CouvIV03

« La noyée de l’île Séguin » est un fascicule de 32 pages paru initialement dans la mythique collection « Le Roman Policier » des Éditions Ferenczi en 1922 et réédité dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions en 1933 sous la forme d’un fascicule de 64 pages.

Le titre est signé René Trotet de Bargis un auteur dont on ne sait pas grand-chose à part qu’il est né en 1884 en Algérie et mort, au même endroit en 1924. Il écrivit dans les genres sentimentaux, policiers, aventures, fantastiques.

Dans le domaine du policier, on note 5 titres publiés et réédités dans les deux collections citées au-dessus, toutes mettent en scène le personnage de l’inspecteur Vigeon (même si la réédition de l’un des titres propose un Léon Dupuis en lieu et place de Vigeon).

LA NOYÉE DE L’ÎLE SÉGUIN

L’inspecteur VIGEON a bien mérité son repos dominical et de pouvoir s’adonner à son passe-temps favori : la pêche !

Alors qu’il plante sa gaule sur les bords de la Seine, des cris retentissent non loin.

Le policier, curieux, s’approche et surprend un individu appelant à la rescousse à la vue d’une jeune fille flottant sans vie.

Les deux hommes extirpent le cadavre de l’eau et l’emportent à l’abri des regards, dans le pavillon proche de celui qui a donné l’alerte.

Après une fouille succincte de la dépouille durant laquelle VIGEON découvre un sachet contenant des bijoux de valeur, celui-ci envoie le propriétaire des lieux chercher le commissaire de quartier pendant que lui revient sur la berge dans l’espoir d’y trouver d’autres indices.

À son retour dans l’habitation, l’inspecteur VIGEON constate que le corps a disparu et que les joyaux ne sont plus dans sa poche…

Retrouvons l’inspecteur Vigeon dans une nouvelle enquête un peu plus courte que les précédentes (13 500 mots) mais qui présente une intrigue paradoxalement bien plus complexe, aux nombreux mystères et aux multiples rebondissements (du moins, en apparence).

Car l’inspecteur Vigeon est tranquillement en train de pêcher au bord de la Seine quand des cris l’intriguent, un homme a découvert, dans l’eau, le cadavre d’une jeune femme.

Les deux hommes extirpent le corps de l’eau et, pour éviter de le laisser au vu des curieux qui pourraient débarquer, ils l’amènent dans le pavillon de celui qui se présente comme un acteur de théâtre et qui se trouve à quelques pas de là (le pavillon).

Vigeon inspecte le corps et découvre un sachet contenant des bijoux de forte valeur. Il envoie le comédien chercher le commissaire du quartier pendant que lui va fouiller la Seine à la recherche d’un éventuel sac à main (toutes les filles portent un sac à main).

Ne trouvant rien, il revient dans la maison et surprise, le corps à disparu. Heureusement, il a encore les bijoux... mais non ! Ils ont disparu de sa poche.

L’acteur ne revenant pas, Vigeon décide de rentrer chez lui.

Le lendemain, les journaux lui apprennent qu’un acteur a été retrouvé sur l’île Séguin, la gorge tranchée...

Voici donc, comme je le disais, une enquête qui semble bien plus mystérieuse que les autres et une intrigue un peu plus étoffée que d’ordinaire pour Vigeon. Les mystères se multiplient : pourquoi une belle jeune fille se suiciderait-elle ? Pourquoi une fille habillée pauvrement, aurait-elle sur elle des bijoux qui valent une fortune ? Comme le corps a-t-il disparu du pavillon ? Qui l’a enlevé ? Pourquoi ? Comment les bijoux ont-ils disparu de la poche de Vigeon ? Pourquoi l’acteur a-t-il été agressé et par qui ???

Toutes ces questions dans une si petite enquête, voilà qui fait plaisir à lire, notamment dans les enquêtes de Vigeon qui ne sont pas reconnues pour être d’une complexité extraordinaire.

Il faut dire que, d’ordinaire, l’auteur s’attarde sur un prologue, bien souvent pour mettre en place le crime et que, du coup, sur un format déjà court, il ne reste pas beaucoup de place pour développer une intrigue.

Ici, Vigeon apparaît immédiatement, l’auteur ne tarde pas à présenter le crime et donc, l’enquête démarre rapidement, ce qui lui laisse plus d’espace pour s’étoffer.

Le seul appesantissement que se permet René Trotet de Bargis et qui est notable pour être quasi récurrent dans la série, c’est sur la description de la victime, de son corps, son visage...

Il semblerait que ce coquin de René aimait à s’attarder sur les courbes graciles des jeunes naïades, si ce n’est de ses yeux et de ses mains, du moins de sa plume.

Car, effectivement, si Vigeon demeure flou aux yeux des lecteurs par manque de renseignements sur son physique et sa mentalité (un quarantenaire instinctif), les jeunes femmes, elles, reçoivent toute l’attention de l’auteur.

Je notais déjà cette propension légèrement grivoise dans « Le suicide de Danyèle X », on la retrouvera plus tard dans « Un appel dans les ténèbres »...

Cependant, l’auteur a donc une latitude plus large pour développer son histoire et ainsi proposer plus de mystères et de rebondissements.

Bien évidemment, vu le format court, on ne s’attendra pas non plus à un Thriller rivalisant avec les Best Sellers actuels, ni même une intrigue surprenante et haletante, mais pour l’époque (1922) et le format court (moins de 15 000 mots) l’effort est notable bien que la solution soit, au final, bien plus simple qu’elle n’aurait pu le sembler et manque un soupçon de crédibilité dans son ensemble, mais, qu’importe

Au final, un bon épisode qui se lit très agréablement du fait des mystères du départ même si la promesse liminaire ne sera pas tenue se dont on pouvait se douter pour peu que l’on connaisse un peu les textes de l’époque et du format.