narration des aventures bénéficie d’une plume moins enlevée et flirte avec un style journalistique.

Mais ne boudons pas notre plaisir, l’ensemble est plutôt agréable à lire malgré le fait que l’intrigue se résume quasiment à une course poursuite continue, en première partie entre Tancrède et le kidnappeur et en seconde entre le même Tancrède et la Police grecque.

Au final, une petite aventure qui se lit bien, mais qui ne laissera pas de souvenir impérissable.