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« Tancrède et la fille de Vallverde » est la troisième aventure du gentleman, aventurier, justicier, cambrioleur, Tancrède Ardant, de Frédéric Sipline.

Ces aventures, au nombre (apparemment) de 5, ont été, à l’origine, publiées sous la forme de fascicules de 32 pages, double colonne, (récits d’un peu plus de 12 000 mots) au sein de la collection « Collection Rouge » des éditions Janicot en 1944.

Tancrède est un personnage très inspiré du mythique Arsène Lupin mais qui se rapproche surtout d’un autre héros récurrent de la littérature populaire fasciculaire qui verra le jour quelques mois plus tard sous la plume de Jean d’Auffargis : Théodore Rouma.

Quant à Frédéric Sipline, tout semble indiquer qu’il s’agit là d’un pseudonyme : seulement 5 titres à son actif, apparemment, et tous dans la même collection et mettant en scène le même personnage. À part cela, on ne sait rien de lui.

TANCRÈDE ET LA FILLE DE VALLVERDE

Tancrède ARDANT, gentleman, voleur et aventurier, propose son aide au comte Montaner de Vallejo afin de lui ramener Lya, sa fille, et son magot, tous deux cachés en Espagne.

Mais le pays est à feu et à sang, la guerre civile y fait rage. Franchir les frontières, retrouver la jeune femme et mettre la main sur le trésor, en plein conflit, ne seront pas chose simple. D’autant que Tancrède ARDANT va trouver sur sa route Felipe Cuevas, Commissaire Politique de la nouvelle Armée Populaire, un homme puissant et déterminé à se venger du comte et de Lya…

On retrouve donc Tancrède Ardant dans une troisième aventure dans laquelle il ne va pas chômer. Apprenant que le comte Montaner de Vallejo possède une fortune et une fille qui sont demeurées en Espagne, il lui propose, contre la moitié de ladite fortune, de lui ramener l’autre moitié et l’entièreté de son enfant. Une aventure pas chère payée quand l’on connaît la situation en Espagne qui se trouve en pleine guerre civile et où circuler devient un risque perpétuel.

Dans le second épisode, Frédéric Sipline nous offrait un voyage agréable (pour le lecteur, un peu moins pour son personnage) en Grèce.

Pour ce troisième, le voyage ne sera agréable ni pour Tancrède ni pour le lecteur, car tous deux seront plongés en pleine guerre civile espagnole.

C’est alors l’occasion de décrire l’ambiance qui embrase le pays, les risques pris pas certains hommes, la folie des autres, les meurtres, les charniers...

Certes en 14 000 mots, l’auteur n’a pas l’occasion non plus de s’appesantir totalement sur la situation, mais les passages sont suffisamment expressifs pour rendre une impression de ce qui se déroulait à l’époque.

Tancrède, en France, en Grèce ou en Espagne, en pleine guerre ou en pays pacifié, demeure toujours le même, charmeur, charmant, courageux et... cœur d’artichaut puisque troisième blonde qu’il rencontre en trois épisodes et troisième fois qu’il tombe follement amoureux. Il faut préciser que la chose ne se produit que si la jeune femme, en plus d’être blonde, est belle et n’a pas plus de 20 ans.

Ces caractéristiques, comme je l’ai déjà dit dans les autres chroniques, sur les deux précédents titres, on les retrouvera, l’année suivante, dans les aventures de Théodore Rouma de Jean d’Auffargis.

J’ai déjà fait part de la similitude des personnages, des formats, mais également des genres et presque des plumes.

Cet épisode nous offre une analogie supplémentaire.

En effet, à la lecture des aventures de Thédore Rouma, on peut constater, dans quelques épisodes, que les aventures du héros se déroulent entre 1937 et 1939 (quand une date est indiquée dans le récit ou peut être déduite) alors que ces aventures ont été publiées en 1945.

La chose m’avait surpris et me laissait penser que ces aventures avaient été écrites bien avant leur publication ou bien avaient été publiées précédemment sous une forme non encore identifiée.

Car, je pense qu’un auteur, sauf raison spécifique (récit historique, volonté de parler d’une époque particulière ou de se baser sur un fait particulier) fait se dérouler ses histoires au moment où il les écrit.

Ce qui laisse supputer que les aventures de Théodore Rouma avaient été écrites à la fin des années 1930 et non en 1944-1945.

C’est un peu le cas ici aussi avec cette aventure de Tancrède qui se déroule en 1938 alors que sa publication date de 1944.

Bien sûr, on pourra arguer, et peut-être à raison, que cette date découle d’un désir de l’auteur de raconter la guerre civile espagnole.

Un autre détail, Jean d’Auffargis, l’auteur de Théodore Rouma, était un pseudonyme de Maurice Laporte, fondateur de Jeunes Communistes Français en 1920. Celui-ci quitta, très remonté, le parti en 1925 et devint alors vivement anti-communiste avant de dériver à l’extrême droite et collaborer avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Or, dans cet épisode, on notera que les « Rouges » sont plutôt montrés sous des dehors peu sympathiques et que ce sont les Franquistes qui délivrent Lya.

Peut-être une coïncidence, mais celles-ci commencent sérieusement à s’additionner et me poussent à me demander si, en fait, derrière Frédéric Sipline, ne se cachait pas le même Maurice Laporte...

Mais revenons-en au texte.

Un récit purement d’aventures (pas de policier dans celui-ci) mené sans temps mort et qui nous propose une vision (peut-être biaisée, mais comme toutes les représentations historiques selon le camp dans lequel on se trouve) d’une partie très sombre de l’histoire.

Au final, en plus d’une aventure agréable à lire, cet épisode nous fait revivre une période éprouvante de l’Histoire.