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J’ai coutume de dire dans mes chroniques que l’on ne devrait plus avoir à présenter tel ou tel auteur de littérature populaire tant, à son époque, il écrivit et passionna les lecteurs.

Je devrais en dire autant de l’auteur concerné par la chronique d’aujourd’hui.

J’aimerais pouvoir en dire autant de l’auteur concerné par la chronique du jour.

Malheureusement, voudrais-je vous le présenter que je ne le pourrais pas, car J.A. Flanigham fait partie de ces nombreux auteurs de la littérature populaire dont on ne sait rien, pas même qui se cachait derrière ce pseudonyme.

Tout juste pourrai-je vous apprendre que sa période d’activité s’étale entre 1946 et 1959, qu’il écrivit quasi exclusivement des récits policiers, qu’il développa plusieurs personnages récurrents comme « Dick et Betty, aventuriers modernes », les membres de l’Agence Garnier et, ceux qui nous intéressent aujourd’hui, le trio d’amis : Bill Disley, reporter ; Jeff, ancien boxeur pickpocket ; Martin, inspecteur à Scotland Yard.

Ce sont d’ailleurs ces trois personnages qui eurent les faveurs de Flanigham puisqu’ils vécurent, à travers deux séries (une au format fascicule de 32 pages puis une au format fascicules 128 pages) plus d’une quarantaine d’aventures.

« Quelqu’un fait trembler la ville » est, dans l’ordre de première parution (chaque titre est paru au moins deux fois, et certains trois, parfois, sous des titres différents) la 24e aventure de Bill Disley et l’antépénultième de la 1re série (première parution en 1950).

QUELQU’UN FAIT TREMBLER LA VILLE

Le célèbre journaliste Bill DISLEY reçoit la visite d’un étrange individu affirmant qu’on veut le tuer pour récupérer un pli scellé en sa possession.

L’homme remet le document au reporter, en lui demandant de le cacher, le temps qu’une personne détentrice d’une seconde enveloppe, en tous points identique, vienne le chercher.

Puis le quidam s’enfuit.

Quelques secondes plus tard, un coup de feu retentit dans la rue… Bill DISLEY, accouru, découvre le corps sans vie de son visiteur affalé devant la porte de chez lui…

On retrouve donc Bill Disley, accompagné de son imparable acolyte (et alcoolique) Jeff, qui attendent la visite d’un homme ayant appelé le journaliste pour le prévenir qu’il était suivi et menacé de mort à cause d’une enveloppe en sa possession.

Il donne l’enveloppe à Bill Disley en lui demandant de ne pas l’ouvrir et de la cacher le temps qu’une autre personne, en possession d’une enveloppe similaire, vienne réclamer la sienne. Sinon, au bout de quinze jours, Bill Disley a la charge de détruire l’enveloppe sans l’ouvrir.

L’inconnu sort de chez le journaliste, un coup de feu éclate, le visiteur est retrouvé mort devant chez Bill Disley.

Courte enquête de Bill Disley (probablement la plus courte de la série) avec cet épisode qui peine à dépasser les 6 000 mots. C’est dire si l’intrigue va être légère, mais, dans cette première série, on ne lit pas une aventure de Bill Disley pour les intrigues (les épisodes dépassent difficilement les 10 000 mots).

Alors, pourquoi lit-on une aventure de Bill Disley ? Pour les personnages, Bill Disley, Jeff, et, accessoirement Martin. Pour la relation entre ces personnages. Pour l’humour. Pour l’ambiance. Pour la plume de l’auteur qui excelle dans les incises lors des dialogues, faisant passer plein d’informations qui renseignent plus que de longs discours sur les sentiments des personnages.

Et l’on retrouve tout cela dans cet épisode, puisque Jeff est présent d’entrée de jeu et qu’il est encore source de sourire par son attitude brutale et désinvolte.

Si l’histoire est accessoire, elle sera rondement menée (trop), rapidement, surtout (beaucoup trop) et avec une certaine évidence (bien trop). Car, qui a lu du Flanigham sait que l’auteur était inspiré du roman noir à l’américaine et que, comme dans les textes de ses inspirateurs, le mal vient toujours de la femelle (z'avez capté le jeu de mots ?). En effet, la femme, chez Flanigham, est toujours belle, jeune, sulfureuse et, bien trop souvent, vénale et vénéneuse. Ainsi, si vous cherchez un coupable, pas besoin d’aller bien loin, surtout si une femme réside dans le récit.

Mais qu’importe, là n’est pas le souci dans un récit de Flanigham et on se contentera du plaisir de la plume et de celui de retrouver des héros attachants et parfois drôles même si, ici, on se trouve bien moins longtemps en leur présence (du fait de l’extrême concision du texte).

Au final, « Tu pourrais pas les faire un peu plus longs, monsieur Catbury Flanigham », car, comme les « Fingers » du monsieur barré (référence à une publicité télé de 1975, ce qui ne nous rajeunit pas), les aventures de Bill Disley sont toujours trop courtes, car tellement bonnes à déguster.